‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 5 sur 71 · X. Mais il y a, dans cette pauvreté nécessaire de · texte numérisé non relu

X. Mais il y a, dans cette pauvreté nécessaire de

ition consciente, quelque chose de positif et qui

i l'esprit : c'est, au sens étymologique du mot, le

fficulté du problème qui nous occupe vient de ce résente la perception comme une vue photogracboses, qui se prendrait d'un point déterminé reil spécial, tel que l'organe de perception, et gui rait ensuite dans la substance cérébrale par je ne cessus d'élaboration chimique et psychique. Mais pas voir que la photographie, si photographie il irise, déjà tirée, dans l'intérieur même des choses les points de l'espace? Aucune métaphysique, que môme ne peut se dérober k cette conclusion, inivers avec des atomes : dans chacun d'eux se !n qualité et en quantité, variables selon la disions exercées par tous les atomes de la matière. très de force? les lignes de force émises dans tous tous les centres dirigent sur chaque centre les L monde matériel tout entier. Avec des monades le monade, comme le voulait Leibniz, est le nivers. Tout le monde est donc d'accord sur ce nent, si l'on considère un lieu quelconque de peut dire que l'action de la matière entière y sistance et sans déperdition, et que la photogray est translucide : il manque, derrière la plaque,

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OQ écran noir sur lequel se détacherait l'image. Nos « zones d'iodétermination > joueraient en quelque sorte le rAle d'écran. Elles n'ajoutent rien à ce qui est ; elles font seulement que l'action réelle passe et que l'action virtuelle demeure.

Ce u'est pas là une hypothèse. Nous nous bornons à formuler les données dont aucune théorie de la perception ne peut se passer. Nul psychologue, en effet, n'abordera l'étude de la perception extérieure sans poser la possibilité au moins d'un monde matériel, c'est-à-dire, au fond, la perception virtuelle de toutes choses. Dans cette masse matérielle simpfement possible on isolera l'objet particulier que j'appelle mon corps, et dans ce corps les centres perceptifs : on me montrera l'ébranlement arrivant d'un point quelconque de l'espace, se propageant le long des nerfs, gagnant les centres. Mais ici s'accomplit un coup de théâtre. Ce monde matériel qui entourait le corps, ce corps qui abrite le cerveau, ce cerveau où l'on distinguait des centres, on les congédie brusquement; et comme sous une baguette magique, on fait surgir, à la manière d'une cjiose absolument nouvelle, la représentation de ce qu'on avait posé d'abord. Cette représentation, on la pousse hors de l'espace, pour qu'elle n'ait plus rien de commun avec la matière d'où l'on était parti : quant à la matière même, on voudrait s'en passer, on ne le peut cependant, parce que ses phénomènes présentent entre eux un ordre si rigoureux, si indidérent au point qu'on choisit pour origine, que cette régularité et cette iodifféreace constituent véritablement une existence indépendante. Il faudra bien alors se résigner à conserver de la matière son fantAme. Du moins on la dépouillera de toutes les qualités qui donnent la vie. Dans un espace amorphe on découpera des figures qui se

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meuvent ; ou bien encore (ce qui revient à peu près au même], 1 des rapports de grandeur qui se composeraient 3s fonctions qui évolueraient en développant leur s lors la représentation, chargée des dépouilles 'e, se déploiera librement dans une conscience Mais il ne suffît pas de tailler, il faut coudre. Ces vous avez détachées de leur soutien matériel, il tenant expliquer comment elles vont le rejoindre, but dont vous diminuez la matière élargit l'inter- 1 représentation et son objet- Si tous faites cette endue, comment reeevra-t-elle l'extension? Si isez au mouvement homogène, d'où naîtra donc Surtout, comment imaginer un rapport entre la ige, entre la matière et la pensée, puisque chacun termes ne possède, par définition, que ce qui autre? Ainsi les dilTicultés vont naître sous vos le effort que vous ferez pour dissiper l'une d'elles ae la résoudre en beaucoup d'autres. Que vous 10U8 alors ? Simplement de renoncer à votre coup magique, et de continuer dans la voie où vous abord. Vous nous aviez montré les images extéjnant les organes des sens, modifiant les nerfs, eur inQuence dans le cerveau. Allez jusqu'au ivement va traverser la substance cérébrale, non séjourné, et s'épanouira alors en action volon- 1 tout du mécanisme de la perception. Quant à la lème, en tant qu'imagé, vous n'avez pas à en înèse, puisque vous l'avez posée d'abord et que riez pas, d'ailleurs, ne pas la poser : en vous irveau, en vous donnant la moindre parcelle de

