‹ Mathurin RegnierChapitre 54 sur 168 · Éd. Blanchemain, t. III, p · texte numérisé non relu

Éd. Blanchemain, t. III, p

Point du tout. Regnier a condensé en six vers bien frappés deux imprécations de Ronsard, celles de la quatorzième Elégie :

Pour sa punition, en temps d'hyver la foudre . Sa cave et son grenier puisse reduire en poudre, Et luy en la plus dure et plus froide saison

Se puisse rechauffer au feu de sa maison ?, Pleurant sans reconfort ; ses fils venus en age Contre luy animés luy.puissent faire outrage

Par procez embrouillez de mille meschans tours, Pour la punition de m'oster mes amours;

et celles dela vingt-neuvième :

Quiconque fut la vieille.

Qui premiere brassa ton maudit mariage, …

Que la soif en tous temps la gorge luy desseiche : Tant plus elle boira, tant plus sente une meiche De chaleur en la bouche, etc.

Voilà du Ronsard. Voulez-vous du Jodelle?

Ronsard, fay-m'en raison, et vous autres esprits,

Que pour estre vivans en mes vers je n’escris :

Pouvez vous endurer que ces rauques Cygalles

Egallent leurs chansons à voz œuvres Royalles,

Ayant vostre beau nom lachement Res

Juste postérité, à tesmoing je t’appelle.

Vange ceste querelle, et justement separe

Du Cigne d’Apollon la corneille barbare,

Qui, croassant par tout d’un orgueil effronté,

Ne couche de rien moins que l’immortalité.

(Recwier, Satire II, vers 177-194.)

« Si désormais vers toi, sous qui doit estre serve L’impudente ignorance, on adresse, Ô Minerve, Tant d'œuvres avortez à qui leurs peres font Porter effrontément fon beau nom sur le front. Si mesme dans ton temple, impatient, je voy Quelque enroué corbeau crouasser devant toy,

1. C'est-à-dire : « puisse-t-il n’avoir pas d'autre feu pour se chauffer que celui de sa maison incendiée par la foudre ».

Qui se poussant au raug des cygnes les plus rares Vienne souiller ton nom dedans ses vers barbares, Et qui tout bigarré d’un plumage emprunté

Ne couche jamais moins qu'une immortulité,

je ne serais pas moins dépit, que si ne. vu Ajax séduire ta prétresse ou profaner ton image!

Aimez-vous le Baïf? On en a mis ou. : car On à mis partout des proverbes et on en a tiré beaucoup des Mimes, enseignemens et proverbes de Lazare de Baïf ?.

Préférez-vous le Belleau? En voici du meilleur :

Mais aux jours les plus beaux de la saison nouvelle Que Zephire en ses rets surprend Flore la belle... (ReGxier, Satire XV, vers 37-38.)

Avril, l'honneur des soupirs Des Zephyrs, Qui sous le vent de leur ælle Dressent encor és forests Des doux rets, Pour ravir -Flore la belle. 1 (BELLEAU, Avril.)

Le Desportes vous plait-il davantage? J’en trouve dans la bouche de Macette:

Jeanne, Qui fait si doucement la simple et la discrete, Elle n’est pas plus chaste, ains elle est plus secrete..…. Le peché que l’on cache est demi pardonné..…. Pourveu qu’on ne le sçache, il n'importe comment : Qui peut dire que non ne peche nullement.

(Satire XIII, vers 122, 144, 146, 147.)

Je ne refuse point qu’en si belle jeunesse

De mille et mille amans vous soyez la maistresse;. Mais je crève de rage, ; Quand en despit de moy vous faites que je sçache Le mal qui n’est point mal lorsque bien on le cache.

1. Épitre d'Étienne Jodelle parisien à madame Marguerite duchesse de Savoie, imprimée en tête des Hymnes de Ronsard, éd. Blanchemain, t, V p.21.

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