‹ Mathurin RegnierChapitre 55 sur 168 · Voir le chap. IV, S x · texte numérisé non relu

Voir le chap. IV, S x

Pour Dieu! prenez y garde et devenez discrette :

Ne soyez pas plus chaste, ains soyez plus secrette.

Faites les mesmes tours et plus si vous pouvez,

Joignez d’autres amans à ceux que vous avez,

Et donnez, non ingrate, à tous la récompanse.

Mais qu’est-il de besoin qu’on en ait connaissance ?

Prenez en le plaisir, fuyez en le renom :

Celle ne peche point, qui peut dire que non.

(Desrontes, Élégies, liv. Il, ÉI. III 1.)

Quand Regnier fait dire à la même Macette :

C'est gloire et non pas honte en ceste douce peine, Des acquets de son lict accroistre son domaine,

on peut se demander s’il a traduit lui-même le vers d'Ovide :

Turpe tori reditu census augere paternos,

ou s’il n’en a pas emprunté une traduction toute faite à à une autre Ælégie de Desportes, où l'amour maudit la femme en ces termes :

C'est:à vous que-j'en veux! + «#0 Qui n’avez estimée estre chose vilaine Du revenu du lict accroistre son domaine ?

Le soupçon est légitime. Car le jour où il expliquera à Fourquevaux que

Apres avoir passé tant et tant de traverses,

Avoir porté le joug de cent beautez diverses,

I! doit estre routier en la guerre d'Amour,

Et, comme un vieux guerrier blanchi dessous les armes, Sçavoir se retirer des plus chaudes alarmes, etc. 3,

Regnier, qui avait suivi avec tant de docilité les traces de Desportes sous les « étendards d'Amour », se bornera à

1. Desportes, éd. Michiels (Paris, 1858, Delahays), p. 295-296.

2. Regnier, Satire XIII, vers 178; Ovide, Amores, I, X, 41; Desportes; Fées, EL, IX, p. 258 de éd. Michiels.

; Satire XVI (Épitre 11 dans l’éd. Brossette), vers 5 el suiv.

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répéter les adieux que son oncle avait adressés à son « grand capitaine » :

Après avoir passé tant d'estranges traverses, Après avoir servy tant de beautez diverses, Avoir tant combattu, travaillé, supporté Sous la charge d'Amour, le guerrier indonté; Je pensois à-la fin, rompu de tant de paine, - Avoir eu mon congé de ce grand capitaine, Ainsi qu'un vieux guerrier, maladif et cassé, etc. 1

Quand on soutient avec Sainte-Beuve que Regnier admira les poètes de la Pléiade « un peu sur parole », quand on ajoute qu’il aimait « en connaissance de cause » leurs prédécesseurs, on commet donc une étrange erreur. Qu'il ait eu un fréquent commerce avec Villon, voilà qui m'étonnerait fort. Que les Discours, Poèmes, Élégies et Sonnets de Ronsard, que l'œuvre tout entière de Desportes lui ait été au contraire très familière, est-ce que ces continuelles imitations de détail (je n’ai cité que les plus caractéristiques) ne le démontrent pas? Évidemment Regnier voulut être, et crut être, l’un des plus fidèles disciples de du Bellay; évidemment il n’eut pas d'ambition plus haute que de conserver, de compléter, de continuer l’œuvre de la Pléiade. Et en un certain sens il la continua.

Beaucoup plus, en effet, que par ses multiples emprunts aux chefs de l’école, Regnier appartient à la Pléiade par sa conception de la satire, ou plutôt parce qu'il a écrit des satires. Non que la Pléiade en eût composé avant lui : mais par la bouche de du Bellay et de Ronsard elle avait demanué qu’on en fit, et qu’on en fit à la mode des anciens. Je conçois parfaitement l’œuvre de Regnier restant tout ce qu'elle est dans son essence et prenant une forme très différente. Sans renoncer à la peinture des mœurs et des caractères, pourquoi n’aurait-il pas enfermé ses por-

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