Salire IX, vers 141-160, éd. Courbet
Quand on lit les Satires, on ne peut même s'empêcher de s’écrier parfois : « Trop d'images ! »; car iln’y en a pas seulement de vulgaires, mais de forcées et de bizarres ; et surtout : « Trop de beaux vers ! »; car, si Regnier eût fait moins de beaux vers, peut-être lui-même et certains de ses successeurs eussent-ils fait de meilleures phrases. « Surtout, pas de beaux vers! » disait un jour Talma à Victor Hugo. Il avait raison : car les beaux vers sont la rançon des mauvaises tirades, voire des mauvaises tragédies. Si quelques-uns de nos poètes ont peut-être trop sacrifié à la beauté des vers sentencieux des beautés égales ou supérieures, personne, on le voit, n’en est plus responsable que Mathurin Regnier.
Mais il n’a pas seulement les défauts de ses qualités. Il lui manque toutes les qualités qu'on ne peut acquérir autrement que par le commerce de la société polie, et toutes celles dont on est dépourvu quand on ne respecte pas assez son lecteur pour subordonner à son sujet les caprices de sa muse, ou plutôt quand on n’a pas de sujet, n'ayant pas d'idées générales.
Il ne connait ni la pudeur, ni la délicatesse, n1 la légèreté. Il a quelquefois beaucoup d'esprit, surtout pour dire des gaudrioles ‘; il n’en a généralement aucun quand il adresse un compliment à ses protecteurs. En cela, il est bien le disciple de Ronsard : car jamais en France les Mécènes ne respirèrent un encens plus grossier que pendant le règne de la Pléiade.
Toute louange est pour vous trop petite :
voilà un échantillon des éloges que du Bellay, ce délicat, assénait sur la tête de Marguerite de Valois et que Regnier