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parût former une »” avec l’u suivant pour qu’au lieu de ueue on lût ame :
O debille raison, où est ores ta bride?
Où, ce flambeau qui sert aux personnes de guide ? Contre la passion trop foible est ton secours
Et souvent courtisane apres elle tu cours,
Et, savourant l’apas qui ta veue ensorcelle,
Tu ne vis qu’à son goust et ne voys que par elle.
Ces quelques corrections nouvelles auront-elles rendu irréprochable le texte de Regnier? Je n'ai pas la prétention de le soutenir. Un long commerce avec lui m'incline cependant à croire qu'il ne sera plus nécessaire de l’amender beaucoup. S'il présente encore des difficultés, les unes, provenant de l’impropriété des termes ou de l’embarras des constructions, sont plus ou moins inextricables; les autres sont assez aisées à démêler quand on est devenu familier avec le vocabulaire du xvr siècle et avec la syntaxe de Regnier.
Or, Rapin, quant à moy qui n’ay point tant d’esprit, Je vay le grand chemin que mon oncle m’aprit :
s’il ne parle que de la langue, Regnier a raison : par son vocabulaire et par sa syntaxe il est le disciple de Desportes. Contemporain de Malherbe, on dirait qu'il est d’une génération antérieure à Bertaut. Car Boileau, qui ne les fréquentait guère l’un ni l’autre a bien pu confondre les deux successeurs de Ronsard; mais qui les lira attentivement s’apercevra sans peine que parmi les « fautes » relevées par Malherbe chez Desportes un grand nombre n’apparaissent plus chez Bertaut qu'à d'assez rares intervalles. Il en a d’autres, dont la plus habiluelle est qu'il calque,
plus que personne en son temps, la syntaxe latine, dans le é but de rendre à la fois la proposition plus courte :
Tu la rends grande Royne, elle toy Prince heureux !, et la période plus aisée à construire :
Detels Rois qui prenans la raison pour escorte Mesurent leur grandeur aux fruits qu’elle rapporte, Non à l’heur du pouvoir qui les rend florissans, Non aux peuples divers sous leur joug fléchissans, Estoit l'illustre Prince à qui dans ce cantique
Nous payons ce qu’on doit à tout cœur héroïque ?.
Mais s’il « oublie » les sujets, s’il « mange » les voyelles, s’il « mélange » les temps, comme d’ailleurs sil fait « heurter les diphtongues avec les qui », c’est par exception : entre Desportes et lui il y a presque autant de différence qu'entre lui et Malherbe. Regnier, au contraire, en est encore à Desportes. Aussi des « fautes » du neveu, comme de celles de l'oncle, les nouveaux docteurs auraientils pu faire sans peine « un livre aussi gros que le sien ». Car il viole à peu près toutes les règles qui dans le Commentaire sur Desportes sont qualifiées d'infaillibles ; il se permet presque toutes les audaces qui y sont jugées intolérables ; il ressuscite un bon nombre des mots dont la mort y est enregistrée : bienheurer, « qui n’est plus du monde »; confort, « qui est hors d'usage »; attraire et grever, qui sont de « mauvais mots »; Jà, qui « ne vaut guère d'argent »; filet pour fil, qui est « mal »; impileux, soldar, maints, qui méritent d’être soulignés; or, qui ne s'emploie pas dans le sens delmaintenant; consommer, du depuis, chacun, qu'on ne doit pas substituer à consumer, depuis, chaque. Et que ces « fautes » ne soient pas toujours des négligences, des sacrifices à la rime, des licences permettant de construire le
1. Paraphrase du XLIII® Psaume, éd. Chenevière (Bibliothèque elzévirienne), p. 61.