‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 3 sur 71 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DE LA SÉLECTION DES IMAGES POUR LA REPRÉSENTATION. - LE RiIlE DU CORPS

Nous allons feindre pour un instant que nous ne connaissions rieu des théories de la matière et des théories de l'esprit, rien des discussions sur la réalité ou l'idéalité du monde extérieur. Me voici donc en présence d'images, au sens le plus vague où l'on puisse prendre ce mot, images perçues quand j'ouvre mes sens, inaperçues quand je les ferme. Toutes ces images agissent et réagissent les unes sur les autres dans toutes leurs parties élémentaires selon des lois constantes, que j'appelle les lois de la nature, et comme la science parfaite de ces lois permettrait sans doute de calculer et de prévoir ce qui se passera dans chacune de ces images, l'avenir des images doit être contenu dans leur présent et n'y rien ajouter de nouveau. Pourtant il en est une qui tranche sur toutes les autres en ce que je ne la connais pas seulement du dehors par des. perceptions, mais aussi du dedans par des aflections ; c'est mon corps. J'examine les conditions où ces affections se' produisent : je trouve qu'elles viennent toujours ^'intercaler entre des ébranlements que je reçois du dehors et des mouvements que je vais exécuter, comme si elles devaient Bkbqsoi). Matière et mimoire. i

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s LE BOtE DU CORPS

exbrcer une ioflueDce mal détermioée sur la démarche finale.

Je passe mes diverses affections en revue : il me semble que

chacune d'elles contient à sa manière une invitation à agir, smps, l'autorisation d'attendre et même de egarde de plus près : je découvre des mouicés mais non pas exécutés , l'indication lus ou moins utile, mais non pas la cont le choix. J'évoque, je compare mes souveelle que partout, dans le monde organisé, e même sensibilité apparaître S]i moment ■e, ayant conféré à l'être vivant la faculté de l'espace, signale à l'espèce, par la sensation, raux qui la menacent, et s'en remet aux cautions à prendre pour y échapper. J'iaterascience sur le rôle qu'elle s'atlriliue dans ipond qu'elle assiste en eflet, sous forme de sensation, à toutes les démarches dont je itiative, qu'elle s'éclipse et disparaît au conon activité, devenant automatique, déclare s besoin d'elle. Ou bien donc toutes les trompeuses, ou l'acte auquel l'état aftectif de ceux qui pourraient rigoureusement se lomèues antérieurs comme un mouvement et dès lors il ajoute véritablement quelque à l'univers et à son histoire. Tenons-nous-en e vais formuler purement et simplement ce [ue je vois : rowf se passe comme si, dans cet que j'appelle l'tmivers, rien ne se pouvait pro- \ nouveau que par l'intermédiaire de certaines îs, dont le type m'est fourni par vion corps.

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ACTION RÉELLE ET ACTIOS POSSIBLE i

J'étudie maintenant, sur des carps semblables au mien, la coafiguration de cette image particulière que j'appelle mon corps. J'aperçois des nerfs afférents qui transmettent des Ébranlements aux centres nerveux, puis des nerfs efléreots qui partent du centre, conduisent des ébranlements à la périphérie, et mettent en mouvement les parties du corps ou le corps tout entier. J'interroge la physiologiste et le psychologue sur la destination des uns et des autres, lis répondent que si les mouvements centrifuges du système nerveux peuvent provoquer le déplacement du corps ou des parties du corps, les mouvements centripètes, ou du moins certains d'eatre eux, font naître la représentation du monde extérieur. Qu'en faut -il penser?

