Hymne du roi saint Louis, éd. Chenevière, p
# vers plus facilement, si quelque chose le prouve, c’est d’abord que Regnier les commet souvent, mais c’est surtout qu'il les commet gratuitement. La mesure lui laisset-elle le choix entre deux tours? il adoptera de préférence celui qui est condamné par Malherbe, autorisé par Desportes : il dira des saintes lois, des méchants vers, et non de saintes lois, de méchants vers *; alors même que la rime ne l'y oblige pas, il fera accorder le verbe avec le dernier sujet sans se croire « un sot » pour cela :
Que le rouge et le blanc par art la fasse belle;
qu'il substituera l’article au pronom possessif, quand l’objet possesseur sera sujet de la proposition :
Or, la table levée ils curent {a machoire… Le mulet prend le tans..….
La voyant aymer Dieu et la chair maistriser 2.
FR
et ce n’est pas une fois par hasard, c'est habituellement, &
Pour avoir pris Desportes comme maïître de.français, — Regnier se distingue cependant de lui à beaucoup d’égards. Comme tout écrivain, il a sa langue à lui. Non qu'il ait imaginé des mots, introduit des tours nouveaux, restauré des tours surannés : il n’en offre pas un seul, au contraire, dont on ne puisse trouver plusieurs exemples chez ses contemporains ou ses devanciers immédiats. Mais s’il est des expressions ou des constructions qui reviennent chez lui en moyenne une fois en cinquante vers quand on les rencontre chez Desportes une fois en dix pages, et réciproquement, celte différence de proportion suffit évidemment à donner à leur vocabulaire ou à leur syntaxe une physionomie bien tranchée.
1. Satires XIII, 15; VIII, 116. Voir Malherbe, Commentaire sur Despoñtes, éd. Lalanne, t. IV, p. 302.
2, Satires IN, 141; IT, 251; XII, 35; comparer Satires III, 62; V, 166; XI, 38; et voir Malherbe: Comet) sur Desportes, p. 465.
Le vocabulaire de Regnier ne se fait remarquer ni par une affectation d'archaïsme, ni par la recherche des néologismes. Il n'a pas plus, il n’a pas moins de latinismes ou d'italianismes que celui de Desportes, et l’on ne voit pas qu'il ait élé puisé de préférence dans l’idiome particulier de telle ou telle profession. Les seuls mots pour lesquels le poète parait avoir une affection exagérée..., ce sont ceux qu'il vient d'employer quelques vers plus haut. Comptez combien de fois sont répétés les mots vertu, valeur, faits, gloire dans la première Satire, le mot croire dans les derniers vers de la neuvième, la « bourre » en ce monde dans les premiers vers de la troisième. Ou voyez comme, dans la fameuse tirade contre Malherbe, il réédite les termes ou les expressions rendre un son à l'oreille, laissant là, divin, affété, presque aussitôt après qu'il en a fait un premier
emploi ‘. Je ne sais si ces nonchalances sont de grands
artifices. Mais je doute qu'elles fassent accuser leur auteur d'avoir eu une excessive fécondité d'invention verbale. Disons-le franchement : le vocabulaire de Regnier est plutôt pauvre, et c’en est là le vrai caractère.
Sa syntaxe est plus intéressante et plus originale. Les deux traits suivants doivent être notés : parmi les constructions employées par Desportes {car c’est toujours chez Desportes qu'il puise le fonds de sa langue), 1° Regnier recherche toutes celles qui permettent de faire la proposition plus courte ; 2° il recherche toutes celles qui relâchent le lien entre les différentes propositions; quelques-unes des constructions qui lui sont chères tendent à la fois à ces deux effets.
1° Le mot qui revient le plus souvent dans le Commentaire sur Desportes est le mot bourre. Visant, comme Bertaut, à éviter l'enjambement, Desportes avait de la peine à