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SOUVENIRS ET HOUVEHENTS 107
sensations , les seasations faisant surgir deraDt elles des idées, chaque idée ébraolaot de proche en proche des points plus reculés de la masse intellectuelle. Il y aurait donc là une marche en ligne droite, par laquelle l'esprit s'éloignerait de plus en plus de l'objet pour n'y plus revenir. Nous préten dons au contraire que la perception réfléchie est un circuit, où tous les éléments, y compris l'objet perçu lui-même, se tiennent en état de tension mutuelle comme dans un circuit électrique, de sorte qu'aucun ébranlement parti de l'objet ne peut s'arrêter en route dans les profondeurs de l'esprit : il doit toujours faire retour à l'objet lui-môme. Qu'on ne voie pas ici une simple question de mots. Il s'agit de deux conceptions radicalement différentes du travail intellectuel. D'après la première, les choses se passent mécaniquement, et par une série tout accidentelle d'additions successives- A chaque moment d'une perception attentive, par exemple, des éléments nouveaux, émanant d'une région plus profonde de l'esprit, pourraient se joindre aux éléments anciens sans créer une perturbation générale, sans exiger une transformation du système. Dans la seconde, au contraire, un acte d'atteûtion implique une telle solidarité entre l'esprit et son objet, c'est un circuit si bien fermé, qu'on ne saurait passer à des états de concentration supérieure sans créer de toutes pièces autant de circuits nouveaux qui enveloppeut le premier, et qui n'ont de commun entre eux que l'objet aperçu De ces différents cercles de la mémoire, que nous étudierons en détail plus tard, le plus étroit A est le plus voisin delà perception immédiate. Il ne contient que l'objet lui-même avec l'image consécutive qui revient le couvrir. Derrière lui les cercles B, C, D, de plus en plus larges, répondent à des
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eSorts croissants d'expansion intellectuelle- C'est le tout de la mémoire, comme nous verrons, qui entre dans chacun de ces circuits, puisque la mémoire est toujours présente; mais cette mémoire, que son élasticité permet de dilater indéfiniment, réfléchit sur l'objet un nombre croissant de choses suggérées, — tantdt les détails de l'objet luî-mème, tantdt des détails concomitants pouvant contribuer à l'éclaircir. Ainsi, après avoir reconstitué l'objet aperçu, à a manière d'ua tout indépendant, ' nous reconstituons avec lui les conditions de plus en plus loinlaines avec lesquelles il forme un système. Appelons B', C, D' ces causes de profondeur croissante, situées derrière l'objet, et virtuellement données avec l'objet luimême. On voit que le progrès de l'attention a pour eflet de créer à nouveau, non seulement l'objet aperçu, mais les systèmes de plus en plus vastes auxquels il peut se rattacher ; de sorte qu'à mesure que les cercles B, C, D représentent une plus haute expansion da la mémoire, leur réflexion atteint en B', C, D' des couches plus profondes de la réalité.
La même vie psychologique serait doue répétée un nombre indéfini de fois, aux étages successifs de la mémoire, et le môme acte de l'esprit pourrait se jouer à bien des hauteurs diflérentes. Dans l'effort d'attention, l'esprit se donne toujours tout entier, mais se simplifie ou se complique selon le niveau
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qu'il choisit pour accomplir ses évolutions. C'est ordioairement la perception présente qui détermine l'orientation de notre esprit ; mais selon le degré de tension que notre esprit adopte, selon la hauteur où il se place, cette perception développe en nous un plus ou moins grand nombre de souvenirs-images.
En d'autres termes enfm, les souvenirs persooQels, exactement localisés, et dont la série dessinerait le cours de notre existence passée, constituent, réunis, la dernière et la plus large enveloppe de notre mémoire. Essentiellement lugitifs, ils ne se matérialisent que par hasard, soit qu'une détermination accidentellement précise de notre attitude corporelle les attire, soit que l'indétermination môme de cette attitude laisse le champ lihre au caprice de leur maaifestation- Mais cette enveloppe extrême se resserre et se répète en cercles intérieurs et concentriques, qui, plus étroits, supportent les mêmes souvenirs diminués, de plus en plus éloignés de leur forme personnelle et originale, de plus en plus capables, dans leur banalité, de s'appliquer sur la perception présente et de la déterminer à la manière d'une espèce englobant l'individu. Un moment arrive où le souvenir ainsi réduit s'eacbâsse si bien dans la perception présente qu'on ne saurait dire où la perception fînit, où le souvenir commence. A ce moment précis, la mémoire, au lieu de faire paraître et disparaître capricieusement ses représentations, se règle sur le détail des mouvements corporels.
