Ed. Courbet, p.201; Élégie V dans l’éd. Brossetle
Poème Sacré, qui parurent dans l'édition des Elzévirs en 1652 *.
Regnier conservait sans doute les vers amoureux, légers et religieux, pour les faire imprimer, suivant l'usage, dans quelque recueil. Les quatre Satires, au contraire, étaient probablement destinées, dans sa pensée, à prendre rang un jour dans son petit volume de Satires à la suite de Macette. Mais, parce qu'elles ne figurent pas avec elle dans l'édition de 1612, il ne faut pas croire qu'il les ait nécessairement composées l’année de sa mort. La Satire à Fourquevaux est antérieure au 16 mars 1611, date de la mort de ce gentilhomme aux mœurs faciles. La Satire XIV, où le duc de Sully est félicité de s’ètre maintenu aux honneurs pendant cinquante ans et de s’y maintenir encore, dut être composée avant la première disgrâce du ministre, qui résigna ses fonctions le 24 janvier 1611 : j'ai peur que le bon Mathurin n'ait pas eu pour ses amis malheureux la même fidélité que son frère cadet La Fontaine et que la démission du ministre n'ait seule empèché la Satire XIV d'entrer avec la XIIL° dans l'édition de 1612.
Regnier mourut à Rouen en 1613. Si Tallemant des Réaux méritait quelque créance, si ses Historiettes n'étaient pas pour la plupart de deuxième ou de troisième main, si ses asserlions relatives à Regnier n'avaient pas toutes été reconnues inexactes, à l'exception de celles qu’il a puisées
1. Je ne doute aucunement de l’authencité des pièces qui parurent pour la première fois en 1613. Mais celles qui virent le jour seulement en 1652 sont-elles bien authentiques? Les Poésies Spiriluelles étaient de nature à faire le plus grand honneur au poète : pourquoi ses amis ne les ont-ils pas publiées? Il n’y a rien dans l’œuvre de notre satirique qui ressemble au coqàl’âne marotique. Quant à la Satire posthume, si elle est imitée à la fois d’'Horace et de Montaigne, comme tant d’autres Satires très authentiques, n'est-elle pas peut-être un peu brève pour qu’on puisse l’attribuer sans aucune hésitation à un écrivain d'ordinaire assez verbeux? L’imitation n’y est-elle pas aussi un peu trop servile? Enfin cette Satire est la seule du recueil qui ne soit pas une épiître. Ne serait-elle pas d’un disciple ayant parfaitement « attrapé » la manière du maître? Dans toutes ces pièces nous retrouvons cependant — et c’est ce qui m’incline à croire à leur authenticité — le style, la langue, la versification de Regnier.
dans la Vie de Malherbe par Racan, il faudrait ajouter ici que l’auteur de Macelte s'était rendu à Rouen pour se faire traiter d’un vilain mal par un nommé Le Sonneur; qu'il voulut, après guérison, donner à manger à ses médecins; qu'ils lui laissèrent boire par complaisance du vin d'Espagne; qu'il en eut une pleurésie et fut emporté en trois jours. La seule chose certaine, c’est qu'il mourut, comme il en avait peur quand il courait l'Italie à la suite du cardinal de Joyeuse, dans un lit d’auberge. De l’Hôtellerie de l’Écu d'Orléans son corps fut, suivant ses désirs, porté à l’abbaye de Royaumont. Quelque temps avant cette fin prématurée, imitant l'exemple de Desportes, il s'était converti. Ce repentir tardif fit la joie des contemporains. L’un d'eux soutint dans une épigramme
FA Que Cygoignes, Regnier et l’abbé de Tyron Firent à leurs trepas comme le bon Larron :
Ils se sont repentis ne pouvant plus mal faire {,
En dépit des moqueurs, quand on relit les Séances spirituelles où Regnier a confessé ses fautes avec tant de candeur et le Sonnet où il en a demandé pardon avec tant de foi, on ne peut s'empêcher de lui appliquer le mot de la garde-malade de La Fontaine : « Dieu n’aura pas eu le courage de le damner ».
