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2. Satire V, 114 et suiv, 3. « M. Dumas, écrit M. H. Parigot, excelle aux comparaisons ingénieuses
Latins. Et, quoi qu’il faille se défier des formules tranchantes, peut-être serait-on en droit de dire que la poésie descriptive d'Horace et des anciens se distingue surtout par le dessin arrêté des contours et qu'au contraire celle de Regnier et de nos contemporains se reconnaît surtout à l’éclat des couleurs : quand on parle de l’auteur des Satires, le mot qui se présente le premier à l'esprit, est le mot « pittoresque », et c’est celui qu’on songerait le moins à appliquer aux classiques anciens.
Si, par la forme, les Satires de Regnier ne rappellent que d'assez loin celles d'Horace et de l'Arioste, est-ce par le fond qu’on peut les leur comparer? La matière en est-elle la mème? Ÿ prenons-nous le même intérêt? Assurément non. Ni les confidences de l’ami de Motin n'ont le même objet, ni elles ne se font lire avec le même plaisir que celles de l'ami de Bembo. Nous pardonnons à l’Arioste, comme à Montaigne, d’étaler son moi, non seulement à cause de sa candeur et de son esprit, mais parce qu’en se décrivant lui-même, il nous trace un portrait achevé, non pas sans doute de l’homme en général, de qui il ne cherché pas, lui, « la connaissance », mais du bourgeois letiré italien du xvi° siècle. Il n’y a rien de tel dans les confessions de Regnier. Et ce qui achève de nous les gâter, c'est que souvent elles deviennent de purs exercices de style, sans qu'on sache au juste à quel moment c’est l'homme qui s'épanche dans le sein d’un ami et à quel moment cest le disciple de la Pléiade qui traduit lés anciens. Par exemple, le poète a-t-il jamais eu l’aventure qu'il raconte, d'après Horace, dans la Satire du Fâcheux? Il est permis d'en douter. Son père lui a-t-il vraiment tenu le langage qui lui est attribué dans la Satire à Motin? On n'ose se prononcer. Aussi ne sont-ce pas ces confqui sont souvent des intuitions. Les Péches à quinze sous, la Poutre. de
Sylvanie accusent un écrivain de race, de la race de Mathurin Regnier et de Saint-Simon. » Le Théâtre d'hier (Paris, 1893, Lecène et Oudin), p. 238.
Die
dences, à demi fausses, sur sa personne qui font le prix de son livre, en cela très différent des Satires de l’Arioste; ce sont les admirables portraits qu'il y a tracés de ses contemporains.
Ces portraits sont classiques à cerlains égards. Mais, pour ressembler vraiment aux petits chefs-d'œuvre d'Horace, ce qui manque surtout à cette comédie des travers et des ridicules du monde où vécut Regnier, c’est qu'elle soit l’œuvre d'un penseur. N’y cherchons pas ces inépuisables réflexions sur la sottise de nos préjugés, sur l’inconséquence de nos désirs, sur la folie de nos vanités, sur la puérililé de nos ambitions, sur la grossièreté de nos appétits qui font des Satires d'Horace un cours complet de philosophie pratique et de leur auteur le moraliste de tous les temps. Bien qu'il se soit nourri de la substance de ce livre exquis, Regnier n’a pas su enrichir d’une seule découverte appréciable le trésor d'observations morales que son modèle avait rapporté de ses voyages à travers les conditions humaines. Il est aussi banal quand il juge la vie, qu'il est original quand il se borne à la peindre.
Donc, malgré sa sympathie pour leur personne et pour leur philosophie, et bien qu'il ait conçu la satire comme une épître, Regnier ne procède pas autant de l’Arioste et d'Horace qu’on le croirait d'abord et qu'il le croyait luimême; malgré son admiration pour Ronsard et du Bellay, et bien qu'il ait été sans doute incité à observer les mœurs de son temps par la lecture des Æegrets, il n’est pas aussi redevable aux poètes de la Pléiade que certainement il se l’imaginait. Mais, précisément parce qu'il n'était qu'à demi de la famille des Horace, des Arioste, des Ronsard, des du Bellay, des Desportes, il ne lui fut pas inutile de s'être mis à leur école; et voici, je crois, ce qui manquerait d’important à ses Satires, s'il n’avait pas appris par cœur tant de pages de Ronsard, s'il n'avait pas feuilleté d’une main aussi studieuse les exemplaires latins.
Il n'avait naturellement ni la facilité, ni le mouvement oratoire. C’est à du Bellay et à Desportes qu’il demanda le secret de l’une; c'est Ronsard qui lui enseigna le secret de l’autre. Et ces leçons ne furent pas perdues. Jusqu'à la fin de sa carrière, Regnier mania sans doute la plume avec une certaine lourdeur. Il peina toujours en composant. Si l’on veut toutefois juger de ses progrès, que l’on passe sans transition de sa deuxième Satire, où le poète sort si laborieusement, par des liaisons si artificielles, des détours où s’égare sa pensée, à la neuvième, si bien venue, d’un mouvement si naturel et si vigoureux : on sentira la différence. Or, ce mouvement, nous l’avons vu, est très adroïtement mais très directement, imité de Ronsard.
Plus encore que la facilité et le mouvement, le sentiment de l’art lui faisait défaut. Nul doute que, s’il finit par en acquérir une parcelle, ce fut dans la société d’'Horace, des anciens et de l’Arioste. Supposons qu'il n’eût jamais suivi d'autre guide que son « caprice », qui « l’élevait quelquefois très haut dans les airs », pour le précipiter ensuite « du plus haut au plus bas », comme il en convient lui-même ‘ : qui sait à quelles fautes de goût, à quelles extravagances de style, à quelles incohérences de composition, il eût été entrainé? L'imitation des classiques contint sa verve sans l’étouffer.
Et, sans les classiques, ses personnages les plus célèbres ne seraient pas tout ce qu'ils sont. Possédant, comme personne, le sens du pittoresque et du grotesque, Regnier inclinait à l'étude des ridicules passagers et des travers d'un jour. Si la lecture des poètes latins, et surtout celle d'Horace, ne lui avait pas donné la curiosité de chercher homme éternel sous l’homme de son temps, je doute qu'il se füt jamais élevé de la peinture des mœurs à celle des caractères. Sa Macelte, en particulier, au lieu d’être