‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 17 sur 71 · LES DEUX FORMES DE LA UËUOIRE S · texte numérisé non relu

LES DEUX FORMES DE LA UËUOIRE S

deurs de la couscience une espèce d'avertissemeat '. Concentrez-vous alors sur ce que vous éprouvez, vous sentirez que l'image complète est là, mais fugitive, véritable fantôme qui s'évanouit au moment précis où votre activité motrice vou< drait en fixer la silhouette. Au cours d'expériences récentes, entreprises d'ailleurs dans un tout autre but ', les sujets déclaraient précisément éprouver une impression de ce genre. On faisait apparaître h leurs yeux, pendant quelques secondes, une série de lettres qu'on leur demandait de retenir. Mais, pour les empêcher de souligner les lettres aperçues par des mouvements d'articulation appropriés, on exigeait qu'ils répétassent constamment une certaine syllabe pendant qu'ils regardaient l'image. De là résultait un état psychologique spécial, où les sujets se sentaient en possession complète de l'image visuelle « sans pouvoir cependant en reproduire la moindre partie au moment voulu : à leur grande surprise, la ligue disparaissait. Au dire de l'ua d'eux, il y avait à la base du phénomène une représentation d'ensemble, une sorte d'idée complexe embrassant le tout, et où les parties avaient une unité inexprimablement sentie* >.

Ce souvenir spontané, qui se cache sans doute derrière le souvenir acquis, peut se révéler par des éclairs brusques; mais il se dérobe, au moindre mouvement de la mémoire volontaire. Si le sujet voit disparaître la série de lettres dont il croyait avoir retenu l'image, c'est surtout pendant qu'il

1. Voir, au aujef de ce sentiment d'ecfflnr, l'article de Millier et Schumcuia, ExperîmenfeUe Beilrdge zur Unterauchung des Geddcklnisset (Zeit^ tchr. f. Psyck. u. Phya. der Sinnesorgane, déc. 18fl3, p. Wj). %. W. G. Smith, The retalian of ailention lo memary fafind, janTier 1895), 3. < Accfirding to one observer, the basis -was a Geaammlvorslellung, • a (ort o( ail embracisg complei idea in which the paria hâve aa inde- > finilel-v felt iinity • (Smith, article cité, p. 73).

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commeDce à les répéter : < cet effort semble pousser le reste

de l'image hors de la conscience ' >. Analysez maintenaat les

procédés Imaginatifs de la mnëmotecliDie, tous trouverez que

celte science a précisément pour objet d'amener au premier

plan le souvenir spontané gui se dissimule, et de le mettre,

louvenir actif, à notre libre disposition : pour cela,

d'abord toute velléité de la mémoire agissante ou

faculté de photographie mentale, dit un auteur',

}lut6t à la Bubconscience qu'à la conscience ; elle

lement à l'appel de la volonté. Pour l'exercer, on

ituer à retenir, par exemple, plusieurs groupe-

)oiots tout d'uD coup, sans même penser à les

il faut, en quelque sorte, imiter l'instantanéité de

ire pour arriver à 1% discipliner. Encore reste-t-elte

dans ses manifestations, et comme les souveoirs

)rte ont quelque chose du rôve, il est rare que son

lus régulière dans la vie de l'esprit ne dérange pas

nt l'équilibre intellectuel.

cette mémoire, d'où elle dérive et comment elle

tre prochain chapitre le montrera. Une conception

.ce pu quelque chose du mSme genre qui se passe dans que les auteurs ellemands ont appelée dyslexie 7 Le malade Qt les premiera mots d'une phrase, puis s'arrête brusquement, continuer, comme si les mouvements d'articulation avaient venirs. Voir, au sujet de la dyslexie : Berlin, Eine beiondere Slindheit [Dyslexie), Wiesbaden, 1887, et Sommer, Die Dyi tionnelie St/irung [Arch. f. Psychiatrie, 1893), Nous rappro- ■e de ces phénomènes les cas si singuliers de surdité verbale ;oniprend la parole d'autrui, mais ne comprend plus la sienne, iples cités par Bateman, On Aphasia, p. 200 ; par Bernard, Paris, 1889, p. 143 et 141 ; et par Broadbent, A case of pecuif speech, Brain, 1878-9, p. 4gi et suiv.).