Telle fut la vie de Mathurin Regnier. Il n’eût tenu qu’à lui qu'elle füt plus longue, plus heureuse et;plus féconde pour la littérature. Si quelqu'un mérite toutefois qu'on plaide pour lui les circonstances atténuantes, c'est ce grand enfant. Tous les mauvais exemples qu'un homme peut recevoir, il les reçut : car, parmi ceux qui cultivaient alors les lettres ou protégeaient les lettrés, il n’en était pas un seul qui vécût bien; renoncer à la protection d'un
Â. Pièce de l’Espadon satyrique, cilée par Brossette dans l’appendice à sa préface où il a recueilli quelques jugements sur Regnier.
marquis de Cœuvres ou à l'amitié d'un Sygognes, c'eût presque été renoncer à la poésie. Et puis, Regnier ne trouvait-il pas le plus détestable encouragement à la débauche dans la prodigieuse fortune de son oncle maternel? Pour combattre l'influence d’un pareil milieu, il aurait fallu qu’il fût armé d’une volonté de fer. Or, le trait principal de son caractère fut justement de manquer de volonté. Regnier était en effet sur ce point tout l’opposé de Malherbe : jamais homme ne fut plus dépourvu de l’esprit d'initiative et de résistance. Victime de l'ambition de sa famille, tonsuré presque avant d’avoir l’âge de raison, il se laissa promener six ou sepl fois à travers l'Italie, sans avoir le goût des voyages; il demeura attaché seize ou dix-sept ans peut-être à la personne d’un prélat, sans avoir la moindre vocation ecclésiastique; il se résigna à faire tout ce qui répugnait à sa nature : il vendit sa plume au roi, après avoir solennellement déclaré qu'il avait « trop de courage pour façonner un ouvrage pour autruy » et que sa muse était « trop chaste » pour jouer le rôle de Macette; il vécut autant que personne au pays de Bohème, après avoir flétri les poètes
Qui desirent en eux ce qu’on mesprise en tous.
Cette atrophie de la volonté, qui excuse l’irrégularité de sa conduite, explique aussi trop bien l’imperfection de son œuvre. Aussi peu hardi en littérature que dans la vie, il fut révolté par la réforme de Malherbe. 11 ne comprit pas qu'on osât rien innover après les chefs de la Pléiade et luimême se garda de rien innover. Quand il chanta ses amours, ce fut dans le style de Desportes; quand il célébra les armes du roi, ce fut dans le goût de Ronsard. Il écrivit des satires parce que tout le monde en composait autour de lui. Il imita les écrivains que d’autres avaient mis à la mode. Il eut la plus sainte horreur pour les sujets neufs :
avant lui, Amadis Jamyn avait traduit le seul des éloges paradoxaux des Bernesques que Regnier trouva bon à transporter dans notre langue, l’apologie du déshonneur par Mauro; avant lui, le sujet de Macelte avait été traité par son ami Lespine, secrétaire du cardinal du Perron, dans un Discours qui parut en 1609, et des sujets très analogues par Ronsard, dans une Gaillardise qui fut imprimée en 1609, et par du Bellay, dans sa Vieille Courtisane, qui fut rééditée en 1610; avant lui, enfin, Sygognes paraît avoir imité les portraits burlesques de Berni, dans un certain nombre de pièces publiées dans les Muses’Gaillardes, l’année même où furent composés le Repas ridicule et le Mauvais gîte *. Je ne crois donc pas qu'aucune œuvre soit davantage le reflet de son temps que les Satires de Regnier : insignifiante assez souvent sur les génies de premier ordre, lourde en général sur les esprits de deuxième rang, c'est sur les écrivains dénués, comme Regnier, de toute force de volonté que l'influence des milieux exerce une véritable tyrannie.
Regnier était d’ailleurs d'autant plus disposé à « fuir toute nouveauté ? » que l'effort lui coûtait davantage. Car je ne sais pourquoi, quand il nous dit précisément le contraire, on s’obstine à le représenter comme un poète qui n'avait qu'à laisser sa plume courir sur le papier pour qu'elle le couvrit aussitôt de beaux vers :
Ouy, j'esery rarement et me plais de le faire.
Non pas que la paresse en moy soit ordinaire; Mais, si tost que je prens la plume à ce dessein, .Je croy prendre en galere une rame en la main à.
Cet aveu était inutile. Si l’on ne connaissait pas depuis longtemps à quels signes se trahit le défaut de facilité, on