LA REPRÉSENTATION
comme ferait aoe boussole qu'on déplace, la position d'une certaine image déterminée, mon corps, par rapport aux images environnantes. Dans l'ensemble de la représeotatiOD ils sont fort peu de chose ; mais ils ont une importance capitaie pour cette partie de la représentation que j'appelle mou corps, car ils en esquissent à tout moment les. démarches virtuelles; Il n'y a donc qu'une diflérence de degré, il ne peut y avoir une différence de nature, entre la faculté dite perceptive du cerveau et les fonctions réflexes de la moelle épiniëre. La moelle transforme les excitations subies en mouvements exécutés ; le cerveau les prolonge en réactions simplement naissantes ; mais, dans un cas comme dans l'autre, le rôle de la matière nerveuse est de conduire, de composer entre eux ou d'inhiber des mouvements. D'où vient alors que ■ ma perception de l'univers > paraisse dépendre des mouvements ioternes de la substance cérébrale, changer quand ils varieut et s'évanouir quand ils sont abolis ?
La difficulté de ce problème tient surtout à ce qu'on se représente la substance grise et ses modifications comme des choses qui se suffiraient à elles-mêmes et qui pourraient s'isoler du reste de l'univers. Matérialistes et dualistes s'accordent, au fond, sur ce point. Ils considèrent à part certains mouvements moléculaires de la matière cérébrale : alors, les uns voient dans notre perception consciente une phosphorescence qui suit ces mouvements et en illumine la trace ; les autres déroulent nos perceptions dans une conscience qui exprime sans cesse à sa manière les ébranlements moléculaires de la substance corticale : dans un cas comme dans l'autre, ce sont des états de notre système nerveux que la perception est censée dessiner ou traduire. Mais le système
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E ROLE DU CaRPS
icevoir virant sans l'oi^anisme qui le phère où l'organisine respire, sans la hère baigne, sans le soleil autour duquel is généralement, la fiction d'un objet que-t-elle pas une espèce d'absurdité, ■unte ses propriétés physiques aux relaavec tous les autres, et doit chacune de >n existence môme par conséquent, à la DS l'ensemble de l'univers? Ne disons irceptious dépendent simplement des aires de la masse cérébrale. Disons eux, mais que ces mouvements euxarablement liés au reste du monde lus alors seulement de savoir comment ttacbeat aux modifications de la subsne s'élai^it, et se pose aussi en termes Voici un système d'images que j'appelle ivers, et qui se bouleverse de fond en lions légères d'une certaine image pri- ZettB image occupe le centre ; sur elle autres ; à chacun de ses mouvements si l'on avait tourné un kaléidoscope mêmes images, mais rapportées cha< iuant sans doute les unes sur les autres, "eflet reste toujours proportionné à la 'appelle l'univers. Comment expliquer I coexistent, et que les mêmes images nvariables dans l'univers, infiniment eption ? Le problème pendant entre le ), peut-être môme entre le matérialisme
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RÉALISUE ET IDËALISHE It
et le spiritualisme, se pose donc, selon nous, dans les termes suivants : D'oà vient que les mêmes images peuvent entrer à la fois dans deux systèmes différents, l'un où chaque image yarit pour elle-même et dans la mesure bien définie où elle subit l'action réelle des im/iges emtrownantes, l'autre où toutes varient pour une seule, et dans la meture variable où elles réfléchissent l'action possible de celle image privilégiée ?
Toute image est intérieure à certaines images et extérieure à d'autres ; mais de l'ensemble des images on ne peut dire qu'il nous soit intérieur ni qu'il nous soit extérieur, puisque l'intériorité et l'extériorité ne sont que des rapports entre images. Se demander si l'univers existe dans notre pensée seulement ou en dehors d'elle, c'est donc énoncer le problème en termes insolubles, à supposer qu'ils soient intelligibles ; c'est se condamner à une discussion stérile, où les termes pensée, existence, univers, seront nécessairement pris de part et d'autre dans des sens tout dlBérents. Pour trancher le débat, il iaut trouver d'abord un terrain commun lutte s'engage, et puisque, pour les uns et pour les a nous ne saisissons les choses que sous forme d'images en fonction d'images, et d'images seulement, que nous à poser le problème. Or, aucune doctrine pbilosophiq conteste que les mêmes images puissent entrer à la foii deux systèmes distincts, l'un qui appartient à la sctmcô chaque image, n'étant rapportée qu'à elle-même, gard valeur absolue, l'autre qui est le monde de la conscîe. où toutes les images se règlent sur une image centrale, corps, dont elles suivent les variations. La question entre le réalisme et l'idéalisme devient alors très c quels sont les rapports que ces deux systèmes d'image
lOLE DU CORPS
est aisé de voir que Tidéalisme sub< Ter le premier système du second, le rer le second du premier.
