‹ Mathurin RegnierChapitre 93 sur 168 · Des grands · texte numérisé non relu

Des grands

4. Satire XIV, vers 43- 46, éd. Courbet, p. 148. 3. Éd. Blanchemain, t. IV, p. 281.

C’est nourrir son amour de respect et de soin

Je suis saoul de servir le chapeau dans le poing,

Et fuy plus que la mort l'amour d’une grand Dame : Tousjours comme un forçat il faut estre à la rame, Naviger jour et nuit, et, sans profit aucun,

Porter tout seul le fais de ce plaisir commun #,

Les vers alexandrins « sentent trop la prose très facile et sont trop énervez et flasques. Au reste ils ont trop de caquet, s'ils ne sont bastis de la main d’un bon artisan » : ainsi s'exprime Ronsard dans la Préface de sa Franciade. On ne saurait avoir une plus juste conscience de ses défauts. Si Ronsard a, nous l’avons vu, d’admirables vers, surtout quand il s’émeut et s’indigne, rien, en revanche, ne ressemble plus parfois à des lettres en « prose très facile » que ses épîtres familières en alexandrins, si ce n’est cependant les épiîtres de Marot. Bouleversez l’ordre des vers : vous ne retrouverez pas les membres épars d’un poète; 1l vous restera des lignes « énerveez et flasques », et un seul signe vous révélera qu'elles ont été des vers, c'est qu'elles auront « trop de caquet », c’est-à-dire un ou deux mots de trop, à moins qu'au contraire il ne leur en manque un ou deux d’essentiels :

Un mesme fait produit le blasme et la louange, Et ce qui est vertu [à l’un] semble à l’autre péché ?.

Mais en quelque endroit que vous rencontriez ces treize syllabes : « Ton bras est invaincu, mais non pas invincible », vous n’hésiterez pas à dire : « Voilà un vers! et un vers de grand poète! » De pareils vers, tous les contemporains et tous les devanciers de Regnier ont été assez « bons artisans » pour en « bastir » au moins quelques-uns. De du Bellay, on peut citer la conclusion du Poète courtisan :

1. Satire XVI à Fourquevaux (Épttre II dans l’éd, Srosette), vers 49-56, éd, Courbet. p. 127.

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