Satire V, 51 et suiv
fois présenté aux Français des portraits où ils se soient reconnus, après des recueils d'Odes, d'Hymnes, de Sonnets, dont le mérite est d’avoir pour la première fois fait rêver l'imagination française, peut-on admettre que le premier procède des seconds, du moins pour ce qu'il renferme de plus original, de plus savoureux, de plus vivant?
La meilleure partie de l’œuvre de Regnier n'a pas été davantage puisée dans Horace ni dans l’Arioste. Il n’a ni leur facilité, ni leur grâce, ni la délicatesse de leur oreille, ni leur goût, ni leur sentiment de l’art. Quand il s’est bien appliqué à mettre du désordre dans ses idées, il s’imagine sans doute qu'il a merveilleusement attrapé leur allure libre et capricieuse, alors qu’il nous donne simplement l'impression d’un homme qui ne sait pas où il va. Mais s’il est moins artiste qu'eux, n'est-il pas plus peintre? A-t-on pris garde comme cette idée de l’Arioste : « Grâce à toi, Apollon, grâce à toi, saint collège des Muses, 7e ne possède pas de quoi me faire ‘un manteau », lui est apparue sous forme d'image ‘? Ailleurs, avant de traduire, avec bonheur, mais laborieusement, le fameux portrait des quatre âges, il le résume d’abord dans un tableau pittoresque :
Le debauché se rit des sermons de son pere, Et dans vingt et cinq ans venant à se changer, Relenu, vigilant, soigneux et mesnager,
De ces mesmes discours ses fils il admoneste
Qui ne font que s'en rire et qu'en hocher la teste ?.
Observons surtout que le style de Regnier dans ses descriptions, bien que nourri de souvenirs antiques, reste essentiellement moderne. Il-abonde en comparaisons originales prises dans la vie de tous les jours et qui font songer à Rabelais, à Saint-Simon, aux romantiques, aux écrivains de notre temps”, plutôt qu'aux Grecs et aux