Mais à mesure que ces souvenirs se rapprochent davantage du mouvemeat et par là de la perception extérieure, l'opération de la mémoire acquiert une plus haute importance pratique- Les images passées, reproduites telles quelles avec tous leurs détails et jusqu'à leur coloration affective, sont les
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images de la rêverie ou du rêve : ce que nous appelons agir, c'est précisément obtenir que celte mémoire se contracte ou plotdt s'affile fie plas en plus, jusqu'à ne présenter que le trancbant de sa lame à rex.péc)«t<:» où elle pénétrera. Au lond, c'est pour n'avoir pas démSIé; ici l'éléinent moteur de îa mémoire qu'on a tantôt méconnu, tantOt exagéré ce qu'il y a d'automatique dans l'évocation des souvenirs. A notre sens, un appel est lancé à notre activité au moment précis où notre perception s'est décomposée automatiquement en mouvements d'imitation : une esquisse nous est alors fournie, dont nous recréons le détail et la couleur en y projetant des souvenirs plus ou moins lointains- Mais ce n'est point ainsi qu'on envisage ordinairement les choses. Tantôt on confère à l'esprit une autonomie absolue ; on lui prête le pouvoir de travailler sur les objets présenta ou absents comme il lui plaît ; et l'on ne comprend plus alors les troubles profonds de l'attention et de la mémoire qui peuvent suivre la moindre perturbation de l'équilibre sensori-moteur. Tantôt, au contraire, on fait des processus Imaginatifs autant d'effets mécaniques de la perception présente ; on veut que, par un progrès nécessaire et uniforme, l'objet fasse surgir des sensations, et Jes sensations des idées qui s'y accrochent : alors, comme il n'y a pas de raison pour que le phénomène, mécanique au début, change de nature en route, on aboutit à l'hypothèse d'un cerveau où pourraient se déposer, sommeiller et se réveiller des états intellectuels. Dans un cas comme dans l'autre, on méconnaît la fonction véritable du corps, et comme on n'a pas vu en quoi l'intervention d'un mécanisme est nécessaire, on ne sait pas davantage, quand une fois on y a fait appel, où l'on doit l'arrêter.
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Mais le moment est vena de sortir de ces généralités. Nou» devons chercher si notre hypothèse est vérifiée ou infirmée par les faits connus de localisation cérébrale. Les troubles de la mémoire Imaginative qui correspondent à des lésionslocalisées de l'écorce sont toujours des maladies de la reconnaissance, soit de la reconnaissance visuelle ou auditive en général (cécité et surdité psychiques), soit de la reconnaissance des mots (cécité verbale, surdité verbale, etc.) Tels sont donc les troubles que nous devons examiner.
Mais si notre hypothèse est fondée, ces lésions de la reconnaissance ne viendront pas du tout de ce que les souvenirs occupaient la région lésée. Elles devront tenir à deux causes : tantôt à ce que notre corps ne peut plus prendre automatiquement, en présence de l'excitation venue du dehors, l'attitude précise par l'intermédiaire de laquelle s'opérerait une sélection entre nos souvenirs, tantôt à ce que les souvenirs ne trouvent plus daiis le corps un point d'application, unmoyen de se prolonger en action. Dans le premier cas, la lésion, portera sur les mécanismes qui continuent l'ébraolement recueilli en mouvement automatiquement exécuté : l'attention ne pourra plus être fixée par l'objet. Dans le second, la. lésion intéressera ces centres particuliers de l'écorce qui préparent les mouvements volontaires en leur fournissant l'antécédent sensoriel nécessaire, et qu'on appelle, à tort ou à. raison, des centres Imaginatifs : l'attention ne pourra plus être fixée par le sujet. Mais, dans un cas comme dans l'autre, ce sont des mouvements actuels qui seront lésés ou des mouvements à venir qui cesseront d'être préparés : il n'y aura pa» eu destruction de souvenirs.
