Salire II
à toi, saint collège des Muses, je ne possède pas par vous de quoi pouvoir me faire un manteau ‘! »
À ces deux passages se borne, il est vrai, tout ce que Regnier a traduit de l’Arioste et même.des satiriques réguliers de l'Italie ?. Qu’aurait-il pu glaner, en effet, chez eux après le passage de Vauquelin? Cet insigne larron avait trop consciencieusement répondu au signal donné par du Bellay lançant les Français à l'assaut du Capitole : il avait si bien mis à sac le recueil de Sansovino qu'il n'y avait rien laissé de précieux à dérober. Sur les sept Satires del’Arioste notamment, une seule Satire entière’et la moitié d'une autre avaient échappé au pillage : l’auteur y avait exprimé des sentiments trop personnels pour que Vauquelin pt se les approprier. Que Regnier ait su trouver son bien justement dans celles-ci, n’est-ce pas une preuve qu'il était par l'esprit assez proche parent du poète italien?
Il ne faut donc pas s'étonner qu'il ait conçu la satire, comme l'avait concue l’Arioste, à l’imitation d'Horace. Il en fit une sorte d’épître familière, adressée à un ami, et où, se prenant lui-même comme sujet de ses vers, il exprima ses idées et ses sentiments, exposa ses projets, conta ses mésaventures. Comme celles de l’Arioste, les Satires de Regnier sont, ou paraissent être, les confessions de l’auteur. Chaque sujet prend chez lui la forme d’une confidence. Veut-il peindre les mœurs de la cour? Il suppose qu’on l'engage à quitter le service de son cardinal pour celui du roi, consulte à cet égard le marquis de Cœuvres et saisit ce prétexte pour dessiner diverses silhouettes de courtisans”®.
1. Satire I, à M. Alessandro Ariosto et à M. Ludovico da Bagno :
Apollo, tua merce, tua merce, santo Colleggio de le muse, io non possiedo Tanto per voi ch’ io possa farmi un manto.
2. Cependant sa Satire III n’est pas sans analogie avec la Satire d'Ala-
manni à Tommaso Sertini.