Het de l'uQivers, c'est-à-dire d'un ernées dans leurs rapports mutuels où les effets restent proportionnés à iractère est de n'avoir pas de centre, niant sur un même plan qui se proforce lui est bien de constater qu'en f a des perceptions, c'est-à-dire des mages sont rapportées à une seule ent autour de celle-ci sur des plans [irent dans leur ensemble pour des cette image centrale. C'est de cette ialiste, et dans le système d'images B image privilégiée, son corps, sur autres images. Mais dès qu'il veut passé et prévoir l'avenir, il est bien Ite position centrale, de replacer même plan, de supposer qu'elles ne is pour elles, et de les traiter comme 'un système oii cbaque changement le sa cause. A cette condition seulelivers devient possible ; et puisque isqu'elle réussit à prévoir l'avenir, n'est pas une hypothèse arbitraire.
■i seul donné à l'expérieace prés au second par cela seul que nous lu passé, du présent et de l'avenir, comme dans le réalisme, on pose
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RÉALISME ET IDËALISUB 13
l'un des deux systèmes, et on cherche à en déduire l'autre. Mais, dans cette déduction, ni le réalisme ni l'idéalisme ne peuvent aboutir, parce qu'aucun des deux systèmes d'images n'est impliqué dans l'autre, et que chacun d'eux se sulfit. Si rous vous donnez le système' d'images qui n'a pas de centre, et où chaque élément possède sa grandeur et sa valeur absolues, je ne vois pas pourquoi ce système s'en adjoint un second, où chaque image prend une ^valeur indéterminée, soumise à toutes les vicissitudes d'une image centrale. Il faudra donc, pour engendrer la perception, évoquer quelque deus ex machina tel que l'hypothèse matérialiste de la conscience-épiphénomëne. On choisira, parmi toutes les images aux changements absolus qu'on aura posées d'abord, celle que nous appelons notre cerveau, et on conférera aux états intérieurs de cette image le singulier privilège de se doubler, on ne sait comment, de la reproduction cette fois relative et variable de toutes les autres. Il est vrai qu'on affectera ensuite de n'attacher aucune importance à cette représentation, d'y voir une phosphorescence que laisseraient derrière elles les vibrations cérébrales : comme si la substance cérébrale, les vibrations cérébrales, enchâssées dans les images qui composent cette représentation, pouvaient être d'une autre nature qu'elles ! Tout réalisme fera donc de la perception un accident, et par conséquent un mystère. Mais inversement, si vous vous donnez un système d'images instables disposées autour d'un centre privilégié et se modifiant profondément pour des déplacements insensibles de ce centre, vous excluez a ahord l'ordre de la nature, cet ordre indifférent au point où l'on se place et au terme par où l'on commence. Vous ne pourrez rétablir cet ordre qu'eu évoquant à votre tour un deus ex ma-
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LE ROLE DU CORPS a suDDosant. nar une hypothèse arbitraire, je ne sais i)lie entre les choses et l'esprit, ou er comme Kant, entre ta sensibilité la science qui deviendra alors un iQ mystère. — Vous "ae sauriez donc lystème d'images du second, ni le js deux doctrines opposées, réalisme !s replace enfin sur le môme terrain, res, butter contre le mCme obstacle, int au-dessous des deux doctrines, in postulat commun, que nous forpHon a un intérêt tout spéculatif; elle lute la discussion porte sur le rang tte connaissance vis-à-vis de la con- .es uns se donnent l'ordre exigé par
dans la perception qu'une science
autres posent la perception d'abord, inent la science pour une expression s pour les uns et pour les autres, out connaître, e nous contestons. Il est démenti par
superflciel, de la structure du sysie animale. Et on ne saurait l'accepmdément le triple problème de la
et de leur rapport, à pas, le progrès de la perception
jusqu'aux vertébrés supérieurs? On )le masse protoplasmique la matière it contractile, qu'elle subit l'influence rs, qu'elle y répond par des réac-
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SÉLECTION DES lUAGES IS