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matière, ne vous donoiez-vous pas la totalité des images ? Ce que votts avez donc à expliquer, ce n'est pas comment la perception naît, mais commmt elle se limite, puisqu'elle serait, en droit, l'image du tout, et qu'elle se réduit, en fait, à ce qui vous intéresse. Mais si .elle se distingue jastement de l'image pure et simple ea ce que ses parties s'ordonnent par rapport à un centre variable, sa limitation se comprend sans peine : indéfinie en droit, elle se restreint, en iait, à dessiner la part d'indétermination laissée aux démarches de cette image spéciale que vous appelez votre corps. Et par suite, inversement, l'indétermination des mouvements du corps, telle qu'elle résulte de ta structure de la substance grise du cerveau, donne la mesure exacte de l'étendue de votre perception. Il ne faut donc pas s'étonner si tout se passe comme si votre perception résultait des mouvements intérieurs du cerveau et sortait, en quelque sorte, des centres corticaux. Elle n'en saurait venir, car le cerveau est une image comme les autres, «nveloppée dans la masse des autres images, et il serait absurde que le contenant sortit du contenu. Mais comme la structure ûu cerveau donne le plan minutieux des mouvements entre lesquels vous avez le choix, comme, d'un autre cAté; la portion des images extérieures qui parait revenir sur elle-même pour constituer la perception dessine justement tous les points de l'anivers sur lesquels ces mouvements auraient prise, perception consciente et modification cérébrale se correspondent rigoureusement. La dépendance réciproque de ces deux termes tient donc simplement à ce qu'ils sont, l'un et l'autre, fonction d'un troisième, qui est l'indétermination du vouloir.

Soit, par exemple, un point lumineux P dont les rayons

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agissent sur les diflérents points a, b, e de la rétÎDe. En ce point P la science localise des vibrations d'une certaine amplitude et d'une certaine durée. En ce même point P la conscience perçoit de la lumière'. Nous nous proposons de montrer, dans le courant de cette étude, qu'elles ont raisoQ l'une et l'autre, et qu'il n'y a pas de ditlérence essentielle entre cette lumière et ces mouvements, pourvu qu'on rende au mouvement l'unité, l'indivisibilité et l'hétérogénéité qualitative qu'une mécanique abstraite lui refuse, pourvu aussi qu'on voie dans les qualités sensibles autant de coniractiom opérées par notre mémoire : science et conscience coïncideraient dans l'instantané. Bornons-noua provisoirement à dire, sans trop approfondir ici le sens des mots, que le point P envoie à la rétine des ébranlements lumineux. Que va-l-il se passer? Si l'image visuelle du point P n'était pas donnée, il y aurait lieu de chercher comment elle se lorme, et l'on se trouverait bien vite en présence d'un problème insoluble. Mais de quelque manière qu'on s'y prenne, on ne peut s'empêcher de la poser d'abord ; l'unique question est donc de savoir pourquoi et comment cette image est choisie pour faire partie de ma perception, alors qu'une infinité d'autres images eu demeurent exclues. Or, je vois que les ébranlements transmis du point P aux divers corpuscules rétiniens sont conduits aux centres optiques sous-corticaux et corticaux, souvent aussi à d'autres centres, et que ces centres tantèt les transmettent à des mécanismes moteurs, tantôt les arrêtent provisoirement. Les éléments nerveux intéressés sont donc biea ce qui donne à l'ébranlement reçu son efficacité ; ils symbolisent l'indétermination du vouloir ; de leur intégrité dépend cette indétermination; et, par suite, toute lésion de ces élé-

