‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 11 sur 71 · EXTENSIOH NATURELLE DES IMAGES 5T · texte numérisé non relu

EXTENSIOH NATURELLE DES IMAGES 5T

de l'autre utilisés. La matière vivaate, soas sa forme la plus simple et à l'état homogène, accomplit déjà cette fonction, en même temps qu'elle se nourrît ou se répare. Le progrès de cette matière consiste à répartir ce double travail entre deux catégories d'organes, dont les premiers, appelés organes de nutrition, sont destinés à entretenir les seconds : ces derniers sont faits pour agir ; ils ont pour type simple une chaîne d'éléments nerveux, tendue entre deux extrémités dont l'une recueille des impressions extérieures et dont l'autre accomplit des mouvements. Ainsi, pour revenir à l'exemple de la perception visuelle, le r61e des c6nes et des bâtonnets sera simplement de recevoir des ébranlements qui s'élaboreront ensuite eu mouvements accomplis ou naissants. Aucune perception ne peut résulter de là, et nulle part, dans le système nerveux, il n'y a de centres conscients ; mais la perception naît de la même cause qui a suscité la chaîne d'ëlémenta nerveux avec les organes qui la soutiennent et avec la vie en général : elle exprime et mesure la puissance d'agir de l'être vivant, l'indétermination du mouvement ou de l'action qui suivra l'ébranlement recueilli. Cette indétermination, comme D0U8 l'avons montré, se traduira par une réflexion sur ellesmêmes, ou mieux par une division des images qui entourent notre corps ; et comme la chaîne d'éléments nerveux qui reçoit, arrête et transmet des mouvements est justement le siège et donne la mesure de cette indétermination, notre perception suivra tout le détail et paraîtra exprimer toutes les variations de ces éléments nerveux eux-mêmes. Notre perception, à l'état pur, ferait donc véritablement partie des choses. Et la sensation proprement dite, bien loin de jaillir Bpoutaoémeut des profondeurs de la conscience pour s'étendre.

LE ROLE DU CORPS

it, daos ]'espace, coïncide avec les modifications e subit, au milieu des images qui l'ioflueucent, rticuliëre que chacun de nous appelle sou corps.

Iiéorie simplifiée, schématique, que nous avions 1 pereeptioD extérieure. Ce serait la théorie de lure. Si on la tenait pour définitive, le rôle de 36, dans la perception, se bornerait à relier parle la mémoire une série ininterrompue de visions qui feraient partie des choses plut6t que de re conscience ait surtout ce rdie dans la per- Bure, c'est d'ailleurs ce qu'on peut déduire définition même des corps vivants. Car si ces

objet de recevoir des excitations pour les élaiODS imprévues, encore le choix de la réaction

s'opérer au hasard. Ce choix s'inspire, sans les expériences passées, et la réaction ne se fait ipet au souvenir que des situations analogues

derrière elles. L'indétermination des actes à ;e donc, pour ne pas se confondre avec le pur servation des images perçues. On pourrait dire jns pas de prise sur l'avenir sans une perspecorrespondante sur le passé, que la poussée de m avant fait derrière elle up vide où les souvetent, et que la mémoire est ainsi la répercusphëre de la connaissance, de l'indéterminatioa até. — Mais l'action de la mémoire s'étend 1 loin et plus profondément encore que ne le ler cet examen superficiel. Le moment est venu a mémoire dans la perception, de corriger par

LA PERGEPTIOH PURE D9

là ce que nos codcIusïods peuvent avoir d'exagéré, et de déterminer ainsi avec plus de précision le point de contact entre la conscience et les choses, entre le corps et l'esprit

Disons d'abord que si l'on pose la mémoire, c'est-à-dire une survivance des images paôsëes, ces images se mêleront constamment à notre perception du présent et pourront même s'y substjituer. Car elles ne se conservent que pour se rendre utiles ; à tout instant elles complètent l'expérience présente en renrichissant de l'expérience acquise ; et comme celle-ci va sans cesse en grossissant, elle finira par recouvrir et par submerger l'autre. 11 est incontestable que le fond d'intuition réelle, et pour ainsi dire instantanée, sur lequel s'épanouit notre perception du monde extérieur est peu de chose en comparaison de tout ce que notre mémoire y ajoute. Justement parce que le souvenir d'intuitions antérieures analogues est plus utile que l'intuition même, étant Ué dans notre mémoire à toute la série des événements subséquents et pouvant par là mieux éclairer notre décision, il déplace l'intuition réelle, dont le rôle n'est plus alors, >- nous le prouverons plus loin, — que d'appeler le souvenir, de lui donner un corps, de le rendre actif et par là actuel. Nous avions donc raison de dire que la coïncidence de la perception avec l'objet perçu exista en droit plutôt qu'en fait. 11 faut tenir compte de ce que percevoir finit par n'être plus qu'une occasion de se souvenir, de ce que nous mesurons pratiquement le degré de réalité au degré d'utilité, de ce que nous avons tout intérêt enfin à ériger en simples signes du réel ces intuitions immédiates qui coïncident, au fond, avec la réalité même. Mais nous découvrons ici l'erreur de ceux qui voient dans la perception une projection extérieure de sensations ioextensives, tirées de

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LE BOLE DU CORPS

e foDd, puis développées dans l'espace. Ils n'ont 16 à montrer que notre perception complète est lages qui nous appartiennent persoaaellement, tériorisées (c'est-à-dire, en somme, remémorées) ;

seulement qu'un fond impersonnel demeure, où m coïncide avec l'objet perçu, et que ce fond est ! môme.