lions mécaniquf!?, physiques et chimiques. A mesure qu'on s'élève dans la série des organismes, on voit le travail physiologique se diviser. Des cellules nerveuses apparaissent, se diversifient, tendent à se grouper en système. En même temps, l'animal réagit par des mouvemeata plus variés à l'excitation extérieure. Mais, même lA^que l'ébranlement reçu ne se prolonge pas tout de suite en mouvement accompli, il paraît simplement en attendre l'occasion, et la même impression qui transmet à l'organisme les modifications ambiantes le détermine ou le prépare à s'y adapter. Chez les vertébrés supérieurs, la distinction devient sans doute radicale entre l'automatisme pur, qui siège surtout dans la moelle, et l'activité volontaire, qui exige l'interveotioD du cerveau. Oo pourrait s'imaginer que l'impression reçue, au lieu de s'épanouir en mouvements encore, se spiritualise en connaissance. Mais il sulfit de comparer la structure du cerveau à celle de la moelle pour se convaincre qu'il y a seulement une dilTérence de complication, et non pas une diftérence de nature,^ entre les fonctions du cerveau et l'activité réflexe du système médullaire. Que se passe-t-il, en effet, dans l'action réflexe 7 Le mouvement centripète communiqué par l'excitation se réfléchit tout de suite, par l'intermédiaire des cellules nerveuses de la moelle, en un mouvement centrifuge déterminant une contraction musculaire. Ëd quoi consiste, d'autre part, la fonction du système cérébral î L'ébranlement périphérique, an lieu de se propager directement à la cellule motrice de la moelle et d'imprimer au muscle une contraction nécessaire, remonte à l'encéphale d'abord, puis redescend aux mômes cellules motrices de la moelle qui intervenaient dans le mouvement réflexe. Qu'a-t-il donc gagné à ce détour, et qu'est-il
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LE ROLE DU CORPS
les cellules dites sensitives de l'écorce wprends pas, je ne comprendrai jamais raculeuse puissaoce de se transformer en choses, et je liens d'ailleurs cette hypocomme on le verra tout à l'heure. Mais ce ien, c'est qu% ces cellules des diverses ielles de l'écorce, cellules interposées entre rminales des fibres centripètes et les celt zone rolandique, permetteût à lébranleiT à volonté tel ou tel mécanisme moteur e et de choisir ainsi son effet. Plus se mutiles interposées, plus elles émettront de iboïdes capables sans doute de se rapproplus nombreuses et plus variées aussi lables de s'ouvrir devant un même ébran-' éripbérie, et plus par conséquent il y aura ivements entre lesquels une même excita- X. Le cerveau ne doit donc pas être autre , qu'une espèce de bureau téléphonique st de a donner la communication > ou de Il n'ajoute rien à ce qu'il reçoit ; mais ânes perceptifs y envoient leurs derniers que tous les mécanismes moteurs de. la y ont leurs représentants attitrés, il cousit un centre, où l'excitation périphérique vec tel ou tel mécanisme moteur, choisi et autre part, comme une multitude énorme peuvent s'ouvrir dans cette substance, a même ébranlement venu de la përipbét a la faculté de s'y diviser k l'inâni, el
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SâLECTIOH DES IMAGES 17
par conséquent de se perdre en réactions motrices innombrables, simplement naissantes. Ainsi le râle du cerveau est tantôt de conduire le mouvement recneilli à un organe de réaction choisi, tantôt d'ouvrir à ce mouvement la totalité des voies motrices pour qu'il y dessine toutes les réactions possibles dont il est gros, et pour qu'il s'analyse lui-même en se dispersant. Eu d'autres termes, le cerveau nous parait être un iastrumeut d'analyse par rapport au mouvement recueilli et un instrument de sélection par rapport au mouvement exécuté. Mais dans un cas comme dans l'autre, son rdte se borne à transmettre et à diviser du mouvement. Et, pas plus dans les centres supérieurs de l'écorce que dans la moelle, les éléments nerveux ne travaillent en vue de la connaissance : ils ne font qu'esquisser tout d'un coup une pluralité d'actions possibles, ou organiser l'une d'elles.