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RAPPORT DE LA REPKÉSENTATION A L'ACTION 3t

ments, en diminuant notre aclion possible, diminuera d'autant la perception. En d'autres termes, s'il existe dans le monde matériel des points où les ébranlements recueillis ne sont pas mécaniquement transmis, s'il y a, comme nous le disions, des zones d'indétermination, ces zones doivent précisément se rencontrer sur le trajet de ce qu'on appelle le processus sensori-moteur ; et dès lors tout doit se passer comme si les rayons Pa, P&, Pc étaient perçus le long de ce trajet et projetés ensuite en P. Bien plus, si cette indétermination est cbose qui échappe à l'expérimentation et au calcul, il n'en est pas de même des éléments nerveux sur lesquels I impression est recueillie et transmise. C'est donc de ces éléments que devront s'occuper physiologistes et psychologues ; sur eux se réglera et par eux s'expliquera tout le détail dé la perception extérieure. Ou pourra dire, si l'on veut, que l'excitation, après avoir cheminé le long de ces éléments, après avoir gagné le centra, s'y convertit en une image consciente qui est extériorisée ensuite au point P. Mais, en s'exprimant ainsi, on se pliera simplement aux exigences de la méthode scientifique , on ne décrira pas du tout le processus réel. En fait, il n'y a pas une image inextensive qui se formerait dans la conscience et se projetterait ensuite en P. La vérité est que le point P, les rayons qu'il émet, la rétine et les éléments nerveux intéressés forment un tout solidaire, que le point lumineux P fait partie de ce tout, et que c'est bien en P, et non pas ailleurs, que l'image de P est formée et perçue.

En nous représentant ainsi les choses, nous ne faisons que revenir à la conviction naïve du sens commun. Tous, nou& avons commencé par croire que nous entrions dans l'objet

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LE ROLE DU CORPS

percevions en lui, et non pas en nous. Si igue uue idée aussi simple, aussi rappro-

que le processus intracérébral, cette i perception, lui parait être l'équivalent ière. Supprimez l'objet perçu eu coaserterne ; il lui semble que l'image de l'objet yance s'explique saos peiue : il y a des ; que l'hallucination et le rôve, où surgisimitent de tout point la perceptioD extélareil cas, l'objet a disparu tandis que le

conclut de là que le phénomène cérébral n de l'image. Mais il ne faut pas oublier

états psychologiques de ce genre, la mier rAle. Or, nous essaierons de montrer irceptiou une fois admise telle que nous loire doit surgir, et que cette mémoire, eptiOD elle-même, n'a sa condition réelle in état cérébral. Sans aborder encore IX points, boruons-Dous à présenter une iple, qui n'est d'ailleurs pas nouvelle, j-nés ont leurs centres visuels intacts :

it meurent sans avoir jamais formé une îille image ne peut donc apparaître que joué un rôle au moins une première fois :

at, la première fois au moins, être entré I représentation. Or nous ne demandons ir le momeut, car c'est de la perception >ns ici, et non de la perception compliijetez donc l'apport de la mémoire, envi-

à l'état brut, tous êtes bien obligé de

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RAPPORT DE LA REPRÉSENTATIOM A L'ACTION ïl

reconnaître qu'il n'y a jamais d'image sans objet. Mais dès que vous adjoignez aux processus iotracérébraux l'objet extérieur qui en est cause, je vois très bien comment l'image de cet objet est donnée avec lui et en lui, je ne vois pas du tout comment elle naîtrait du mouvement cérébral.

