Ed. Travers, p
expressions originales du modèle, son procédé pour démarquer ses emprunts, et mettre une cheville au bout d’un vers, sa façon de se l’approprier :
Depuis Maroc jusqu'à Catay d'ici Depuis le Nil jusqu’en Dacie aussi Je m'en iroy !.
Dal Marocco al Catai, dal Nilo in Dazia, Non che a Roma, andero. ?
Quelle influence pouvaient avoir sur le développement de la satire naissante ces cinq livres de Satyres, soi-disant françoises, publiées en 1605, mais écrites depuis assez longtemps, puisqu'elles sont dédiées pour la plupart à des contemporains de Desportes? Est-ce qu’elles apportaient quelque nouveauté, à tout le moins quelque perfectionnement? On voit assez comment il faut répondre à cette question. Loin d’inaugurer dans notre poésie la peinture des mœurs, Vauquelin enseignait à la contrefaire. Loin de révéler des sources inconnues, il épuisait les anciennes sans en tirer un véritable profit. Au lieu d'établir définitivement la suprématie de l’alexandrin, déjà recommandé aux épistoliers par les exemples de la Pléiade, il lui faisait encore de nombreuses infidélités pour le vers de dix pieds; au lieu de tremper l’acier d'une arme, qui n'avait pas assez de fermeté chez Ronsard pour être tout à fait propre aux combats de la satire, il l’amollissait et l'émoussait encore. Qu'il ait dans la mesure de ses forces contribué à mettre la satire à la mode, voilà tout le mérite qu'on peut lui reconnaître. Mais il ne fut à aucun degré un initiateur. Ce n’est pas à lui que Regnier dut l'orientation de son génie. Si Mathurin se tourna vers la satire, c’est surtout, nous allons le voir, parce que le mouvement littéraire de son temps tendait tout entier de ce côté.