■ GranviUe, Ways of remembering (Lancel, 27 sept. 1879,

nory andhovilo improveil, New-York, 1888.

LES DKOX FORMES DE LA MIÎMOTnE 87

schématique suffira provisoiremeot. Disons donc, pour résumer ce qui précède, que le passé parait bien s'emmagasiner, comme nous l'avions prévu, sous ces deux formes extrêmes : <l'uu côté les mécanismes moteurs qui l'utilisent, de l'autre les images-souvenirs personnelles qui eu dessinent tous les ' événements avec leur contour, leur couleur et leur plac» dans le temps. De ces deux mémoires, la première est véritablement orientée dans le sens de la nature ; la seconde, laissée à elle-même, irait plutôt en sens contraire. La première, conquise par l'eflort, reste sous ta dépendance de notre volonté ; la seconde, toute spontanée, met autant de caprice à reproduire que de fidélité à conserver. Le seul service régulier et certain que la seconde puisse rendre à la première est de lui montrer les images de ce qui a précédé ou suivi des situations analogues à la situation présente, afin d'éclairer son choix : en cela consiste l'association des idées. Il n'y a point d'autre cas où la mémoire qui revoit obéisse régulièrement à la ménioire qui répète. Partout ailleurs, nous aimons mieux construire un mécanisme qui nous permette, au besoin, de dessiner à nouveau l'image, parce que nous sentons bien i)ue nous ne pouvons pas compter sur sa réapparition. Telles sont les deux formes extrêmes de la mémoire, envisagées chacune à l'état pur.

Disons-le tout de suite : c'est pour s'en être tenu aux iorm/ih vitermédiaires, et en quelque sorte impures, qu'on a méconnu la véritable nature du souvenir. Au Heu de dissocier d'abord les deux éléments, image-souvenir et mouvement, pour chercher ensuite par quelle série d'opérations ils arrivent, en abandonnant quelque chose de leur pureté originelle, à se couler l'un dans l'autre, on ne considère que le phénomène

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mixte qui résulte de leur coalesceace. Ce phénomèDe, étant mixte, présente par un cAté l'aspect d'une habitude motrice, par l'autre celui d'une image plus ou moins consciemment localisée. Mais on veut que ce soit un phénomène simple. 11 faudra donc supposer que le mécanisme cérébral, médullaire ou bulbaire, qui sert de base à l'habitude motrice, est en même temps le substrat de l'image consciente. D'où l'étrange hypothèse de souvenirs emmagasinés dans le cerveau, qui deviendraient conscients par un véritable miracle, et nous ramèneraient au passé par un processus mystérieux. Quelquesuns, il est vrai, s'attachent davantage à l'aspect conscient de l'opération et voudraient y voir autre chose qu'un épiphénomène. Mais comme ils n'ont pas commencé par isoler la mémoire qui retient et aligne les répétitions successives sous forme d'images-souvenirs, comme ils la confondent avec l'habitude que l'exercice perfectionne, ils sont conduits à croire que l'effet de la répétition porte sur un seul et même phénomène indivisible, qui se renforcerait simplement en se répétant : et comme ce phénomène finit visiblement par n'être qu'une habitude motrice et par correspondre à un mécanisme, cérébral ou autre, ils sont amenés, bon gré mal gré, à supposer qu'un mécanisme de ce genre était dès le début au fond de l'image et que le cerveau est un organe de représentation. Nous allons envisager ces états intermédiaires, et faire dan» chacun d'eux la part de l'action naissante, c'est-à-dire du cerveau, et la part de la mémoire indépendante, c'est-à-dire celle des images-souvenirs. Quels sont ces états? Etant moteurs par un certain côté, ils doivent, selon notre hypothèse, prolonger une perception actuelle ; mais d'autre part, en tart qu'images, ils renroduisent des perceptions passées. Or l'aclB

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