Quand une lésion des nerfs ou des centres interrompt le trajet de l'ébranlement nerveux, la perception est diminuée d'autant. Faut-il s'en étonner ? Le rôle du système nerveux est d'utiliser cet ébranlement, de le convertir en démarches pratiques, réellement ou virtuellement accomplies. Si, pour une raison ou pour une autre, l'excitation ne passe plus, il serait étrange que la perception correspondante eût lieu encore, puisque cette perception mettrait alors notre corps en relation avec des points de l'espace qui ne l'inviteraient plus directement à faire un choix. Sectionnez le nerf optique d'un animal ; l'ébranlement parti du point lumineux ne se transmet plus au cerveau et de là aux nerfs moteurs ; le fil qui reliait l'objet extérieur aux mécanismes moteurs de l'animal en englobant le nerf optique est rompu : la perception visuelle est donc devenue impuissante, et dans cette impuissance consiste précisément l'inconscience. Que la matière puisse être perçue sans le concours d'un système nerveux, sans organes des sens, cela n'est pas tliéoriquement inconcevable ; mais c'est pratiquement impossible, parce qu'une perception de ce genre ne servirait à rien. Elle conviendrait à un fantAme, non à un être vivant, c'est-à-dire agissant. Ou se représente le corps vivant comme un empire dans un empire, le système nerveux comme un être à part, dont la fonction serait d'abord d'élaborer des perceptions, ensuite de créer des mouvements. La vérité est que mon système nerveux, iuter- Beroson. UaliËre et mËinoire. 3

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posé entre les objets qui ébranlent mon corps et ceux que j9 nmirraift infliiADc^r, joue le rAle d'un simple conducteur, qui ou inhibe du mouvement. Ce conducteur multitude énorme de fils tendus de la périt du centre à la périphérie. Autant il y a de lériphérîe vers le centre, autant il y a de I capables de solliciter ma volonté et de lire, une question élémentaire à mon actijue question posée est justement ce qu'on )tion. Aussi la perception est-eUe diminuée its chaque fois qu'un des fils dits sensitifs [u'alors quelque partie de l'objet extérieur ite à solliciter l'activité, et aussi cbaque ide stable a été contractée, parce que cette mte prête rend la question ioutib. Ce qui cas comme dans l'autre, c'est la réQexion ranlement sur lui-même, le retour de la d'où elle part, ou plutôt cette dissociation, ni fait que la perception se dégage de ioDC dire que le détail de la perception se sur celui des nerfs dits sensitifs, mais que 3 son ensemble, a sa véritable raison d'être lu corps à se mouvoir, -aleraent illusion sur ce point, c'est l'appade nos mouvements à l'excitation qui les ible que le mouvement de mon corps pour er un objet resie le même, soit que j'aie été tence par l'ouie, soit qu'il m'ait été révélé >ucber. Mou activité motrice devient alors une espèce de réservoir d'où le mouvement

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RAPPORT SE LA BEPRÉSEnTATlON A L'ACTION U sort à volonté, touiours le mëoie pour une môme actioD, quel que soit le genre d'image qui l'a sollicité à se produire. Mais la vérité est que le caractère de mouvements extérieurement identiques est intérieurement modifié, selon qu'ils donnent la réplique à une impression visuelle, tactile ou auditive. J'aperçois une multitude d'objets dans l'espace ; chacun d'eux, en tant que forme visuelle, sollicite mon activité- Je perds brusquement la vue. Sans doute je dispose encore de la même quantité et de la même qualité de mouvements dans l'espace ; mais ces mouvemeots ne peuvent plus être coordonnés à des impressions visuelles ; ils devront désormais suivre des impressions tactiles, par exemple, et il se dessinera sans doute dans le cerveau un nouvel arrangement ; les expansions protoptasmiques des éléments nerveux moteurs, dans l'écorce, seront en rapport avec un nombre beaucoup moins grand, cette fois, de ces éléments nerveux qu'on appelle sensoriels- Mon activité est donc bien réellement diminuée, en ce sens que si je peux produire les mêmes mouvements, les objets m'en fournissent moins l'occasion. Et par suite, l'interruption brusque de la conduction optique a eu pour effet essentiel, profond, de supprimer toute une partie des sollicitations de mon activité : or cette sollicitation, comme nous l'avons vu, est la perception même- Nous touchons ici du doigt l'erreur de ceux qui font naître la perception de l'ébranlement sensoriel proprement dit, et non d'une espèce de question posée à notre activité motrice. Ils détachent cette activité motrice du processus perceptif, et comme elle parait survivre à l'abolition de la perception, ils en concluent que la perception est localisée dans les éléments nerveux dits sensoriels. Mais la vérité est qu'elle n'est pas plus dans les centres seasoriels que