Or, la pathologie confirme cette prévision. Elle nous rëvël»
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l'existence de deux espèces absolument distinctes de cécité et de surdité psyciiiques, de cécité et de surdité verbales. Dans la première, les souvenirs visuels ou auditils sont encore -évoqués, mais ne peuvent plus s'appliquer sur les perceptions <x>rrespondantes. Dans la seconde, l'évocation des souvenirs «8t elle-même empochée. La lésion porte-t-elle bien, comme nous le disions, sur les mécanismes sensori-moteurs de l'attention automatique dans le premier cas, sur les mécanismes Imaginatifs de l'attention volontaire dans l'autre? Pour vérifier notre hypothèse, noua devons nous limiter à un «zemple précis. Certes, nous pourrions montrer que la reconnaissance visuelle des choses en général, des mots en particulier, implique un processus moteur semi- automatique d'abord, puis une projection active de souvenirs qui s'insèrent dans les attitudes correspondantes. Mais nous aimons mieux nous attacher aux impressions de l'ouïe, et plus spécialement à l'audition du langage articulé, parce que cet exemple est le plus compréhensif de tous. Entendre la parole, en eflet, c'est d'abord en reconnaître le son, c'est ensuite en retrouv.er le sens, c'est enfm en pousser plus ou moins loin l'interprétation : bref, c'est passer par tous les degrés de l'attention et exercer plusieurs puissances successives de la ' mémoire. De plus, il n'y a pas de troubles plus fréquents oi mieux étudiés que ceux de la mémoire auditive des mots. Enfin l'abolition des images verbales acoustiques ne va pas sans la lésion grave de certaines circonvolutions déterminées de l'écorce : un exemple incontesté de localisation va donc nous être fourni, sur lequel nous pourrons noue demander si le cerveau est réellement capable d'emmagasiner des souvenirs. Nous devons donc montrer dans la reconnaissance audi-
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tive des mots : 1° ua processus automatique seDsori-moteur; 2° nue projection active et pour ainsi dire excentrique de souvenirs-images. ■t-
1° J'écoule deux personnes converser dans une langue inconnue. Cela sufât-il pour que je les entende? Les vibrations qui m'arrivent sont les mêmes qui frappent leurs oreilles. Pourtant je ne perçois qu'un bruit confus où tous les sons se ressemblent. Je ne distingue rien et ne pourrais rien répéter. Dans cette même masse sonore, au contraire, les deux interlocuteurs démôleut des consonnes, voyelles et * syllabes qui ne se ressemblent guère, enfin des mots distincts. Entre eux et moi, où est la diSérence?
La question est de savoir comment la connaissance d'une langue, qui n'est que souvenir, peut modifier la matérialité d'une perception présente, et faire actuellement entendre aux uns ce que d'autres, dans les mêmes conditions physiques, n'entendent pas. On suppose, il est vrai, que les souvenirs auditifs des mots, accumulés dans la mémoire, répondent ici à l'appel des impressions sonores et viennent en renforcer l'effet. Mais si la conversation que j'entends n'est pour moi qu'un bruit, on peut, autant qu'on voudra, supposer le son renforcé : le bruit, pour être plus fort, n'en sera pas plus clair. Pour que le souvenir du mot se laisse évoquer par la mot entendu, il faut au moins que l'oreille entende le mot. Comment les sons perçus parleront-ils à la mémoire, comment choisiront ils, dans le magasin des images auditives, celles qui doivent se poser sur eux, s'ils n'ont pas déjà été séparés, distingués, perçus enfin comme syllabes et comme mois?
