Voir le sonnet qui commence par ce vers
S'io avessi l’ingegno del Burchiello.
de langueur dont elle est morte fàt en germe dans l’Andromaque de Racine. Bien que Berni et Mauro soient en partie responsables de l'ineptie et de l’obscénité de leurs imitateurs, leurs Capitoli à tous les deux, maïs surtout ceux du gentile et dabbene auteur de la Peste, comme l'appelle le Lasca, peuvent compter parmi les manifestations les plus heureuses de cet esprit éminemment italien qui dérive de l'imagination. Disant sérieusement des choses bouffonnes ou folâtrement des choses graves, plaidant pour Aristote devant un cuisinier, faisant invoquer les saints par un adorateur de Jupiter, se moquant toujours de ses sujets, de ses lecteurs et de lui-même, le poète bernesque plaisante pour plaisanter, uniquement docile aux caprices de sa verve joyeuse. Et alors, quand il s'appelle Sansovino, il n’est qu'un Scarron de bas étage, spirituel de parti pris, gai sur commande, péniblement cocasse pour obéir aux lois du geure, et chez quirien ne coule de source, sauf le mot malpropre et la comparaison indécente. Mais, quand il est Berni, il se fait dans sa fantasque cervelle des rapprochements si inattendus, sa plume court sur le papier en semant des images surprenantes etdes contrastes imprévus avec tant de facilité et de brio, elle garde dans sa folle allure un respect si scrupuleux du rythme et de la langue, que le plus hostile des lecteurs français se sent désarmé.
Le plaisir redouble, lorsque l’œuvre plaisante est une véritable satire. Car elle l’est quelquefois, d'autant plus mordante alors qu’elle est d’une plus apparente bonhomie et qu’elle blesse l'ennemi en le couvrant de fleurs. Si l’on conçoit qu'il ne peut rien y avoir de très méchant dans un éloge des épinards ou des carottes, on devine aisément de quelle jolie façon l'ironie, maniée par une main romaine, florentine, ou mème angevine, peut accommoder nos travers et nos ridicules dans un soi-disant panégyrique du mensonge, du déshonneur, du style pétrarquiste, de la poésie courtisanesque, de la vie monacale :
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« Les moines s’asseoient à côté de leurs pénitentes pour converser saintement avec elles, et prennent souvent par la main les plus chères de leurs servantes obéissantes. Puis, ils leur disent que le monde est trompeur et infirme, qu'il ne s’y conserve aucune foi, qu’elles devraient songer à un amour stable et ferme. Puis, ils leur représentent comme on pèche facilement et comme la chair est fragile ; mais Dieu n’est pas long à pardonner, ou plutôt il veut que nous nous aimions les uns les autres, et il ne nous lie pas si étroitement que nous ne puissions nous divertir ensemble. Et ils leur donnent des exemples tirés des paroles sacrées, et si la dame y trouve des choses embarrassées, qui n’entrent pas très bien dans son intellect, l’adroit père les explique et les développe avec tant d’art que toutes les duchesses finissent par l'écouter... Si je fais un péché en prêtant ce serment, que Dieu me le pardonne : je jure sur ma vie que tous les moines sont dévots, saints et bons; car 1ls disent leur Ave Maria à genoux et tiennent à péché de rejeter les commodités que Dieu leur envoie; car ils ne violent pas le commandement qui nous a été donné : « Croissez et multipliez ‘ ».
Ne croirait-on pas entendre Macette ou Tartufe? Mais surtout ne voit-on pas immédiatement combien pélille d’une malice tout italienne cette jolie pièce alla berniesca, où le venin, comme dans un C'apitolo de Mauro, se dissimule constamment sous l'apologie, et qui s'appelle le Poële courtisan de du Bellay?
Les véritables salires sont rares dans les recueils d'Œuvres plaisantes, les poètes bernesques ayant été des hommes sans fiel, incapables de haïr personne en dehors de ceux qui voulaient les empêcher de rire, comme le pape Adrien VI. Aussi, nos poètes du xvi° siècle n'au-