Voir la Satire à Pistofilo
4h MATHURIN REGNIER
ribles colères du second des Jules; c'était que le cardinal voulait l’entraîner à sa suite en Hongrie, où l’on mangeait du poivre, où l'on buvait du vin fumeux, où l’on habitait jour et nuit dans des étuves ‘. Pour lui, il préférait reposer ses membres que de pouvoir se vanter de les avoir promenés chez les Scythes, les Indiens ou les Hongrois. Les voyages qui lui plaisaient davantage étaient ceux qu'il faisait sans payer d’aubergiste, dans le livre de Ptolémée.
Il aimait mieux naviguer sur les cartes que sur le bois des
navires, où l’on est obligé de se vouer à tous les saints du Paradis chaque fois que le ciel s'illumine d'’éclairs *. Aussi s’insurgeait-il quand il lui fallait sacrifier aux exigences du cardinal son repos et ses commodités. « Si de m'avoir donné vingt-cinq écus tous les quatre mois, écrit-il à son frère Alessandro, et encore pas si assurés que bien des fois ils ne m'aient pas été comptés, doit m’enchaïner, me tenir esclave, m’obliger à suer et à grelotter sans souci que j'en meure ou que j’en tombe malade, ne lui laissez pas cette croyance, dites-lui que plutôt que d’être esclave je prendrai la pauvreté en patience ÿ. » Il n’osa cependant jamais rompre son frein et se contenta de le ronger en grommelant, trop irrésolu ou trop égoïste pour échanger contre la prêtrise ou le mariage, une domesticité beaucoup moins amère d’ailleurs qu'il ne veut bien le dire.
Livre de bonne foi, comme les Essais, les Satires de l’Arioste nous offrent un peu le même genre de plaisir. Nous savons au poèle un gré infini d’avoir avec tant de candeur raconté son histoire, décrit son existence, mis son cœur à nu, convenu de ses défauts. Nous regretterions qu'il eût été plus discret. Car nous sentons bien que ce n’est pas seulement sa physionomie personnelle qui revit