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Cette difficulté ne parait pas avoir suffisamment frappé les théoriciens de l'aphasie sensorielle. Dans la surdité verbale, , en effet, le malade se trouve à l'égard de sa propre langue dans la même situation où nous nous trouvons nous-mêmes quand nous entendons parler une langue inconnue. Il a généralement conservé intact le sens de l'ouïe, mais il ne comprend rien aux paroles qu'il entend prononcer, et souvent même n'arrive pas à les distinguer. On croit avoir suffisamment expliqué cet état en disant que les souvenirs auditifs des mots sont détruits dans l'écorce, ou qu'une lésion tantAt transcorticale, tantôt sous-corticale, empêche le souvenir auditif d'évoquer l'idée ou la perception de rejoindre le souvenir. Mais, pour le dernier cas au moins, la question psychologique demeure intacte ; quel est le processus conscient que la lésion a aboli, et par quel intermédiaire s'opère en général le discernement des mots et des syllabes, donnés d'abord à l'oreille comme une continuité sonore î
La difficulté serait insurmontable, si nous n'avions réellement affaire qu'à des impressions auditives d'un côté, à des souvenirs auditifs de l'autre. Il n'eu serait pas de même si les impressions auditives organisaient des mouvements naissants, capables de scander la phrase écoutée et d'en marquer les principales articulations. Ces mouvements automatiques d'accompagnement Intérieur, d'abord confus et mal coordonnés, se dégageraient alors de mieux en mieux en se répétant ; ils Uniraient par dessiner une figure simplifiée, où la personne qui écoute retrouverait, dans leurs grandes lignes 9 et leurs directions principales, les mouvements mêmes de la ' personne qui parle. Ainsi se déroulerait dans noire conscience, sous forme de sensations musculaires naissantes, ce
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que D0U8 appellerons le sckème moteur de la parole entendue. Former son oreille aux éléments d'une langue nouvelle ne consisterait alors ni à modifier le son brut ni à lui adjoindre K un souvenir ; ce serait coordonner les tendances motrices des I ' muscles de la voix aux impressions de l'oreille, ce serait f perfectionner l'accompagnement moteur.
Pour apprendre un exercice physique, nous commençons par imiter le mouvement dans son ensemble, tel que dos yeux nous le montrent du dehors, tel que nous avons cru le voir s'exécuter. Notre perception en a été confuse : confus sera le mouvement qui s'essaie à le répéter. Mais tandis que notre perception visuelle était celle d'un tout continu, le mouvement par lequel nous cherchons à en reconstituer l'image est composé d'une multitude de contractions et de tensions musculaires; et la conscience que nous en avons comprend ellemême des sensations multiples, provenant du jeu varié des articulations. Le mouvement confus qui imite l'image en est donc déjà ta décomposition virtuelle; il porte en lui, pour ainsi dire, de quoi s'analyser. Le progrès qui nattra de la répétition et de l'exercice consistera simplement à dégager ce qui était enveloppé d'abord, à donner à chacun des mouvements élémentaires cette autonomie qui assure la précision, tout en lui conservant avec les autres la solidarité sans laquelle il deviendrait inutile. On a raison de dire que l'habitude s'acquiert par la répétition de l'eflort ; mais à quoi servirait l'efiOFt répété, s'il reproduisait toujours la même chose ? La répétition a pour véritable eflfet de décomposer d'abord, de recomposer ensuite, et de parler ainsi à l'intelligence du corps. Elle développe, à chaque nouvel essai, des mouvements enveloppés; elle appelle chaque fois l'attention du corps sur un
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touveau détail qui avait passé inaperçu ; elle fait qu'il divise t qu'il classe; elle lui souli^jne l'essentiel ; elle retrouve une uae, dans le mouvement total, les lignes qui en marquent la structure intérieure. En ce sens, un mouvement est appris dès que le corps l'a compris.
C'est ainsi qu'un accompagnement moteur de la parole entendue romprait la continuité de cette masse sonore. Reste à savoir es quoi cet accompagnement consiste. Est-ce la parole même, reproduite intérieurement? Maisl'enfant saurait alors répéter tous les mots que son oreille distingue ; et nousmêmes, nous n'aurions qu'à comprendre une langue étrangère pour la prononcer avec l'accent juste. Il s'en tautque les choses se passent aussi simplement. Je puis saisir une mélodie, en suivre le dessin, la fixer même dans ma mémoire, et ne pas savoir la chanter. Je démêle sans peine des particularités d'inflexion et d'intonation chez un Anglais parlant allemand — je le corrige donc intérieurement ; — il ne suit pas de là que je donnerais l'inflexion et l'intonation justes à la phrase allemande si je partais. Les faits cliniques Tiennent d'ailleurs confirmer ici l'observation journalière. On peut encore suivre et comprendre la parole alors qu'on est devenu incapable de parler. L'aphasie motrice n'entraîne pas la surdité verbale.