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LE ROLE DU CORPS itres moteurs -, elle mesure la complexité de leurs , existe là où elle apparaît, lologues qui ont étudié l'eafance savent bien que îentation commence par être impersonnelle. C'est et à force d'iaductioas, qu'elle adopte notre corps et devient noire représentation. Le mécanisme de ion est d'ailleurs aisé à comprendre. A mesure que se déplace dans l'espace, toutes les autres images lie ci, au contraire, demeure invariable. Je dois n faire un centre, auquel je rapporterai toutes les ;es. Ma croyance à un monde extérieur ne vient t pas venir, de ce que je projette hors de moi des inextensives : comment ces sensations acquêtl'extension, et d'où pourrais-je tirer la notion de : ? Mais si l'on accorde, comme l'expérience en lait semble des images est donné d'abord, je vois très mt mon corps fmit par occuper dans cet ensemble n privilégiée. Et je comprends aussi comment natt ■ion de l'intérieur et de l'extérieur, qui n'est au la distinction de mon corps et des autres corps. Tet de mon corps, comme on le fait d'ordinaire; ! ferez jamais comprendre comment des impres- ; à la surface de mon corps, et qui n'intéressent )s, vont se constituer pour moi en objets indéformer un monde extérieur. Donnez-moi au conlages en général ; mon corps finira nécessairement iner au milieu d'elles comme une chose distincte, I changent sans cesse et qu'il demeure invariable, ion de l'intérieur et de l'extérieur se ramènera t de la partie et du tout. Il y a d'abord l'ensemble

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RAPPORT DE LA REPRÉSENTATION A L'ACTION Sî

des images ; il y &> dans cet ensemble, des i ceotres d'action > contre lesquels les images intéressantes semblent se réfléchir ; c'est ainsi que les perceptions naissent et que les actions se préparent. Mon corps est ce qui se dessine au centre de ces perceptions ; ma personne est l'être auquel U faut rapporter ces actions. Les choses s'éclaircissent si l'on va ainsi de la périphérie de la représentation au centre, comme le fait l'enfant, comme nous y invitent l'expérieDce immédiate et le sens commun. Tout s'obscurcit au contraire, et les problèmes se multiplient, si l'on prétend aller, avec les théoriciens, du centre à la périphérie. D'où vient donc alors cette idée d'un monde extérieur construit artificiellement, pièce A pièce, avec des sensations inextensives dont on ne comprend ni comment elles arriveraient à lormer une surface étendue, ni comment elles se projetteraient ensuite en dehors de notre corps? Pourquoi veut-on, contre toute apparence, que j'aille de mon moi conscient à mon corps, puis de mon corps aux autres corps, alors qu'en fait je me place d'emblée dans le monde matériel en général, pour limiter progressivement ce centre d'action qui s'appellera mon corps et le distinguer ainsi de tous les autres? il y a, dans cette croyance au caractère d'abord inextensif de notre perception extérieure, tant d'illusions réunies, on trouverait, dans cette idée que nous projetons hors de nous des états purement internes, tant de malentendus, tant de réponses boiteuses à des questions mal posées, que nous ne Siturions prétendre à faire la lumière tout d'un coup. Nous espérons qu'elle se fera peu à peu, à mesure que nous montrerons plus clairement, derrière ces illusions, la confusion métaphysique de l'étendue indivisée et de l'espace homogène, la confusion psvcholo-