C'est dire qjie le système nerveux n'a rien d'un appareil qui servirait à fabriquer ou même à préparer des représentations, Il a pour fonction de recevoir des excitations, de monter des appareils moteurs, et de présenter le plus grand nombre possible de ces appareils k une excitation donnée. Plus il se développe, plus nombreux et plus éloignés deviennent les points de l'espace qu'il met en rapport avec des mécanismes moteurs toujours plus complexes : ainsi grandit la latitude qu'il laisse à notre action, et en cela consiste justement sa perfection croissante. Hais si le système nerveux est construit, d'un bout à l'autre de la série animale, eu vue d'une action de moins eu moins nécessaire, ne faut-il pas penser que la perception, dout le progrès se règle sur le sien , est tout entière orientée, elle aussi, vers l'action, non vers la connaissance pure? Et dès lors la richesse croissante de cette perception BiRGsoN. Uaiiire et mÈmoirs. S
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LE ROLE DU CORPS
t-elle pas symboliser simplement la part jrmiDàtioD laissée au clioix de l'être vivaat vis-à-vis des choses? Partons donc de celte omm'e du principe véritable, Clierchons, iterminatioD posée, si l'on ne pourrait pas bilité et même la nécessité de la perception autres termes, donnons-nous ce système i et bien liées qu'on appelle le monde matéçà et là, dans ce système, des centres d'acités par la matière vivante : je dis qiCil faut un de ces centres se disposent des images position et variables avec elle; je dis par perception consciente doit se produire, et st possible de comprendre comment cette
bord qu'une loi rigoureuse relie l'étendue onsciente à l'intensité d'actiou dont l'être lotre hypothèse est fondée, cette perception ;nt précis où un ébranlement reçu par la )nge pas en réaction nécessaire. Dans le cas idimentaire, il faudra, il est vrai, un con- .'objet intéressant pour que l'ébranlement s la réaction ne peut guère se faire attendre, ms les espèces inférieures, le toucher est à la fois; il sert à recoonaltre une proie et
le danger et à faire eflort pour l'éviter. Les -iés des protozoaires, les ambulacres des
des organes de mouvement aussi bien que ile ; l'appareil urticant des cœlentérés est )erception en même temps qu'un moyen da
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défense. Eq un mot, plus la réaction doit être immédiate, plus il faut que la perception ressemble à un simple contact , et le processus complet de perception et de réactiou se distingue à peine alors de l'impulsion mécanique suivie d'uu mouvemeat nécessaire. Mais k mesure que la réaction devient plus incertaine, qu'elle laisse plus de place i l'hésitation, à mesure aussi s'accroît la distance à laquelle se fait sentir sur l'animal l'action de l'objet qui l'intéresse. Par la vue, par l'ouïe, il se met en rapport avec un nombre toujours plus grand de choses, il subit des influences de plus eu plus lointaines ; et soit que ces objets lui promettent un avantage soit qu'ils le menacent d'uu danger, promesses et menaces reculent leur échéance. La part d'indépendance dont un être vivant dispose, ou, comme nous dirons, la zone d'indétermination qui entoure son activité, permet donc d'évaluer à priori le nombre et l'éloignement des choses avec lesquelles il est en rapport. Quel que soit ce rapport, quelle que soit donc la nature intime de la perception, on peut affirmer que l'amplitude de la perception mesure exactement l'indétermination de l'action consécutive, et par conséquent énoncer cette loi : la perception dispose de l'espace dans l'exacte proportion où l'action dispose du temps.
Mais pourquoi ce rapport de l'organisme à des objets plus ou moins lointains prend>il la forme particulière d'une perception consciente? Nous avons examiné ce qui se passe dans le corps organisé ; nous avons vu des mouvements transmis ou inhibés, métamorphosés en actions accomplies ou éparpillés en actions naissantes- Ces mouvements nous ont paru intéresser l'action, et l'action seulement ; ils restent absolument étrangers au processus de la représentation. Nous avons
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LE ROLE DU CORPS -•=— elle-même et rindëtermioatioD qui tioa qui est impliquée dans la struc- , et en vue de laquelle ce système t bien plutdt qu'en vue de la repréétermioatioa , acceptée comme un ure à la nécessité d'une perception, n variable entre l'être vivant et les I lointaines des objets qui l'iotéres- 9 perception est conscience, et pournme ti cette conscience naissait des e la substance cérébrale?
