Desportes, Élégies, 1, 1, éd. Michiels, p
traits dans un tout autre cadre que celui de la satire antique, celui du conte par exemple, ou de Ja fable, ou du dialogue, ou tout simplement du sonnet bernesque? Je crois qu'ils y eussent gagné en relief et même en vérité. La preuve, c'est que, sous prétexte de corriger ses semblables par le récit de ses mésaventures personnelles, comme Horace, le poèle a pris un détour pour écrire des contes : les Satires de la Macette, de l'Importun, du Repas ridicule, du Mauvais gite, c'est-à-dire les plus populaires et les meilleures du recueil, que sont-elles en effet, sinon des fabliaux et des nouvelles? Et si l’on peut adresser un reproche sérieux à deux ou trois d’entre elles, n’est-ce pas qu'en se donnant lui-même comme le héros de ces aventures, alors qu'elles ne lui sont pas arrivées — on le sent trop bien, — l’auteur y a mêlé je ne sais quoi de factice et de froid? Mais l'École l'avait proclamé : il n’y avait pas de genres légitimes en dehors de ceux que les anciens avaient pratiqués. En cela Regnier, comme Malherbe, crut aveuglément à la parole de Ronsard; en cela ils se rangèrent tous. les deux sous les étendards de la Pléiade. Chacun d'eux entreprit de réaliser un des vœux exprimés dans la Deffense et Illustration de la langue françoise : tandis que l’un essayait d'être notre lyrique, l’autre, « en réglant la médisance à la façon antique’ », tentait de donner à la France le satirique réclamé par le manifeste de du Bellay.
Il poussa même la docilité jusqu'à suivre aveuglément les conseils qui lui étaient adressés sur le choix d’un modèle. Car entre les deux grands poèles satiriques que l'antiquité latine proposait à son imitation, il fallait choisir. La rigueur de la composition, la violence du ton, l’abondance des allusions devaient le détourner de Juvénal. L'éclat des images, la crudité fréquente de l'expression, la fermelé métallique des vers devaient l’attirer vers lui.