W. Jame», Principles of Psyckology, vol. I, p. Ml
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SOUVBMtRS ET HOOVRKEItTS 103
voir dans cette attitude de m cunscience, avant tout, la conscience d'une attitude. Telle est la position prise par M. Ribot dans le débat', et, bien qu'attaqoée.', elle paraît avoir conservé toute sa force, pourvu toutefois, croyons-nous, qu'on ne voie dans les mouvements décrits par M. Ritwt que la condition n^ative du pliénomëue. A supposer, eu effet, que les mouvements concomitants de l'attention volontaire fussent surtout des mouvements d'arrôt, il resterait à expliquer le travail de l'esprit qui y correspond, c'est-à-dire la mystérieuse opération par laquelle le même organe, percevant dans le même entourage le même objet, y découvre un nombre croissant de choses. Mais on peut aller plus loin, et soutenir que les phénomènes d'inhibition ne sont qu'une préparation aux mouvements eQectifs de l'attention volontaire. Supposons en effetr-comme nous l'avons déjà fait pressentir, que l'attention implique un retour en arrière de l'esprit qui renonce à poursuivre l'eOet utile de la perception présente : il y aura d'abord une inhibition de mouvement, une action d'arrêt. Mais sur cette attitude générale viendront bien vite se greffer des mouvemeuts plus subtils, dont quelques-uns ont été remarqués et décrits', et qui ont pour rôle de repasser sur les contours de l'objet aperçu. Avec ces mouvements commence le travail positif, et non plus simplement négatif, de l'attention. Il se continue par des souvenirs.
Si la perception extérieure, en efiet, provoque de notre paît des mouvements qui en dessinent les grandes lignes, notr?
1. Pigchotogi» de l'alttrttion. Paria, 1889. [PëIîi Alcaa, tdileur.)
2. MarilUer, art. eili. Cf. J. Sully, The ptycho^hyiical proceat in ^ffen- «on. (Bniin,1890, p. I5i.)
3. N. Lange, Beitr, tur Théorie der iinnliehtn Aafmerfuamlieil (Pkilot, Studien de Wundt, t. VII, p. 390-122).
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lOi L& MÉMOIRE ET LE CERVBiD
mémoire dirige sur la perception reçue les anciennes images qui y ressemblent et dont nos mouvements ont déjà tracé Vesquisse. Elle crée ainsi k nouveau la perception présente, ou plutAt elle double cette perception en lui renvoyant soit sa propre image, soit quelque image-souvenir du même geBre. Si l'image retenue ou remémorée n'arrive pas à couvrir tous les détails de l'image perçue, un appel est lancé aux régions plus profondes et plus éloignées de la mémoire, jusqu'à ce que d'autres détails connus viennent se projeter sur ceux qu'on ignore. Et l'opération peut se continuer sans fin, la mémoire fortifiant et enrichissant la perception, qui, à sou tour, de plus en plus développée, attire à elle un nombre croissant de souvenirs complémentaires. Ne pensons donc plus à un esprit qui disposerait de je ne sais quelle quantité fixe de lumière, tantét la difiusant tout alentour, tantAt la eonceotrant sur un point unique. Image pour image, nous aimerions mieux comparer le travail élémentaire de l'attention à celui du télégraphiste qui, en recevant une dépêche importante, la réexpédie mot pour mot au lieu d'origine pour en contrôler l'exactitude.
Mais pour renvoyer une dépêche, il faut savoir manipuler l'appareil. Et de même, pour réfléchir sur une perception l'image que nous en avons reçue, il faut que nous puissions la reproduire, c'est-à-dire la reconstruire par un eflort de synthèse. On a dit que l'attention était une faculté d'analyse, et l'on a eu raison; mais on n'a pas assez expliqué comment
'yse de ce genre est possible, ni par quel processus
vons à découvrir dans une perception ce qui ne s'y lit pas d'abord. La vérité est que cette analyse se me série d'essais de synthèse, on, ce qui revient au
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SOUVENIRS ET UOUVBUENTS lOll
même, par autant d'hypothèses ; notre mémoire choisit tour à tour diverses images analogues qu'elle lance dans la direction de la perception nouvelle. Mais ce choix ne s'opère pas au hasard. Ce qui suggère les hypothèses, ce qui préside de loin à la sélection, ce sont les mouvements d'imitation par lesquels la perception se continue, et qui serviront de cadre commun à la perception et aux images remémorées.
Mais alors, il faudra se représenW autrement qu'on ne fait d'ordinaire le mécanisme de la perceptiou distincte- La perception ne consiste pas seulement dans des impressions recueillies ou même élaborées par l'esprit. Tout au plus en est-il ainsi de ces perceptions aussitAt dissipées que reçues, celles que nous éparpillons en actions utiles. Mais toute perception attentive suppose véritablement, au sens étymologique du mot, une réflexion, c'est-à-dire la projection extérieure d'une image activement créée, identique ou semblable à l'objet, et qui vient se mouler sur ses contours. Si, après avoir fixé un objet, nous détournons brusquement notre regard, nous en obtenons une image consécutive : ne devonsnous pas supposer que cette image se produisait déjà quand nous le regardions ? La découverte récente de fibres perceptives centrifuges nous inclinerait à penser que les choses se passent régulièrement ainsi, et qu'à cAté du processus afléreut qui porte l'impression au centre, il y en a un autre, inverse, qui ramène l'image à la périphérie- Il est vrai qu'il s'agit ici d'images photographiées sur l'objet même, et de souvenirs immédiatement consécutifs à la perception dont Ils ne sont que l'écho. Mais derrière ces images identiques à l'objet, il en est d'autres, emmagasinées dans la mémoire, et qui ont simplement avec lui de ta ressemblance, d'autres enfin qui
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n'ont qu'uoe parenté plus ou moins lointaine. Elles se por* lent toutes i la rencontre de la perception, et nourries de la substance de celle-ci, elles acquièrent assez de force et de TÎe pour s'extérioriser avec elle. Les expériences de Mânsler- <berg ', de Kûlpe ', ne laissent aucun doute sur ce dernier point : toute image-souvenir capable d'interpréter notre per- ■ceptiOQ actuelle s'y glisse si bien que nous ne savons plus -discerner ce qui est perception et ce qui est souvenir. Mais rien de plus intéressant, à cet égard, que les ingénieuses «xpériences de Goldscheider et Miiller sur le mécanisme de la lecture '. Contre Grashey, qui avait soutenu dans un travail célèbre ^ que nous lisons les mots lettre par lettre, ces expérimentateurs ont établi que la lecture courante est un véritable travail de divination, notre esprit cueillant çà et là quelques traits caractéristiques et comblant tout l'intervalle par des souvenirs-images qui, projetés sur le papier, se substituent aux caractères réellement imprimés et nous en donnent l'illusion. Ainsi, nous créons ou reconstruisons sans cesse. Notre perception distincte est véritablement comparable à un cercle fermé, où l'image-perception dirigée sur l'esprit et l'image-souvenir laucén dans l'espace courraient l'une derrière l'autre.
Insistons sur ce dernier point. Ou se représente volontiers la perception attentive comme une série de processus qui «bemineraient le long d'un fil unique, l'objel excitant des
1. Beïlr, lur experimenlellen Psychologie, Heft i, p. 15 et soiv,