question, dou3 allons d'abord simditioDs où la perception consciente 'y a pas de perception qui ne soit Aux données immédiates et prélêlons mille et mille détails de notre as souvent, ces souvenirs déplacent dont nous ne retenons alors que iples t signes > destinés à nous rap- . La commodité et la rapidité de la ; mais de là naissent aussi les illus'empéche de substituer à cette per- I notre passé, la perception qu'aurait formée, mais enfermée dans le préusion de tout autre travail, dans la ' 'objet extérieur. Dira-t-on que nous arbitraire, et que cette perception ninatîon des accidents individuels, la réalité 7 Mais nous espérons pré- 9 accidents individuels sont greflés
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SELECTION DES IMAGES !l
sur cette perception impersoDoelle, que cette perception est à la hase même de notre connaissance des choses, et que c'est pour l'avoir ntéconoue, pour ne pas l'avoir distinguée de ce que la mémoire y ajoute ou en retranche, qu'on a fait de la perception tout entière une espèce de vision intérieure et subjective, qui ne diflèrerait du souvenir que par sa plus grande intensité. Telle sera donc notre première hypothèse. Mais elle en entraîne uatarellement une autre. Si courte qu'on suppose une perception, en eOet, elle occupe toujours une certaine durée, et exige par conséquent un eflort de la mémoire, qui prolonge les uD3 dans les autres une pluralité de moments. Même, comme nous essaierons de le montrer, la < subjectivité > des qualités sensibles consiste surtout dans une espèce de contraction du réel, opérée par notre mémoire. Bref, la mémoire sous ces deux formes, en tant qu'elle recouvre d'une nappe de souvenirs un fond de perception immédiate et en tant aussi qu'elle contracte une multiplicité de moments, constitue le principal apport de la conscience individuelle dans la perception, le cAté subjectif de notre connaissance des choses ; et en négligeant cet apport pour rendre notre idée plus claire, nous allons nous avancer beaucoup plus loin qu'il ne convient sur la voie où nous ^ous sommes engagés. Nous en serons quittes pour revenir ensuite sur nos pas, et pour corriger, par la réintégration surtout de la mémoire, ce que nos conclusions pourraient avoir d'excessif. II ne faut donc voir dans ce qui va suivre qu'un exposé schématique, et nous demanderons qu'on entende provisoirement par perception non pas ma perception concrète et complexe, celle que gonflent mes souvenirs et qui offre toujours une certaine épaisseur de durée, mais la perception pure, une perception
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LE ROLE DU CORPS
plutât qu'en fait, celle qu'aurait un èln ant comme je vis, mais al)sorbé dans le , par rélitnÎDatioQ de la mémoire sous obtenir de la matière une vision à la fois utanée. Plaçons-nous donc dans cette idons-DOus comment la perception cons-
ence serait une entreprise bien hardie, lent pas nécessaire ici, parce qu'en posant in s'est donné un ensemble d'images, et
impossible de se donner autre chose.
la matière n'échappe à cette nécessité, e à des atomes en mouvement : ces urvus de qualités physiques, ne se déterle par rapport à une vision et à un conlà sans éclairage et celui-ci sans matériaome en centres de force, dissolvez-le en t dans un tluide continu : ce Ouide, ces mires ne se déterminent eux-mêmes que iicher impuissant, à une impulsion iuefe décolorée ; ce sont des images encore, lage peut être sans être perçue; elle peut itre représentée ; et la distance entre ces snce et représentation, parait justement
entre la matière elle-même et la percepnous en avons. Mais examinons les choses )ns en quoi consiste au juste cette diflé- '.us dans le second terme que dans le preer de la présence à la représentation, il ue chose, la distance serait infranchis-
n,g,t,7.cb,.G00iîlc
sable, et le passage de la matière à la perceptioD resterait enveloppé d'un impénétrable mystère. Il n'eu serait pas de même si l'on pouvait passer du premier terme au second par voie de dimîoutioa, et si la représentatiou d'une image était rmins que sa seule présence ; car alors il suffirait que les images présentes fussent forcées d'abandonner quelque chose d'elles-mêmes pour que leur simple présence les convertit en représentations. Or, voici l'image que j'appelle un objet matériel ; j'en ai la représentation. D'où vient qu'elle ne paraît pas être en soi ce qu'elle est pour moi î C'est que, solidaire de la totalité des autres images, elle se continue dans celles qui la suivent