:apitale, l'erreur qui, remontant de la psychologie ysique, finit par nous masquer la connaissance du

bien que celle de l'esprit, est celle qui consiste à ine dillérence d'intensité, au lieu d'une dillérence jntre la perception pure et le souvenir. Nos périt sans doute imprégnées de souvenirs, et inversouvenir, comme nous le montrerons plus loin, t présent qu'en empruntant le corps de quelque où il s'insère. Ces deux actes, perception et soulètrentdonc toujours, échangent toujours quelque rs substances par un phénomène d'endosmose. Le ihologue serait de les dissocier, de rendre à chacun reté naturelle : ainsi s'éclairciraient bon nombre es que soulève la psychologie, et peut-être aussi la ue. Mais point du tout. On veut que ces états } composés, à doses inégales, de perception pure lir pur, soient des états simples. Par là on se conlorer aussi bien le souvenir pur que la perception plus connattre qu'un seul genre de phénomène, lera tantôt souvenir et tantôt perception selon que a en lui l'un ou l'autre de ces deux aspects, et lenl à ne trouver entre la perception et le souvenir rence de degré, et non plus de nature. Cette erreur

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PASSAGE AU PROBLÈME SE LA UATIËRE Ql

a pour premier eOet, comme on le verra en détail, de vicier profondément la théorie de la mémoire ; car en faisant du souvenir une perception plus faible, on méconnaît la différence essentielle qui sépare le passé du présent, on renonce à comprendre les phénomènes de la reconnaissance et plus généralement le mécanisme de l'inconscient. Mais inversement, et parce qu'on a fait du souvenir une perception plus faible, on ne pourra plus voir dans la perception qu'un souvenir pins intense. On raisonnera comme si elle nous était donnée, à la manière d'un souvenir, comme un état intérieur, comme une simple modification de notre personne. On méconnaîtra l'acte originel et fondamental de la perception, cet acte, constitutif de la perception pure, par lequel nous nous plaçons d'emblée dans les choses. Et la même erreur, qui s'exprime en psychologie par une impuissance radicale à expliquer le mécanisme de la mémoire, imprégnera profondément, en métaphysique, les conceptions idéaiiste et réaliste de la matière.

Pour le réalisme, en efiet, l'ordre invariable des phénomènes de la nature réside dans une cause distincte de nos perceptions mêmes, soit que cette cause doive rester inconnaissable, soit que nous puissions l'atteindre par un eSort (toujours plus ou moins arbitraire) de construction métaphysique. Pour l'idéaliste, au contraire, ces perceptions sont le tout de la réalité, et l'ordre invariable des phénomènes de la nature n'est que le symbole par lequel nous exprimons, à cAté des perceptions réelles, les perceptions possibles. Mais pour le réalisme comme pour l'idéalisme les perceptions sont des < hallucinations vraies >, des états du sujet projetés hors de lui ; et les deux doctrines diflèreat simplement en

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ce que dans l'une ces états coDstituent la réalité, tandis que dans l'autre ils vont la rejoindre- Mais cette illusion en recouvre encore une autre, qui s'étend à la théorie de la connaissance en général. Ce qui constitue le monde matériel, avons-nous dit, ce sont des objets, ou, si l'on aime mieux, des images, dont toutes les parties agissent et réagissent par des mouvements les unes sur les autres. Et ce qui constitue notre perception pure, c'est, au sein même de ces images, notre action naissante qui se dessine, h'aetitalité de notre perception consiste donc dans son activité, dans les moavementà qui la prolongent, et non dans sa plus grande intensité : le passé n'est qu'idée, le présent est idéo-moleur. Mais c'est là ce qu'on s'obstine à oe pas voir, parce qu'on tient la perception pour une espèce de contemplation, parce qu'on lui attribue toujours une fin purement spéculative, parce qu'on veut qu'elle vise à je ne sais quelle connaissance désintéressée : comme si, en l'isolant de l'action, en coupant ainsi ses attaches avec le réel, on ne la rendait pas à la fois inexplicable et inutile I Mais dès lors toute diftéroQce est abolie entre la perception et le souvenir, puisque le passé est par essence ce qui n'agit pbis, et qu'en méconnaissant ce caractère du passé on devient incapable de le distinguer réellement du présent, c'est-à-dire de Vagissant. Il ne pourra donc subsister entre la perception et la mémoire qu'une simple diflérence de degré, et pas plus dans l'une que dans l'autre le sujet ne sortira de lui-même. .Rétablissons au contraire le caractère véritable de la perception ; montrons, dans la perception pure, un système d'actions naissantes qui plonge dans le réel par ses racines profondes : cette perception se jistinguera radicalement du souvenir; la réalité des choses

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