Satire XV, vers 134-149, p
si vous êtes poète, n'entonnez donc un hymne, qu’autant que vous aurez reçu d'elle assez d’ « haleine‘ »; acceptez gaiement la situation où elle vous aura fait naître et la servitude où elle vous aura assujéti : penser s'affranchir est une rêverie :
Rien n'est libre en ce monde; et chaque homme depend, Comtes, Princes, Sultans, de quelque autre plus grand... Au joug nous sommes nez, etn'a jamais esté
Homme qu'on ayt vu vivre en plaine liberté...
C’est l’arrest de nature, et personne en ce monde
Ne sçauroit controller sa sagesse profonde ?.
Poussez même plus loin encore la révérence à son égard : tenez-vous en l'assiette où elle vous aura mis jusque dans les matières de foi et de science; croyez, sans plus, cêè qu'aura cru le père dont elle vous aura fait le fils; conservez les idées religieuses et liltéraires dans lesquelles elle aura voulu que vous soyez élevé. C'est le dernier mot de Montaigne : « Quelque apparence qu’il y ait en la nouvelleté, je ne change pas ayseement, de peur que j'ay de perdre au change... et me tiens en l’assiette où Dieu m'a mis... Ainsi me suis-je, par la grace de Dieu, conservé entier, sans agitation et trouble de conscience, aux anciennes créances de nostre religion, au travers de tant de sectes et de divisions que nostre siècle a produictes. »
-Et c'est aussi le dernier mot de Regnier :
Pour moy, les Huguenots pouroient faire miracles, Ressuciter les morts, rendre de vrais oracles, Que je ne pourois pas croire à leur verité.
En toute opinion je fuy la nouveauté #,
Je ne sais si cette philosophie est la meilleure qui soit. En tout cas, on préférera sans doute la démonstration
4. Satire V, vers 103-106, p. 39; Satire VII; Satire VI, vers 65, p. 46; Satire 1, vers 71-96, p. 11; Salire VI, vers 25-26, p. 45.