‹ Mathurin RegnierChapitre 89 sur 168 · Paris · texte numérisé non relu

Paris

4. La dédicace de la 2° partie à Ronsard est datée de 1576; la dédicace de la 3e à Baïf, de 1571.

la septième dans le recueil de Florio déja nommé, page 174 :

Peccato celato e mezzo perdonato;

la huitième, comme la plupart des autres proverbes de Regnier, dans ce Trésor des sentences dorées de Gabriel Meurier qui fit les délices de nos pères:

Il n’y a si laid pot qui ne trouve son couvercle !.

Dans les idées morales de Regnier, si quelque chose mérite d'attirer l’attention, c’est donc uniquement, l'effort, presque toujours couronné de succès, qu'il a tenté pour donner à son vers les qualités de la prose de Montaigne et pour rendre par cela même notre phrase poétique capable de porter la pensée. Quant au fonds de sa philosophie, elle ressemble à celle de Boileau en ce que celle-ci a d’essentiel : esclaves tous les deux d’une tradition impérieuse qui voulait qu’un poèle satirique philosophât, cédant chacun à la vanité de vouloir être appelé l'Horace français, Nicolas et Mathurin ont composé des satires morales, sans avoir rien de bien intéressant à dire sur la morale.

Toute la doctrine littéraire que Regnier a si éloquemment défendue dans la première moitié d’une Suatire fameuse, aussi débordante de poésie que dépourvue de bon sens, est condensée dans un admirable vers d’une autre Satire :

Il se faut recognoistre, il se faut essayer, Se sonder, s'exercer avant que s’employer…..

4. Paris, Bonfons, 1583. Une édition antérieure avec le méme titre avait paru à Rouen chez Nicolas L’Écuyer en 1518.

Il faut faire de mesme un œuvre entreprenant : Juger comme au sujet l'esprit est convenant

Et, quand on se sent ferme et d’une aisle assez forte, Laisser aller la plume où la verve l'emporte !.

Cette poétique est-elle, comme Regnier l’affirme, celle de Ronsard? Elle l’est dans la mesure où ceux dont toute Ia philosophie se borne à crier : « Vivent le plaisir et le bon vin! » sont les disciples d'Épicure. Ou, pour faire un rapprochement plus intéressant et plus juste, la poétique formulée dans la première partie de la Satire IX est celle de Ronsard dans les limites où la morale exposée dans la seconde est celle de Montaigne. Regnier a réduit l'une et l'autre à leur principe fondamental, et, par cet excès de simplification, il les a un peu faussées. Il ne les a pas cependant dénaturées au point qu’on les méconnaisse : car, pour Montaigne, la grande loi de la morale est bien qu’on ne peut faillir en suivant sa nature, et pour Ronsard, la grande loi de l’art poétique que « toute doctrine est manque » sans « l’ardeur d'esprit ». « Tu auras en premier lieu les conceptions hautes, grandes, belles et non trainantes à terre. Car le principal poinct est l'invention? » : voilà le conseil qu'il ne cesse d'adresser aux poètes dans la Préface de sa Franciade comme dans son Abrégé d'Art Poétique. Personne n’a flétri en termes plus dédaigneux ces « versificateurs qui semblent avoir beaucoup faict pour la republique quand ils ont composé de la prose rimée », aussi différents du vrai poète, « qui invente et forge argumens tous nouveaux », qu’un « bidet » l’est d'un « coursier de Naples », ou qu’un « prophète » l’est d'un « charlatan et vendeur de triacles * ». Enfin, trois siècles avant Lamartine, n’a-t-il pas osé prononcer ce mot étonnant : « Le

. 1. Satire I, vers 85-96, éd. Courbet, p. 12. 2. Abrégé d'Art Poétique, éd. Blanchemain, t. VII, p. 318. 3. Préface de la Franciade, éd. Blanchemain, t. II, p. 20.

poète est porté de fureur et d’art ne toutefois se soucier beaucoup des reigles de grammaire” » ?

On objecte que Ronsard a un art savant et qu'il demande aux poètes beaucoup plus de labeur encore que Malherbe. Oui, mais Ronsard veut qu'ils travaillent surlout avant de prendre la plume, et Malherbe, qu'ils travaillent surtout après l'avoir prise. Pour l'un, les « points principaux » sont la composition et la rédaction; pour l’autre, « le point principal est l'invention »; seulement il ajoute aussitôt que l'invention « vient tant de la bonne nature que par la (épen des bons et anciens autheurs * ». Malherbe exige donc qu’on peine et sue pour canaliser son inspiration, et Ronsard, pour l'alimenter :

As-tu point veu voler en la prime saison

L’avette qui de fleurs enrichit sa maison?

Ainsi le bon esprit que la Muse espoinconne, Porté de sa fureur, sur Parnasse moissonne

Les fleurs de toutes parts, errant de tous costez ©.

Tandis que celui-là, en faisant de l’art le correcteur de la nature, les oppose l’un à l’autre, celui-ci, en donnant Part comme soutien à la nature, les identifie :

Les poètes gaillards ont artifice à part.

Izs ont un art caché, qui ne semble pas art Aux versificateurs, d'aulant qu'rL se promeine D'une libre contrainte où la Muse le meine #.

LE

Entre ces deux manières d'entendre l’art n’y a-t-il pas un abime? et par conséquent, bien que les derniers disciples de la Pléiade aient singulièrement rétréci la doctrine du maître, peut-on nier que ce soit à l’école de Ronsard

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