Les nerfs afférents sont des images, le cerveau est une image, les ébranlements transmis par les nerfs sensitifs et propagés daas le cerveau sont des images encore. Pour que cette image que j'appeUe ébranlement cérébral eogendrât les images extérieures, il faudrait qu'elle les contint d'une manière ou d'une autre, et que la représentation de l'univers matériel tout entier fdt impliquée dans celle de ce mouvement moléculaire. Or, il suffirait d'énoncer une pareille proposition pour en découvrir l'absurdité. C'est le cerveau qui fait partie du monde matériel, et non pas le monde matériel qui fait partie du cerveau. Supprimez l'image qui porte le nom dd monde matériel, vous anéantissez du même coup le cerveau et l'ébranlement cérébral qui en sont des parties. Supposez au contraire que ces deux imagos, le cerveau et l'ébranlement cérébral, s'évanouissent : par hypothèse vous n'effacez qu'elles, c'est-à-dire fort peu de chgse, un détail insignifiant dans un immense tableau. Le tableau dans son

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ensemble, c'est-à-dire l'univers, subsiste intégralement. Faire du cerveau la condition de l'image totale, c'est véritablement Be contredire soi-m^me, puisque le cerveau, par hypothèse, irtie de cette image. Ni les nerfs ni les centres nereuvent donc conditionner l'image de l'univers, s-nous sur ce dernier point. Voici les images extéuis mon corps, puis enflu les modifications apporaon corps aux images euvirooDantes. Je vois bien les images extérieures influent sur l'image que non corps : elles lui transmettent du mouvement, aussi comment ce corps influe sur les images exté- 1 leur restitue du mouvement. Mon corps est donc, semble du monde matériel, une image qui agit !S autres images, recevant et rendant du mouvec cette seule difïérence, peut-être, que mon corps ïisir, dans une certaine mesure, la manière de qu'il reçoit. Mais comment mon corps en général, me nerveux en particulier, engendreraient- ils tout ie ma représentation de l'univers? Dites que mon matière ou dites qu'il est image, peu m'importe le ïst matière, il fait partie du monde matériel, et le itériel, par conséquent, existe autour de lui et en lui. S'il est image, cette image ne pourra donner 'on y aura mis, et puisqu'elle est, par hypothèse, i mon corps seulement, il serait absurde d'en voucelle de tout l'univers. Mon corps, objet destiné à îs objets, est donc un centre d'action; il ne saurait e une représentation.

mon corps est un objet capable d'exercer une

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ÀCTiOH RËELLË ET ACTION POSSIBLE 9

actioQ réelle et nouvelle sur les objets qui l'entourent, il doit occuper vis-à-vis d'eax uoe situation privilégiée. En général", une image quelconque iofluence les autres images d'une ma< niëre déterminée, calculable même, conformément à ce qu'on appelle les lois de la nature. Comme elle n'aura pas à cboisir, elle n'a pas non plus besoin d'explorer la région d'aleatour, ni de s'essayer par avance à plusieurs actions simplement possibles. L'action nécessaire s'accomplira d'elle-même, quand son heure aura sonné. Mais j'ai supposé que le rdle de l'image que j'appelle mon corps était d'exercer sur d'autres images une influence réelle, et par conséquent de se décider entre plusieurs démarches matémliemeut possibles. Et puisque ces démarches lui sont sans doute suggérées par le plus ou moins grand avantage qu'elle peut tirer des images environnantes, il faut bien que ces images dessinent en quelque manière, sur la face qu'elles tournent vers mon corps, le parti que mon corps pourrait tirer d'elles. De fait, j'observe que la dimension, la forme, la couleur même des objets extérieurs se modifient selon que mon corps s'en approche ou s'en éloigne, que la force des odeurs, l'intensité des sons, augmentent et diminuent avec la distance, eoRn que cette distance elle-même représente surtout la mesure dans laquelle les corps enviroonaots sont assurés, en quelque sorte, contre l'action immédiate de mon corps. A mesure qua mon horizon s'élargit, les images qui m'entourent semblent se dessiner sur un fond plus uniforme et me devenir indiilé' rentes. Plus je rétrécis cet horizon, plus les objets qu'il circonscrit s'échelonnent distinctement selon la plus ou moins grande facilité de mon corps à les toucher et à les mouvoir, ils renvoient donc à mon corps, comme ferait un miroir, son

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influeDce éventuelle ; ils s'ordonnent selon les puissances croissantes ou décroissantes de mon corps. les objet» qui ■ entourent mon eorpt réfléchissent l'action possible de mon corps mareux.

it, sans touclier aux autres images, modile que j'appelle mon corps. Dans cette par la pensée tous les nerfs afférents du aal. Que va-t-it se passer ? Quelques coups tanche quelques faisceaux de fibres : le Bt même îe reste de mon corps, demeureint. Le changement opéré est dope insima perception > tout entière s'évanouit.

