‹ Mathurin RegnierChapitre 84 sur 168 · ARE · texte numérisé non relu

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d'un commun accord? Or, loin qu'il en soit ainsi des quelques lois prétendues naturelles, « il n’est chose, comme l’observe Montaigne, en quoy le monde voit si divers qu'en coustumes et loix; il n’est rien si extrême qui ne se trouve receu par l'usage de quelque nation; telle chose est icy abominable qui apporte recommandation ailleurs, comme en Lacedemone la subtilité de desrober ; les mariages entre les proches sont capilalement deffendus entre nous, ailleurs ils sont en honneur » :

Charnellement se joindre ayecq’ sa paranté,

En France, c’est inceste, en Perse, charité :

Tellement qu'à tout prendré en ce monde où nous sommes Et le bien et le mal depend du goust des hommes t.

Croyons-en donc maitre François, c’est la conclusion qui s'impose : pour une âme libérale, pour un frère Jean des Entommeures, ce modèle des moines, pour un Mathurin Regnier, cet exemple des chanoines, il n’est pas de morale qui vaille celle qui tient en ces trois mots : « Fais que voudras ». « Forme à ton goût une philosophie » et ne reconnais pas d'autre autorité que celle de ta nature. C’est le chemin le plus facile à suivre. C’est celui qui a le plus de chances d’être honnète :

Laissons ce qu'en resvant ces vieux foux ont escrit; Tant de philosophie embarasse l'esprit; Nous ne pouvons faillir suivant nostre nature.

C’est celui où Montaigne s’est engagé à la suite des anciens : « j'ay prins bien simplement et cruement pour mon regard ce précepte ancien : que nous ne scaurions faillir à suyvre nature; que le souverain précepte, c'est de « Se conformer à elle ». Je n'ay pas corrigé, comme Socrate, par la force de la raison, mes complexions naturelles, et n’ay aulcunement troublé par art mon inclination*? ». C'est enfin la

1. Satire V, vers 43-46, éd. Courbet, p. 37; Essais, li, xx 2, Salire XV, vers 135, p. 124; Essais; -II,-xrm.

route qui conduit le plus sûrement au bonheur. Car, sans compter qu'il est difficile « d’ôter avec l'étude ce qu’on tient de naissance », impossible de se révoller contre certaines exigences de son « tempérament », « füt-on de métal, de bronze ou de roc », la nature veut uniquement notre bien‘. Elle a, comme toute maitresse, ses petites tyrannies mesquines : elle vous envoie l'inspiration poétique à l'heure où l’on voudrait rester au lit; dans la saison où l’on aimerait à se reposer des bruits de Paris sur les bords charmants de l'Oise et à faire rire d’un bon mot ses amis, leurs chiens, leurs chats et tout leur maison, elle vous contraint à « rapetasser » de vieux vers *. Mais il faut lui pardonner ces caprices : car le plus souvent « étrange est sa providence, prudente sa méthode »; il est admirable comme « elle sert un chacun à sa mode * ».

Obéissez donc aveuglément à votre nature et trouvez bon que votre voisin obéisse à la sienne :

Sans plus se controller, quant à moy je conseille Qu'un chacun doucement s'excuse à la pareille... Je t'excuse Pierrot : de mesme excuse moy ‘.

Ne résistez point aux humeurs où elle vous « rend enclin »; ne vous croyez pas obligé d’être sage, avant qu’elle vous y contraigne; mais, quand elle aura sonné pour vous l'heure de la retraite, « payez votre écot » sans murmurer; moquez-vous de l'honneur, qui la « trahit » et voudrait vous interdire ce qu'elle à fait pour vos délices; ne vous chargez d’un faix qu’autant qu’elle vous aura donné de robustes épaules :

On doit selon la force entreprendre la peine;

1. Salire IV, vers 103-106, p.333 voir aussi la Satire sale 2. Satire XV.

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