‹ Mathurin RegnierChapitre 17 sur 168 · Introduction, p. xxix · texte numérisé non relu

Introduction, p. xxix

en théologie, depuis archevèque d'Aix, qui était, d'après Montereul, une source de science inépuisable; le sieur de Bonnaud, déjà nommé à l'évêché de Mirepoix, « savant

homme et grand prédicateur »; Guijon, docteur en théo-

logie, ancien précepteur du cardinal; un médecin, M. Mercier, homme de confiance, puisque de Gênes on l'envoie à Rome chargé d'une mission auprès du pape ; les sieurs de Orsan et de Concoules recommandés par Joyeuse à sa nièce de Guise dans son testament ‘. Décrire d’après le célèbre Sonnet de du Bellay sur sa vie à Rome les occupations qui échurent à Regnier, c’est se faire, je crois, une complète illusion sur la situation de notre poète auprès de son cardinal.

Encore moins faut-il chercher dans les Sonnets sur la Marthe et la Victoire ou sur les galants cardinaux de 1580 une idée des comédies qui se jouèrent devant le jeune satirique. Entre le départ de l’un des deux poètes et l’arrivée de l’autre, ce n’étaient pas seulement les acteurs qui avaient changé sur le vaste théâtre romain, c'était surtout le spectacle; car dans l'intervalle la cour pontificale fut soumise à la rude discipline réclamée par le concile de Trente, et jamais vieille pécheresse n'expia plus sévèrement ses péchés que la Rome païenne de la Renaissance pendant les gouvernements successifs du cardinal Borromée et du pape Pie V. Pour diminuer la clientèle de la Marthe et de la Victoire, Pie V les parqua comme les Juifs dans les quartiers excentriques; pour leur enlever leur principal attrait, il les obligea à couper leurs cheveux, ces blonds cheveux qui du temps de l’Arétin étaient l’orgueil des dames de la corporation; pour punir leurs révoltes contre ces terribles règlements, il les contraignit plus d’une fois à verser dans les caisses publiques le fruit de leurs petites

1. Montereul, op. laud., p. 31-39; Lettre de d’Ossat à Villeroy du 16 février 1596; Adieu et derniers propos de Mgr le cardinal de Joyeuse envoyez à M. et à Mme de Guise, Paris, 1615,

économies ou bien à offrir leur beau corps nu au fouet du bourreau ‘. Sous le gouvernement de Pie IV et du cardinal Borromée, on ne vit plus, au témoignage d'un ambassadeur de Venise, un seul cardinal « ni parcourir les rues de Rome en voiture en compagnie de dames, ni prendre part aux divertissements publics »; c'était à peine si les hauts prélats sorlaient seuls et en carrosses fermés; banquets, jeux, chasses disparurent et la Ville Éternelle « ressembla à un honnète monastère ». Grégoire XIII et Sixte V furent sans doute beaucoup moins sévères. Cependant, au dire d'un autre ambassadeur de la Sérénissime République, l'on continua de mener dans l'entourage du pape une vie « réglée et chrétienne ». « L'ancienne licence » se réfugia dans les petits cénacles ?. L'ancienne culture l’y suivit. On rencontrait encore des savants chez le cardinal Borromée. Chez le cardinal de Joyeuse, Regnier ne coudoya que des politiques et des théologiens. Génébrard, Bonnaud, d’'Ossat, Guijon et autres personnages doctes et pies conféraient tous les jours avec le protecteur, au témoignage de Montereul, sur des propos aussi édifiants que peu divertissants. Du Bellay avait assisté aux dernières manifestations de l'esprit païen de la Renaissance. Regnier vécut dans la Rome vertueuse et triste du moyen âge.

Il n'y séjourna d’ailleurs jamais très longtemps. S'il est vrai qu'il ait suivi son maître à toute heure pendant plus de dix ans — et rien ne nous autorise à douter de sa parole, — voici par quels pays il a raison de dire qu’on le fit « courir ? ». A la nouvelle de l'assassinat des Guise, les représentants de la France ayant reçu l’ordre de quitter les Etats Pontificaux, Joyeuse demanda un refuge à notre amic

4. Voir Rodocanachi, Courtisanes et bouffons, éludes sur la société italienne du XVIe siècle, Paris, 1895.

: = ee cités par Hübner dans son Sixfe-Quint (Paris, 1882, Hachette), : 1, p. 76-19.

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