} plus près ce qui vient de se produire, ni composent l'univers en général, puis it mon corps, puis enfin mon corps luiernière image, le rAle habituel des nerfs ■ansmettre des mouvements au cerveau et 'fs centrifuges renvoient ce mouvement à ctionnement des nerfs centripètes ne peut m seul effet réellement intelligible, c'est lurant qui va de la périphérie à la péri- )ar le centre ; c'est, par suite, de mettre impossibilité de puiser, au milieu des 'eut, la qualité et la quantité de mouvelour agir sur elles. Voilà qui concerne seulement. Pourtant c'est ma perception st-ce à dire, sinon que ma perception desans l'ensemble des images, à la manière n reflet, les actions virtuelles ou possibles

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Là. REPRÉSENTATION 1

de moD corps? Or, le sTstème d'images où le scalpel n'a opéré qo'uD changement insignifiant est ce qu'on appelle généralement le monde matériel ; et, d'autre part, ce qui Tient de s'évanouir, c'est < ma perception > de la matière. D'où, provisoirement, ces deux définitions : J'ajtpelle matière l'ensemble des images, et perception de la matière ces mimes images rapportées à faction possible ifuM certaine image déter- i minée, mon corps.

Approfondissons ce dernier rapport. Je considère moo corps avec les neris centripètes et centrifuges, avec les centres nerveux. Je sais que les objets extérieurs impriment aux nerfs afiérents des ébranlements qui se propagent aux centres, que les centres sont le théâtre de mouvements moléculaires très variés, que ces mouvements dépendent de la nature et de la position des objets. Changez les objets, modifiez leur rapport k mon corps, et tout est changé dans les mouvements intérieurs de mes centres perceptifs. Mais tout est changé aussi dans > ma perception >. Ma percep tion est donc fonction de ces mouvements moléculaires, elle en dépend. Mais comment en dépend-elle 7 Vous direz peut-être qu'elle les traduit, et que je ne me représente rieo autre chose, en dernière analyse, que les mouvements moléculaires de la substance cérébrale. Mais comment cette proposition aurait-elle le moindre sens, puisque l'image du système nerveux et de ses mouvements intérieurs n'est par hypothèse que celle d'un certain objet matériel, et que je me représente l'univers matériel dans sa totalité? Il est vrai qu'on essaie ici de tourner la difficulté. On nous montre un cerveau analc^ue, dans son essence, au reste de l'univers

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matériel, image par conséquent si l'univers est image. Puis* i les mouvements intérieurs de ce cerveau ent la représentation du monde matériel

qui déborde infmiment celle des vibraa allecte de ne plus voir dans ces mouves, ni dans le mouvement en général, des autres, mais quelque chose qui serait plus mage, en tous cas d'une autre nature que

représentation sortirait par un véritable

e devient ainsi chose radicalement diflémutation, et dont nous n'avons par consé* e ; en lace d'elle on pose une conscience . nous ne pouvons nous laire aucune idée ; ir la conscience, on invente une action le cette matière sans forme sur cette penlais la vérité est que les mouvements de 3 clairs en tant qu'images, et qu'il n'y a r dans le mouvement autre chose que ce jue difTiculté consisterait à faire naitre de

ticulières la variété infinie des représenquoi y songerait-on, alors que, de l'avis ms cérébrales font partie du monde matélages, par conséquent, n'occupent qu'un ï représentation ? — Que sont donc enQn . quel rôle ces images particulières jouententation du tout ? — Je n'en saurais doutrieur de mon corps, des mouvements des-

la commençant, la réaction de mon corps ts extérieurs. Images eux-mêmes, ils ne nages ; mais ils marquent à tout momenti

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