comme elle prolongeait celles qui la précèdent. Pour transformer son existence pure et simple en représentation, il suffirait de supprimer tout d'uD coup ce qui la suit, ce qui la précède, et aussi ce qui la remplit, de n'en plus conserver que la croûte extérieure, la pellicule superâcielle. Ce qui la distingue, elle image présente, elle réalité objective, d'une image représentée, c'est la nécessité où elle est d'agir par chacun de ses points sur tous les points des autres images, de transmettre la totalité de ce qu'elle reçoit, d'opposer à chaque action une réaction égale et contraire, de n'être enfm qu'un chemin sur lequel passent en tous sens les modifications qui se propagent dans l'immensité de l'univers. Je la convertirais en représentation si je pouvais l'isoler, si surtout je pouvais en isoler l'enveloppe. La représentation est bien là, mais toujours virluelle, neutralisée, au moment où elle passerait à l'acte, par l'obligation de se continuer et de se perdre en autre chose. Ce qu'il faut pour obtenir cette conversion, ce n'est pas éclairer l'objet, mais au contraire en obscurcir certains" côtés, le diminuer de la pius
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~ 10LE DU CORPS le, de manière que le résidu, au lieu 13 l'entourage comme une chose, s'en ;u. Or, si les êtres vlvauts constituent ces d'indétermination >, et si le d^ré se mesure au nombre et à l'élévation ■nçoit que leur seule présence puisse ion de toutes les parties des objets JUS ne sont pas intéressées. Ils se quelque sorte, par celles d'entre les leur sont indiSérentes ; les autres, rceptions ■ par leur isolement même, pour nous comme si nous reflets la lumière qui en émane, lumière jours, n'eût jamais été révélée. Les [inent paraîtront tourner vers notre e fois, la iace qui l'intéresse ; elles tance ce que nous aurons arrêté aa nmes capables d'influencer. IndiSés en raison du mécanisme radical qui . réciproquement les unes aux autres fois, ce qui revient à dire qu'elles tre elles par toutes leurs parties éléd'elles, par conséquent, n'est perçue aent. Que si, au contraire, elles se une certaine spontanéité de réaction, I d'autant, et cette diminution de leur ^présentation que nous avons d'elles, choses naîtrait donc, en somme, de tEëchir contre notre liberté, .umière passe d'un milieu dans ua
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SËLECTION DES fUAGES 25-
autre, il le traverse géoéralemeot en changeant de direction. Mais telles peuvent être les densités respectives des deux milieux que, pour un certain angle d'incidence, il n'y ait plus de réfraction possible. Alors se produit la réflexion totale. Il se forme du point lumineux une image virtuelle, qui symbolise, en quelque sorte, l'impossibilité où sont les rayons lumi* neux de poursuivre leur chemin. La perception est un phénomène du même genre. Ce qui est donné, c'est la totalité des images du monde matériel avec la totalité de leurs éléments intérieurs. Mais si vous supposez des centres d'activité véritable, c'est-à-dire spontanée, les rayons qui y parviennent et qui intéresseraient cette activité, au lieu de les traverser, paraîtront revenir dessiner les contours de l'objet qui les envoie. Il n'y aura rien là de positif, rien qui s'ajoute à l'image, rien de nouveau. Les objets ne feront qu'abandonner quelque chose de leur action réelle pour figurer ainsi leur action Tirtuelle, c'est-à-dire, au fond, l'influence possible de l'être vivant sur eux. La perception ressemble donc bien à ces phénomènes de réflexion qui viennent d'une réfraction empochée ; c'est comme un eflet de mirage.
Cela revient à dire qu'il y a pour les images une simple différence de degré, et non pas de nature, entré être et être consciemment perçues. La réalité de la matière consiste dans la totalité de ses éléments et de leurs actions de tout genre. Notre représentation de la matière est la mesure de notre action possible sur les corps ; elle résulte de l'éliminatioD de ce qui n'intéresse pas nos besoins et plus généralement nos fonctions. En un sens, on pourrait dire que la perception d'un point matériel inconscient quelconque, dans son instantanéité, est infiniment plus vaste et plus complëLe que la nAtre, puisque
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ce point recueille et transmet les actions de tous les points du
moDde matériel, tandis que notre conscience n'en attelât
que certaines parties par certains côtés. La conscience, —
jinnsiB caaiift la perception extérieure, — consiste précisément