‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 28 sur 71 · RÉALISATION DES SOUVENIRS · texte numérisé non relu

RÉALISATION DES SOUVENIRS

d'un certain genre peut nous échapper alors que la faculté correspondante de percevoir demeure intacte. La cécité psychique D'empécUe pas de voir, pas plus que la .surdité psychique d'entendre. Plus particulièrement, en ce qui concerne la perte des souvenirs auditifs de mots, — la seule qui nous occupe, — il y a des faits nombreux qui la montrent régulièrement associée à une lésion destructive de la première et de la deuxième circonvolutions temporo-sphénoîdales gauches *, sans qu'on connaisse un seul cas où cette lésion ait provoqué la surdité proprement dite : on a même pu la produire expérimeotalemeot sur le singe sans déterminer chez lui autre chose que de la surdité psychique, c'est-à-dire une , impuissance à interpréter les sons qu'il continue d'entendre ^ tj Il faudra donc assigner à la perception et au souvenir des éléments nerveux distincts. Mais cette hypothèse aura alors contre elle l'obseryation psychologique la plus élémentaire ; car nous voyons qu'un souvenir, à mesure qu'il devient plus clair et plus intense, tend à se faire perception, sans qu'il y ait de moment précis où une transformation radicale s'opère et où l'on puisse dire, par conséquent, qu'il se transporte des éléments Imaginatifs aux éléments sensoriels. Ainsi ces deux hypothèses contraires, la première qui identifie les éléments de perception avec les éléments de mémoire, la seconde qui les -distingue, sont de telle nature que chacune des deux renvoie à l'autre sans qu'on puisse se tenir à aucune d'elles.

1. Voir rénumération des cas lea plui nets dans l'article de Shaw, 7he teniOTy tide of Apkaaia (Brain, 1893, p. 601). — Plnsienrs auteurs limitent d'ailleurs & la première circonvolution la lésion caractéristique de la perte -des images verbales audiliTes. V. en particulier Ballet, Le langage inlériear, p. 153.

3. Lnciani, cité par 1. Soury, Lee Fonctioru du Ctntau, Paris, 1893, n.211.

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Comment en serait-il autrement ? Ici encore on envisage perception distincte et souTenir-image à l'état statique, comme des choses dont la première serait déjà complète sans la seconde, au lieu de considérer le progrès dynamique par lequel l'une devient l'autre-

' D'un cAté, en eQet, la perception complète ne se définit et I ne se distingue que par sa coalescence avec une image-sou- I venir que nous lançons au-devant d'elle. L'attention est à ce prix, et sans l'allention il n'y a qu'une juxtaposition passive de sensations accompagnées d'une réaction machinale. Mais d'autre part, comme nous le montrerons plus loin, l'imagesouvenir elle-même, réduite à l'état de souvenir pur, resterait inefficace. Virtuel, ce souvenir ne peut devenic-aduel-que pa r laj irTf?pt inn qui l'a ttire. Impuissant, il emprunte sa vie et sa force .à la sensation présente où il se .matérialise. Cela ne revieut-il pas à dire que la perception distincte est provoquée par deux courants de sens contraires, dont l'un, centripète, vient de l'objet extérieur, et dont l'autre, centrifuge, a pour point de départ ce que noua appelons le < souvenir 'pur » ? Le premier courant, tout seul, ne donnerait qu'une perception passive avec les réactions machinales qui l'accompagnent. Le second, laissé à lui-même, tend à donner un souvenir actualisé, de plus eu plus actuel à mesure que le courant s'accentuerait. Réunis, ces deux courants forment, au point où ils se rejoignent, la perception distincte et reconnue. Voilà ce que dit l'observation intérieure. Mais nous n'avons pas le droit de nous arrêter là. Certes, le danger est grand de s'aventurer, sans lumière suflisante, au milieu des obscures questions de localisation cérébrale. Mais nous avons dit que la séparation de la perception complète et de l'image-souvenir

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