Satire I, vers 111 et suiv
le type immortel de la vieille courtisane et le caractère le plus complet qui ait paru dans notre poésie avant les fortes créations d'un Corneille et d’un Molière, serait peut-être aujourd'hui aussi peu connue que la Nanna, l'Alvigia et la Commère de l’Arétin, si vivantes parfois cependant, mais à qui l’on ne saurait assez reprocher d'être trop exclusivement de leur pays et de leur époque.
On a exagéré l'influence exercée sur Regnier par les poètes bernesques. Il leur doit sans doute des pièces entières : la sixième et la dixième Safires, comme l’a montré Brossette; de plus la onzième et une partie de la quatrième ‘. Mais, de ces quatre Satires, la quatrième et la sixième occupent une place assez insignifiante dans l’œuvre du poète; la dixième et la onzième ne sont pas entièrement bernesques ; la quatrième ne l’est à aucun degré.
4° Il y a, en effet, dans le recueil du Lasca un petit nombre de pièces qui s’y trouvent comme égarées : car, ni par le ton, ni par lé sujet, elles ne se distinguent de celles que Sansovino a réunies dans le sien sous le titre de Satire. Tel est le Capitolo della Poesia de Ludovico Dolce à Francesco Coccio. L'auteur y déplore après Juvénal la malheureuse condition des gens de lettres, comme le fait Sansovino dans l’une de ses trois Satires?. Pourquoi l’un de ces poèmes figure-t-il dans le recueil des Opere piacevole et l’autre dans le recueil des Satire? Je n’en vois pas la.
1. En parlant succinctement dans ses Séudi di storia letteraria italiana e straniera (Livorno, Giusti, 4895), p. 368, des sources de Regnier dont il est question dans ce paragraphe, M. Francesco Flamini reconnaît que je les lui ai moi-même signalées.
2, Satire à Giulio Doffi :
Se tu elegqi per ben la poesia;-etc.
raison, et, par conséquent, je ne pensé pas qu'il faille rattacher Regnier à l’école de Berni pour avoir traduit dans sa quatrième Satire une partie du premier plutôt qu’une partie du second.
Il les connaissait certainement tous les deux. C’est de la Satire de Sansovino qu'il a tiré cet heureux vers où il reproche aux poètes qui déshonorent la Muse par leur ivrognerie de
Faire un bouchon à vin du laurier de Parnasse !.
Mais Vauquelin de la Fresnaie, en s’appropriant la plus piquante des deux Sutires italiennes, lui avait enlevé l’embarras du choix ?. Faute sans doute de pouvoir imiter Sansovino, Regnier emprunta donc à Dolce la fin de sa quatrième Satire, dont le début est pris, nous l'avons vu, d'une épitre de Ronsard à Pierre L'Escot * :
Eusse tu plus de feu, plus de soing et plus d’art Que Jodelle n'eut oncq’, Desportes, ny Ronsard,