Acte I, sc. x
une conférence sur l’art qu’elle exerce ‘, l’art de conseiller les jeunes filles, pour employer l'admirable éuphémisme de cette honnète femme d’Alvigia. Etre hypocrite, voilà le secret du métier. La Commère ne passe jamais devant une église sans aller se mouiller le bout du doigt dans l’eau bénite, devant une image sans se donner sur la bouche d’un « confesse tes péchés », à côté d’un religieux sans le saluer, d’un ermite sans lui demander la date du prochain carème. Elle lit la Bible, comme Macette lit les Méditations de la mère Thérèse. Comme Macette, elle. va chaque matin d'église en église, « attrapant par ici une bribe d’évangile, par là un morceau d’Orate fratres, de ce côté une goutte de Sanctus Sanctus, de l’autre un tout petit peu de Non sum dignus, ailleurs une bouchée d’Zrat verbum ». Ïl fait beau la voir pendant la semaine sainte, quand elle « se tape » la poitrine et accompagne le clerc de ses cris, à la lecture de la Passion, quand, au moment de baiser La croix, « des larmes longtemps comprimées lui ruissellent le long des joues, suavement, suavement ». Comme Macette, elle s'est acquis un grand crédit auprès du peuple par des tours dignes de Tartufe. Un jour, en se promenant, elle tombe dans une rue où se tenaient une douzaine de femmes en train de filer la fleur du coton. Elle les salue, leur conte des histoires, leur donne des remèdes contre le froid et le chaud; puis, se levant pour s’en aller, elle laisse tomber un bout d’étoffe dans lequel est enveloppée une discipline. A peine l’a-t-on aperçue, que «toute la sequelle la tient pour une Magnificat, bien loin de ne la croire qu'une Sanctificetur et une Alleluia ». La Commère ne croit pas plus que Macette à la vertu des femmes : combien en connait-elle, en effet, qui, tout en pratiquant le jeûne et en faisant l’aumône, ont « mis leur honneur en séquestre », pour emprunter à Regnier une