‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 12 sur 71 · PASSAGE AU PROBLÈME DE LA MAÎIÈRB · texte numérisé non relu

PASSAGE AU PROBLÈME DE LA MAÎIÈRB

ne sera plus construite ou reconstruite, mais touchée, pénétrée, vécue; et le^roblëme pendant entre le réalisme et l'idéalisme, au lieu de se perpétuer dans des discussions^ métaphysiques, devra être tranché par l'intuition.

Mais par là aussi nous apercevrons clairement la position à prendre entre l'idéalisme et le réalisme, réduits l'un et l'autre à ne voir dans la matière qu'une construction ou une reconstruction exécutée par l'esprit. Suivant en effet jusqu'au bout le principe que nous avons posé, et d'après lequel la subjectivité de notre perceptioo consisterait surtout dans l'apport de notre mémoire, nous dirons que les qualités sensibles de la matière elles-mêmes seraient connues en sot, du dedans et non plus du dehors, si nous pouvions les dégager de ce rythme particulier de durée qui caractérise notre conscience. Notre perception pure, en eflet, si rapide qu'on la suppose, occupe une certaine épaisseur de durée, de sorte que nos perceptions successives ne sont jamais des moments réels des choses, comme nous l'avous supposé jusqu'ici, mais des moments de notre conscience. Le r61e théorique de la conscience dans la perception extérieure, disions-nous, serait de relier entre elles, par le fil continu de la mémoire, des visions instantanées du réel. Mais, en fait, il n'y a jamais pour nous d'instantané. Dans ce que nous appelons de ce nom entre déjà un travail de notre mémoire, et par conséquent de notre conscience, qui prolonge les uns dans les autres, de manière à les saisir dans une intuitioQ relativement simple, des moments aussi nombreux qu'on voudra d'un temps indéfiniment divisible. Or» où est au juste la différence entre la matière, telle qiie le réalisme le plus exigeant pourrait la concevoir, et la perception que nous en avons ? Notre perception nous livre de l'univers^

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LE ROLE DU CORPS

-ie de tableaux pittoresques, mais discontious : de irception actuelle nous ne saurioDS déduire les pers ultérieures, parce qu'il n'y a rien, dans un ensemble ités sensibles, qui laisse prévoir les qualités nouvelles telles elles se transformeront. Au contraire la matière, e le réalisme la pose d'ordinaire, évolue de laçon uisse passer d'un moment au moment suivant par déduction mathématique. Il est vrai qu'entre cette et cette perception le réalisme scientifique ne saurait un point de contact, parce qu'il développe cette machangements homogènes dans l'espace, tandis qu'il cette perception en sensations inextensives dans une ice. Mais si notre hypothèse est fondée, on voit aisémment perception et matière se distinguent et cornlies coïncident. L'hétérogénéité qualitative de nos ons successives de l'univers tient à ce que chacune erceptions s'étend elle-même sur une certaine épaisdurée, à ce que la mémoire y condense une multipliôrme d'ébranlements qui nous apparaissent tous !e, quoique successifs. 11 suffirait de diviser idéalement ïisseur indivisée de temps, d'y distinguer la multipliilue de moments, d'éliminer toute mémoire, en un ur passer de la perception à la matière, du sujet à Hors la matière, devenue de plus en plus homogène e que nos sensations extensives se répartiraient sur grand nombre de moments, tendrait indérmiment système d'ébranlements homogènes dont parle le ! sans pourtant, il est vrai, coïncider jamais entièreirec eux. Point ne serait besoin de poser d'un c6té avec des mouvements inaperçus, de l'aatre la cons-

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ctence avec des seasatioQS iuexteasives. C'est au contraire dans une perception exteosive que sujet et objet s'uniraient d'abord, l'aspect subjectil de la perception consistant dans la contraction que la mémoire opère, la réalité objective de la matière se conlondant avec les ébranlements multiples et successifs en lesquels cette perception se décompose intérieurement. Telle est du moins la conclusion qui se dégagera, oous l'espérons, de la dernière partie de ce travail : tes questions relatives au sujet et d l'objet, à leur distinction et d leur union, l doioent se poser en fonction du temps plutôt que de l'espace.

Mais notre distinction de la < perception pure > et de la < mémoire pure » vise un autreobjet encore. Si la perception pure, en nous fournissant des indications sur la nature de la matière, doit nous permettre de prendre position outre le réalisme et l'idéalisme, la mémoire pure, en nous ouvrant une perspective sur ce qu'on appelle l'esprit, devra de son côté départager ces deux autres doctrines, matérialisme et spiritualisme. Même, c'est cet aspect de la question qui nous préoccupera d'abord dans les deux chapitres qui vont suivre, parce que c'est parce côté que notre hypothèse comporte, en quelque sorte, une vérification expérimentale.

On pourrait résumer, en effet, nos conclusions sur la per* ception pure en disant qu'i'2 y a dans la matière quelque chose sn plus, mais non pas quelque chose de différent, de ce qui est actuellement donné. Sans doute la perception consciente n'atteint pas le tout de la matière, puisqu'elle consiste, en tant que consciente, dans la séparation ou le * discernement > de ce qui, dans cette matière, intéresse nos divers besoins. Mais entre cette perception de la matière et la matière même .Bergson. Matière et mémoire. 5

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LE ROLE DU CORPS

le diSéreoce de degré, et aoa de nature, la per-

étaat à la matière dans le rapport de la partie t dire que la matière ne saurait exercer des pouitre genre que ceux que nous y apercevons. Elle ne peut receler de vertu mystérieuse. Pour exemple bien défini, celui d'ailleurs qui nous )lus, nous dirons que le système nerveux, masse ésentant certaines qualités de couleur, de résisibésiOD, etc., possède peut-être des propriétés [aperçues, mais des propriétés physiques seulc-

lors il ne peut avoir pour rôle que de recevoir, de transmettr e du mouvement.

ce de tout matérialisme est de soutenir le conii'il prétend faire naître la conscience avec toutes i du seul jeu des éléments matériels. Par là il est nsidérer déjà les qualités perçues de la matière

les qualités sensibles et par conséquent senties, it de phosphorescences qui suivraient la trace iues cérébraux dans l'acte de perception. La mai de créer ces faits de conscience élémentaires,

aussi bien les faits intellectuels les plus élevés. B l'essence du matérialisme d'affirmer la parfaite i qualités sensibles, et ce n'est pas sans raison èse, à laquelle Démocrite a donné sa formule cure être aussi ancienne que le matérialismem étrange aveuglement, le spiritualisme a Iout i matérialisme dans cette voie. Croyant enrichir ut ce qu'il ôtait à la matière, il n'a jamais hésité

cette matière des qualités qu'elle revêt dans tion, et qui seraient autant d'apparences subjec-

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