Satire V, vers 1, éd. Courbet, p
Quel bien le soldat ne sacrifierait-il pas au plaisir de « forcer un château » et l’avare à la volupté d’entasser de « doubles ducats »? Ainsi, « sottement abusée, l'humanité court à ses appétits, s’aheurte partout où quelque appas la convie, trouve bon seulement ce qui lui plaît, voit et Juge par la passion » :
e O debille raison, où est ores ta bride?
Où, ce flambeau qui sert aux personnes de guide? Contre la passion trop foible est ton secours Et souvent courtisane apres elle tu cours t.
Mais peut-être existe-t-il une petite élite d’esprits que la passion de la vérité a préservés contre les assauts des autres passions, et dont les longues études, les patientes observations, les réflexions hardies ont fait les conducteurs naturels du troupeau humain? Point du tout; car leurs instruments ne valent pas mieux que les nôtres :
L'homme le plus parfaict a manque de cervelle.
Qui que nous soyons, nous « ne jugeons que suivant notre appétit, comme le soleil n’est luisant que selon nos yeux » :
Philosophes resveurs, discourez hautement;
Sans bouger de la terre allez au firmament.
Faites que tout le Ciel bransle à vostre cadance..…. Vostre raison vous trompe, aussi-bien que vos yeux ?.
Restent donc uniquement pour nous guider les lois dites naturelles. Mais, est-il bien sûr qu'il y en ait d’autres que celles de notre tempérament personnel? Qu'est-ce. qui peut nous enseigner, en effet, qu'une loi est naturelle pour tout le monde, sinon l'unanime approbation du genre humain? Si la nature nous a véritablement ordonné quelque chose à tous, ne faut-il pas que nous l’acceptions
1. Satire XIV, vers 155-156, éd. Courbet, p. 118; Saëire IX, vers 179-229, p. 71-12.