ArHcle cité, Arch.f. Piychia'-rie, 1889-80, p
automatique, qui se fait surtout par des mouvements, à celle qui exige l'intervention régulière des souvenirs-images. La première est une reconnaissance par distraction ; la seconde, comme nous allons voir, est la reconnaissance attentive.
Elle débute, elle aussi, par des mouvements. Mais tandis que, dans la reconnaissance automatique, nos mouvements prolongent notre perception pour en tirer des ellets utiles et nous éloignent ainsi de l'objet aperçu, ici au contraire ils nous ' ramènent à l'objet pour en souligner les contours. De là vient le rôle prépondérant, et non plus accessoire, que les souvenirs-images y jouent. Supposons en effet que les mouvements renoncent à leur fin pratique, et que l'activité motrice, au liev de continuer la perception par des réactions utiles, rebrousse cbemin pour en dessiner les traits saillants : alors les images analogues à la perception présente, images dont ces mouvements auront déjà jeté la forme, viendront régulièrement et non pins accidentellement se couler dans ce moule, quittes, il est vrai, à abandonner beaucoup de leurs détails pour s'en faciliter l'entrée.
III. — Passage graduel des souvenirs aux mouvements. La reconnaissance et l'attention. Nous tonchons ici au point essentiel du débat. Dans les cas où la reconnaissance est attentive, c'est-à-dire où les souvenirs-images rejoignent régulièrement la perception présente, est-ce la perception qui détermine mécaniquement l'apparition des souvenirs, ou sont-ce les souvenirs qui se portent spontanément au-devant de la perception?
De la réponse qu'on fera à cette question dépend la nature des rapports qu'on établira entre le cerveau et la mémoire.
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sonvENins et mouve'jehts loi
Dans toute perception, en eBet, il y a un ébranlement transmis par les ueris aux centres perceptifs. Si la propagation de ce mouvement à d'autres centres corticaux avait pour réel eflet d'y faire surgir des images, on pourrait soutenir, à la rigueur, que la mémoire n'est qu'une fonction du cerveau. Mais si nous établissions qu'iei, comme ailleurs, le mouvement ne peut produire que du mouvement, que le rAle de l'ébranlemeut perceptif est simplement d'imprimer au corps une certaine attitude où les souvenirs viennent s'insérer, alors, tout l'eRet des ébranlements matériels étant épuisé dans ce travail d'adaptation motrice, il faudrait chercher le souvenir ailleurs. Dans la première hypothèse, les troubles de la mémoire occasionnés par une lésion cérébrale viendraient de ce que les souvenirs occupaient la région lésée et ont été détruits avec elle. Dans la seconde, au contraire, ces lésions intéresseraient notre action naissante ou possible, mais notre action seulement. Tantôt elles empêcheraient le corps de prendre, en face d'un objet, l'attitude appropriée au rappel de l'image ; tantôt elles couperaient à ce souvenir ses attaches avec la réalité présente, c'est-à-dire que, supprimant la dernière phase de la réalisation du souvenir, supprimant la phase de l'action, elles empêcheraient par là aussi le souvenir de s'actualiser. Mais, pas plus dans un cas que dans l'autre, une lésion cérébrale ne détruirait véritablement des souvenirs.
Cette seconde hypothèse sera la nôtre. Mais, avant d'en chercher la vérification , disons brièvement comment nous nous représentons les rapports généraux de la perception, de l'attention et de la mémoire. Pour montrer comment un souvenir pourrait, de degré en degré, venir s'insérer dans une attitude ou un mouvement, nbrs allons avoir à anti*
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iOÎ LA UËHOIRE ET LE CERVEAU
ciper quelque peu sur les conclusions de notre procbaio chapitre.
Qu'est-ce que l'atleatioD ? D'un côté, l'attention a pour effet essentiel de rendre la perception plus intense et d'en dégager les détails : envisagée dans sa matière, elle se réduirait donc à un certain grossissement de l'état intellectuel '. Mais, d'autre part, la conscience constate une irréductible différence de (orme entre cet accroissement d'intensité et celui qui tient à une plus baute puissance de l'excitation extérieure : il semble en effet venir du dedans, et témoigner d'une certaine attitude adoptée par l'intelligence. Mais ici commence précisément l'obscurité, car l'idée d'une attitude intellectuelle n'est pas une idée claire. On parlera d'une « concentration de l'esprit* », ou bien encore d'un effort « aperceptif ' • pour amener la perception sous le regard de l'intelligence distincte. Quelquesuns, matérialisant cette idée, supposeront une tension particulière de l'énergie cérébrale ', ou même une dépense centrale d'énergie venant s'ajouter à l'excitalion reçue'. Mais ou l'on se borne à traduire ainsi le fait psychologiquement constaté en un langage physiologique qui nous parait encore moins clair, ou c'est toujours à une métaphore qu'on revient.
De degré en degré, on sera amené à âéfmir l'attention par une adaptation générale du corps plutAt que de l'esprit, et è
1. Marinier, Remarque» sur le mécanisme de l'attention {fleuue philosophique, 1889, t. XXVII). ~ Cf. Ward, art. Psychologï de YEncyclop. Brifannica, et Bradley, Is Ihere a spécial activily of Attention 7{Mind, 1S86, t. XI, p, 305.)