C'est que le schëme, au moyen duquel nous scandons la parole entendue, en marque seulement les contours saillants. 11 est à la parole même ce que le croquis est au tableau achevé. Autre chose est, en eilet, comprendre un mouvement difficile, autre chose pouvoir l'exécuter. Pour le comprendre, il suffit d'en réaliser l'essentiel, juste assez pour le distinguer des autres mouvements possibles. Mais pour savoir l'exécuter.
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il faut en outre l'avoir fait comprendre à son corps. Or, la logique du corps D'admet pas les sous-eatendus. Elle exige que toutes les parties constitutives du mouvement demandé soient montrées une à une, puis recomposées ensemble. Une analyse complète devient ici nécessaire, qui ne néglige aucun détail, jet une synthèse actuelle, où l'on n'abrège rieu. Le scliëme Imaginatif, composé de quelques sensations musculaires naissautes, n'était qu'une esquisse. Les sensations musculaires réellement et complètement éprouvées lui donnent la couleur et la vie.
Reste ô savoir comment un accompagnement de ce genre pourrait se produire, et s'il se produit toujours en réalité. On Siiit que la prononciation effective d'un mot exige l'intervention simultanée de la langue et des lèvres pour l'articulation, du larynx pour la phonation, enfin des muscles thoraciques pour la production du courant d'air expiratoire. A chaque syllabe prononcée correspond donc l'entrée en jeu d'un ensemble de mécanismes, tout montés dans les centres médullaires et bulbaires. Ces mécanismes sont reliés aux centres supérieurs de l'écorce par les prolongements cylindreaxiles des cellules pyramidales de la zone psycho-motrice; c'est le long de ces voies que chemine l'impulsion de la volonté. Ainsi, selon que nous désirons articuler un son ou un autre, nous transmettons l'ordre d'agir à tels ou tels da ces mécanismes moteurs. Mais si les mécanismes tout montés qui répondent aux divers mouvements possibles d'articulation et de phonation sont en relation avec les causes, quelles qu'elles soient, qui les actionnent dans la parole volontaire, il y a des faits qui mettent hors de doute la communication de ces mêmes mécanismes avec la perception auditive des mots.
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Parmi les nombreuses variétés d'aphasie décrites par les clinicieDs, on en connaît d'abord deux (4' et 6' formes de Lichtbeim), qui paraissent impliquer une relation de ce genre. Ainsi, dans un cas observé par Lichtbeim lui-même, le sujet,
1 1 ;.. -l'mig chute, avait perdu la mémoire de l'articula-
is et par conséquent la laculté de parler spontarépétait pourtant avec la plus grande correction disait'. D'autre part, dans des cas où la parole it intacte, mais où la surdité verbale est absolue, e comprenant plus rien de ce qu'on lui dit, la Èpéter la parole d'autrui peut encore être entièiervée'. Dira-t-on, avec Baslian, que ces pbénoignent simplement d'une paresse de la mémoire ! ou auditive des mots, les impressions acoustinant à réveiller cette mémoire de sa torpeur'? lèse, à laquelle nous ferons d'ailleurs une place, ait pas rendre compte des phénomènes si curieux signalés depuis longtemps par Romberg', par ■ Winalow ', et que Kussmaul a qualifiés, avec gération sans doute, de réflexes acoustiques ^ Ici te machinalement, et peut-être inconsciemment, mtendues, comme si les sensations auditives se ent d'elles-mêmes en mouvements articulatoires.
, On Aphasia {Brain, ianv. 1885. p. 447.)
On différent kinds of Aphasia (Briliah Médical Journal,
Lehrbueh der Nervenkrankheilen, 185Î, t. II.
