X INTRODUCTION
s'attribuant l'honneur de découvertes dont il n'était pas l’auteur.
Le 25 septembre 1623, Balzac écrivait à Conrart :
« Caporali n'instruit, ni ne délecte. Il ne guérit, ni ne flatte les passions de ceux qui le lisent. Il n’a ni de trésor caché, ni de pompe extérieure. Et néantmoins, je vous apprends que tout chétif et tout misérable qu'il est, il a été détroussé en France. Il n’a pu se sauver de nos larrons : et voici de ses dépouilles que je viens de découvrir en bon lieu :
« Mon docteur de menestre 1... »
Et Balzac, sans nommer d’ailleurs Regnier, citait à Conrart une longue tirade du Repas ridicule et la rapprochait des vers de Caporali dont elle est traduite. Imprimée en 1665, cette lettre passa inaperçue : s'ils l’eussent connue, les amis de Boileau ne se seraient-ils pas empressés de s’en faire une arme contre ses envieux ?
Il y avait alors un homme qui lisait tout : c'était Vadius. Son grand ennemi Baillet ayant fait un ridicule éloge de Caporali en se retranchant derrière l'autorité de Rossi, Ménage, qui avait entrepris de contredire point par point les allégations dés Jugemens des Savans, opposa au sentiment de Rossi celui de Balzac. « Ce qu'il y a de constant, avait écrit Baillet dans ses Jugemens des Savans (1685-1686), c’est que le Caporali effaça le Berni, le Molsa et généralement tous
1. Les œuvres de M. Balzac, divisées en deux tomes ECS Louis Billaine, 1665), t. I, p. 198-199.
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INTRODUCTION Xi
ceux qui jusqu'alors s’étoient exercés dans quelqu’une des espèces du genre burlesque. C’est au moins le sentiment du Rossi. » — « Ce n’est pas celui de M. de Balzac », réplique Ménage, dans son Anti-Baillet (1690), et il cite textuellement la lettre à Conrart du 25 septembre 1623.
Cette lettre frappa le savant ami de Ménage, La Monnoye, auquel Brossette doit, de son propre aveu, plusieurs des meilleures notes de son édition. Il fit quelques recherches sur les sources de Regnier, et lorsqu'’en 1725 — quatre ans avant l'édition de Brossette — il publia à Amsterdam une édition nouvelle des Jugemens des Savans, et de l’Anti-Baillet, enrichie d’un précieux commentaire, à la page 84 du tome VIF, il inséra la note suivante : « Regnier étoit grand imitateur. Sa VII Satire est une imitation de la X[° du [® livre d'Horace. Sa V[° est une copie des deux Capitoli de Mauro Jn disonor del’onore; la description du Pédant de la X° Satire n’est qu’une traduction du Pedante de Caporal. La pièce qu'il a intitulée Zmpuissance n’est pas seulement, comme porte le titre, une imitation d'Ovide, mais aussi de Pétrone ‘. » Quelles autres sources que celles qui sont indiquées ici a signalées Brossette? Une seule : la Cour de Caporali. Lui était-il difficile d'en découvrir un plus grand nombre? Il lui était impossible au contraire de ne pas en découvrir, même s’il se fût borné à feuilleter après La Monnoye le
4. Jugemens des Savans sur les ouvrages principaux des auteurs, par Adrien Baillet, revus par M. de La Monnoÿe, nouvelle édition augmentée de l’Anti-
Baillet 4e Ménage avec des Observations de M. de La Monnoye (Amsterdam, 4725), t. VII, p. 84.