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SB LE ROLE DU CORPS

gique de la > perceptiOD pure > et de la mémoire. Mais ftiiPfl un rattflt^hent en outre à des faits réels, que nous pouvons signaler pour en rectifier l'interprétation.

e ces faits est que nos sens ont besoin d'édue ni le toucher n'arrivent tout de suite à !oca- 'essions. Une série de rapprochemenks et d'in- :essaire, par lesquels nous coordonnons peu à isions les unes aux autres. De là on saute à liens inextensives par essence, et qui constidue en se juxtaposant. Mais qui ne voit que, e même où nous nous sommes placés, nos sens nt besoin d'éducation, — non pas, sans doute, avec les choses, mais pour se mettre d'accord :i, au milieu de toutes les images, une certaine ipelle mon corps et dont l'action virtuelle se e apparente réflexion, sur elles-mêmes, des aantes. Autant il y a pour mou corps de genres le, autant il y aura, pour les autres corps, de flexion diflérentâ, et chacun de ces systèmes un de mes sens- Mon corps se conduit donc ge qui en réfléchirait d'autres en les analysant i des diverses actions à exercer sur elles. Et une des qualités perçues par mes différents ime objet symbolise une certaine direction de n certain besoin. Maintenant, toutes ces per- )rps par mes divers sens vont-elles, en se réur l'image complète de ce corps? Non, sans lies ont été cueillies dans l'ensemble. Perceinfluences de tous les points de tous les corps j à l'état d'objet matériel. Percevoir consciem-

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L'IMAGE ET LA RËiLITÉ U

ment signifie choisir, et la coascieace consiste avant tout dans ce discernement pratique. Les perceptions diverses du même objet que donnent mes divers sens ne reconstitueront donc pas, en se réunissant, l'image complète de l'objet; elles resteront séparées les ânes des autres par des intervalles qui mesurent, en quelque sorte, autant de vides dans mes besoins : c'est pour combler ces intervalles qu'une éducation des sens «st nécessaire. Cette éducation a pour fin d'barmoniser mes sens entre eux, de rétablir entre leurs données une continuité qui a été rompue par la discontinuité même des besoins de mon corps, enfin de reconstruire approximativement le tout de l'objet matériel. Ainsi s'expliquera, dans notre hypothèse, la nécessité d'une éducation des sens. Comparons cette explication à la précédente. Dans la première, des sensations inextensives de la vue se composeront avec des sensations inextensives du toucher et des autres sens pour donner, par leur synthèse, l'idée d'un objet matériel. Mais d'abord on ne voit pas comment ces sensations acquerront de l'extension ni surtout comment, une fois l'extension acquise en droit, s'expliquera la prétérence de telle d'entre elles, en fait, pour tel point de l'espace. Et ensuite on peut se demander par quel heureux accord, en vertu de quelle harmonie préétablie, ces sensations d'espèces différentes vont se coordonner ensemble pour former un objet stable, désormais solidifié, commun à mou expérience et à celle de tous les hommes, soumis, vis-à-vis des antres objets, à ces règles inflexibles qu'on appelle les lois de la nature. Dans la seconde, au contraire, les « données de nos diSérents sens > sont des qualités des choses, perçues d'abord en elles plutôt qu'en nous : est-il étonnant qu'elles se rejoignent, alors

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M LE ROLE DU CORPS

que l'abstraction seule les a séparées ? — Dans la première hypothèse, l'objet matériel n'est rien de tout ce que noua apercevons : od mettra d'un côté le principe conscient avec les qualités sensibles, de l'autre udb matière dont on ne peut riftn dirft. «t n-i'on définit par des négations parce qu'on l'a •d de tout ce qui la révèle. Dans la seconde, j de plus en plus approfondie de la matièreloin d'en retrancher quelque chose d'aperçu, contraire rapprocher toutes les qualités senirer la parenté, rétablir entre elles la conliesoins ont rompue. Notre perception de la is alors relative ni subjective, du moins en action faite, comme nous le verrons tout à :tion et surtout de la mémoire ; elle est simpar la multiplicité de nos besoins. — Dans la èse, l'esprit est aussi inconnaissable que la li attribue l'indéfinissable capacité d'évoquer a ne sait d'où, et de les projeter, on ne sait n espace où elles formeront des corps. Dans ile de la conscience est nettement défini :

ie action possible ; et les formes acquises par ui nous en voilent l'essence, devront être nière de ce second principe. On entrevoit I hypothèse, la possibilité de distinguer plus it de la matière, et d'opérer un rapproche- Mais laissons de Gâté ce premier point, et id.

