VIII INTRODUCTION
plus discret que les anciens”. » — « Regnier ne faisait pas de telles fautes dans ses vers », affirme à son tour Desmarets de Saint-Sorlin. O rancunes littéraires, jusque où ne poussez-vous pas les mortels, fussent-ils jansénistes? Plutôt que d’avoir à féliciter son adversaire de quoi que ce fût, même d’avoir pris la défense de la morale, le fougueux avocat de Dieu, des anges et des saints trouva mauvais que Boileau eût reproché à Regnier ses rimes cyniques : « Il l’accuse indignement d'avoir fréquenté les. mauvais lieux, pour en avoir
décrit un, où il se sauva par hasard, et d’où il sortit
aussitôt ?. » Mais l'éloge que tous ces apologistes de parti pris, suscités à Mathurin par le succès de Nicolas, adressent le plus volontiers à Regnier, c’est de n’avoir imité personne. Regnier doit tout à son génie; Despréaux se borne à traduire Horace : voilà ce que répètent en chœur les Carel*, les Coras, les Pradon, les Desmarets.
Ces injustes critiques nous ont valu le premier travail important dont les Satires de Regnier aient fait l’objet. Pour démontrer combien Boileau était original, Brossette entreprit d'établir combien l'était peu le devancier de Boileau. Ce fut là, semble-t-il, le but principal de son édition de Regnier, qui parut à Londres vers la fin de 1729. Une notice biographique, courte mais précise, inspirée probablement par la famille de
1. Le faux salyrique puni (Lyon, Claude Rey, 1696), p. 26. Ce faux satyrique est Gacon, un disciple de Boileau.