‹ Mathurin RegnierChapitre 147 sur 168 · LU CA · texte numérisé non relu

LU CA

Si l’on songe combien le lexte primitif de ce poème était

fautif, on n'aura pas scrupule à lire :

Son sang estoit il donc issu d’un lieu trop bas? Avec les vers 151-156 de la même pièce :

Avant qu’en venir là, au moins souvenez vous,

Que je ne suis chasseur jadis tant approuvé Ne pouvant redresser un deffaut retrouvé,

qu'on relise ceux qui les entourent, et on écrira :

souvenez-vous Que je ne suis, chasseur jadis tant approuvé, Ne pouvant redresser un deffaut réprouvé :

c'est-à-dire : « souvenez-vous que moi, ce chasseur jadis tant approuvé, je ne suis pas incapable de redresser un défaut qu'aujourd'hui je déteste ». Après tout ce qui précède, le mot réprouvé est le mot attendu; retrouvé n’a pas de sens.

La Satire XV a été éditée primitivement avec moins de soin encore que l’Impuissance. Maintes retouches en ont rendu aujourd’hui le texte acceptable partout, sauf en deux endroits. D’abord, au vers 70 :

Des le jour que Phœbus nous monstre la journee, Comme un hiboux qui fuit la lumiere et le jour Je me leve et m'en vay dans le plus creux sejour Que Royaumont recelle en ses forests secrettes.

Il y a beaucoup de « jour » en tout cela. Au premier hémistiche il faut certainement remplacer dès le jour par dès l'heure ou dès l’instant. Parce que le mot jour (ou des mots de sens analogue) était employé trois fois en quatre vers, l’imprimeur, qui l'avait dans l'oreille, l’a répété une

fois de trop. Une erreur analogue, quoique moins facilement explicable, et d’ailleurs depuis longtemps corrigée, lui fait mettre au vers 79 de la Satire X :

Apres quelque propos sans propos et sans suitte

au lieu sans doute de :

Apres quelque propos sans raison et sans suitte.

Cette même Satire XV contient une imitation de la préface bien connue de Juvénal.: cum... cum... difficile est satiram non Scribere. Voici la fin du mouvement :

Voyant.

Un Advocat instruire en l’une et l’autre cause, Un Jan abandonnant femme, filles et sœurs Payer mesmes en chair jusques aux rotisseurs,

Rousset faire le prince et tant d'autre mystere, Mon vice est, mon amy, de ne m'en pouvoir taire.

Autre au singulier est inacceptable après {ant. On attendrait que l’énumération se terminât par et tant d'autres suivi d’un verbe. Je propose cependant de lire plutôt : ef tout autre mystère : « quand je vois Rousset faire le prince, et quand je vois tout autre mystère », le mot mystère ayant à peu près le sens de « comédie », comme au vers 266 de la Satire X. Tant et tout s’écrivent à peu près de la même façon. Le prote qui aura lu {ant au lieu de fout aura ensuite ajouté d”’.

On sait que dans les manuscrits du temps de Regnier, la terminaison de la première personne du pluriel ons est sans cesse confondue avec celle du participe présent pluriel ans. Le texte primitif de La Satire XV nous offre de cette confusion un exemple certain, depuis longtemps corrigé :

Viens doncq et, regardans ceux qui faillent le moins, Sans aller rechercher ny preuves ny tesmoins, Informans de nos faits sans haine et sans envie Et jusqu’au fond du sac espluchons nostre vie.

LOL.

D Ce

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