allégué consisterait dans ce qu'on a appelé ps c l'énergie spécifique des nerfs >. On sait u nerf optique par un choc extérieur ou par

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L'IHAGB ET LA RËALITË 41

UB courant électrique donnera une sensation visuelle, que ce même courant électrique, appliqué au nerf acoustique ou au gtosso-pharyngien, fera percevoir une saveur ou entendre un son. De ces faits très particuliers on passe à ces deux lois très générales que des causes différentes, agissant sur le même nerf, excitent la même sensation, et que la même cause, agissant sur des nerfs diflérents, provoque des sensations diSérentes. Et de ces lois elles-mêmes on infère que nos sensations sont simplement des signaux, que le rAIe de chaque sens est de traduire dans sa langue propre des mouvements homogènes et mécaniques s'accomplissant dans l'espace. D'où enfin l'idée de scinder notre perception en deux parts distinctes, désormais incapables de se rejoindre : d'un cAté les mouvements bomc^ënes dans l'espace, de l'autre les sensations inextensives dans la conscience- Il ne nous appartient pas d'entrer dans l'examen des problèmes physiologiques que l'interprétation des deux lois soulève : de quelque manière que l'on comprenne ces lois, soit qu'on attribue l'énergie spécifique aux nerfs, soit qu'on la reporte dans les centres, on se heurte à d'insurmontables difficultés. Mais ce sont les lois ellesmêmes qui paraissent de plus en plus problématiques. Déjà Lotze en avait soupçonné la fausseté. Il attendait, pour y croire, > que des ondes sonores donnassent à l'œil la sensation de lumière, ou que des vibrations lumineuses fissent entendre un son à l'oreille ' ». La vérité est que tous les faits allégués paraissent se ramener à ua seul type : l'excitant unique capable de produire des sensations diHéreates, les excitants multiples capables d'engendrer une même sensation, sont ou le courant électrique ou une cause mécanique capable 1. LotM. Uétaphi/fique, pues S!S et suIy.

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43 LE ROLE DU CORPS

<le déterminer dans l'organe une modification de l'équilibre

Ai»»f.^-»..» n^ on peut se demander si l'excitation électrique

it pas des composantes diverses, répondant

des sensations de difTérents genres, et si le

sens ne serait pas simplement d'extraire du nte qui l'intéresse : ce seraient bien alors les >ns qai donneraient les mêmes sensations, et

diverses qui provoqueraient des sensations r parler avec plus de précision, il est difficile l'électrisation de la langue, par exemple, n'oc- ; modifications chimiques; or ce sont ces mo lous appelons, dans tous les cas, des saveurs.

le physicien a pu identifier la lumière avec n électro-magnétique, on peut dire inverse- 'il appelle ici une perturbation électro-magné-

lumière, de sorte que ce serait bien de la

nerf optique percevrait objectivement dans Pour aucun sens la doctrine de l'énergie spéaissait plus solidement établie que pour )art aussi l'existence réelle de la chose perçue ua probable- Nous n'insistons pas sur ces faits, Touvera l'exposé et la discussion approfondie ;e récent '. Bornons-nous à faire -remarquer )QS dont on parle ici ne sont pas des images is hors de notre corps, mais piutAt des aQec-

dans notre corps même. Or il résulte de la lestination de notre corps, comme nous allons n de ses éléments dits sensitifs a son action

Wahrnehmungsprabttm, Leipsig, 189!, page* 313 et

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