I&teinan, On Aphasia, London, 1890, p. 79. — Cf. Marcé,
\elques observations de physiologie pathologique {Mém. de la
le, 2- série, t. III, p. 102).
On obscure diseases ofthe Brain, London, 18S1, p. 505.
, Les troubles de la parole, Paris, 18S4, p. 69 et suit.
Partant de là, quelqaes-uDs ont supposé ud mécanisme spécial qui relierait uo centre acoustique des mots à un centre articulatoire de la parole ' . La vérité parait être intermédiaire entre ces deux hypothèses : il y a, dans ces divers phénomènes, plus que des actions absolument mécaniques, mais moins qu'un appel à la mémoire voloutaire ; ils témoignent d'une tendance des impressions verbales auditives à se prolonger en mouvements d'articulation, tendanc" qui n'échappe sûrement pas au contràle habituel de notre volonté, qui implique même peut-être un discernement rudimentaire, et qui se traduit, à l'état normal, par une répétition intérieure àes traits saillants de la parole entendue. Or, notre schéma moteur n'est pas autre chose.
En approfondissant cette hypothèse, on y trouverait peutêtre l'esplicatioa psychologique que nous demandions tout à l'heure de certaines formes de la surdité verbale. On connaît quelques cas de surdité verbale avec survivance intégrale des souvenirs acoustiques. Le malade a conservé intacts et le souvenir auditif des mots et le sens de l'ouïe ; il ne reconnaît pourtant aucun des mots qu'il entend prononcer'. On suppose ici une lésion aous-cortîcale qui empêcherait les impressions acoustiques d'aller retrouver les images verbales auditives dans les centres de l'écorce où elles seraient déposées. Mais d'abord la question est précisément de savoir si le cerveau peut emmagasiner des images ; et ensuite la constatation
1. Arnaud, Conlribulion d l'Étude clinique de la surdité verbale {Aivk. de Neurologie, 1886, p . 1S2). — Spamer, Veber Aeymbolie {Arch. f. Psychia- IHe, t. VI, p. 507 et 524).
2. Voir en particulier ; P. Sérieui, Sur un cas de aurdiU verbale pure {Revue de Médecine, 1893, p. 733 et suit.) ; Lichtheim, art. cité, p. 461 ; et Amaad, Confrib. à Vétude de la surdité verbale (2' article), Arch. de Neurologie, 188S, p. 360.
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130 LA HËUOlDE ET LE CERVEAD
même d'une lésion dans les voies conductriees de la perception ne nous dispenserait pas de ciiereher l'interprétation psychologique du phénomène. Par hypothèse, en efFet, les souvenirs auditifs peuvent Mre rappelés à la conscience; par hypothèse aussi les impressions auditives arrivent à la codscience : il doit donc y avoir, dans la conscience même, une lacune, uce solution de continuité, quelque chose enfin qui s'oppose à la jonction de la perception et du souvenir. Or, le fait s'éclaircira si l'on remarque que la perception auditive brute est véritablement celle d'une continuité sonore, et que les connexions sensori-motrices établies par l'habitude doivent avoir pour rôle, à l'état normal, de la décomposer : une lésion de ces mécanismes conscients, en empêchant la décomposition de se faire, arrêterait net l'essor des souvenirs qui tendent à se poser sur les perceptions correspondantes. C'est donc sur le * schéme moteur » que pourrait porter la lésion. Qu'on passe en revue les cas, assez rares d'ailleurs, de surdité verbale avec conservation des souvenirs acoustiques : on notera, croyons-nous, certains détails caractéristiques à cet égard. Adler signale comme un fait remarquable dans la surdité verbale que les malades ne réagissent plus aux bruits, même intenses, alors que l'ouïe a conservé chez eux la plus grande finesse'. En d'autres termes, le son ne trouve plus chez eux son écho moteur. Un malade de Charcot, atteint de surdité verbale passagère, raconte qu'il entendait bien le timbre de sa pendule, mais qu'il n'aurait pas pu compter les coups sonnés*. Il n'arrivait donc pas, probablement, à les
1. Adler. Beitrag eut KennlnU» der tellneren Fomun von teitsorUcher Aphasie 'NeuroL CettlralblaCl, 1S91, p. 298 et 387).