‹ Mathurin RegnierChapitre 61 sur 168 · Satire III · texte numérisé non relu

Satire III

Veut-il transporter de la littérature italienne dans la nôtre un étonnant portrait de pédant? Il conte qu’un importun l’a malgré lui invité à diner avec le cuistre dont il désire nous tracer l'inoubliable physionomie, et il nous fait le récit de cette fâcheuse aventure‘, Veut-il nous faire conpaître le hobereau bel esprit et famélique? Il feint qu'un jeune gentilhomme est venu un beau matin le prendre à la messe, s’est attaché à ses flancs comme une sangsue, et 1l nous apprend les émotions par où il est censé avoir passé ce jour-là *. Bref, chacune de ses Satires est, ou semble être, un chapitre de sa biographie, et l’on est tenté d'en conclure que Regnier est « le Montaigne de notre poésie », non pas seulement par le style, comme l’entendait Sainte-Beuve, mais surtout par l’objet même de son livre.

Il l’est, en effet, jusqu'à un certain point, et probablement il voulut l'être . Car si deux livres, en dehors de ceux d'Horace et de l’Arioste, n’ont pas élé étrangers à cette conception de la satire, ce sont évidemment les Essais de Montaigne et les Regrets de du Bellay. Ce qui fait l’unité des Essais, des Regrets et des Satires, n'est-ce pas que chaque page nous apprend, ou a l’air de nous apprendre, quelque chose sur lécrivain? N'est-ce pas aussi ce qui explique que, dans les Regrets et les Satires, des pièces d'un genre différent se trouvent réunies sous le même titre? Et ne pourrait-on pas dire qu’en voulant distinguer, dans l’œuvre qu'il éditait, des Sutires et des Épitres, Brossette a montré qu'il n’avait pas compris les intentions de son poète ? Car, pourquoi range-t-il la Satire XVI à Fourquevaux parmi les Épitres, et non la Satire VII au

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