Acte V, sc. v
tienne. Elle est l'élève d'une excellente vieille « qui pendant le carème vivait comme un ermite, à quelques œufs près », jeùnail au pain et au vin, la veille de Noël, et ne mangeait pas de viande la veille de la Pentecôte. « Quelle conscience était la sienne! » Malheureusement elle avait des ennemis. Parce qu’un mari jaloux s'était cassé la tête dans son escalier en glissant sur une fève que. cette vieille y avait laissé tomber par mégarde, le bourreau vient de la faire flamber. Alvigia a hérité de ses poudres à tuer les jaloux, de ses cordes de pendus, de ses onguents pour aller au sabbat et de son talent pour « conseiller les jeunes filles ‘ ». Elle est si habile à les endoctriner qu'on la croit « capable de corrompre la chasteté même * ». Avec quel art, en effet, elle lève les scrupules des femmes et déjoue les soupçons des maris! Avec quelle astuce elle aborde ses catéchumènes « en resserrant la bouche » et, semblable à sainte Nitouche,
D'un Ave Maria leur donne le bonjour!
AzvigrA, — Tic, toc.
Tocna. — Qui est-ce?
AzLviGiA. — C'est moi.
Tocna. — Qui êtes-vous?
ALviGiA. — Alvigia, ma fille.
Tocxa. — Attendez, je viens à l'instant.
ALvIGIA. — Je suis heureuse de vous trouver, chère fille. Ave Maria.
Toaxa. — C’est un miracle que vous veniez me voir,
ALviGiA. — Cet avent et ces quatre-temps m'ont telle-
ment dérangée avec leurs maudits jeûnes que je ne suis plus la même... Gratia plena, Dominus tecum.
Tocxa. — Vous dites toujours des prières. Moi, je ne vais plus à l’église, ni ne fais plus rien de bien.