L'IDÉE CENTRALE ET LA HÉHOIRE
distinguent de tous les objets auxquels le mot ne s'applique pas. La généralisation ne va donc pas, semble-t-il, sans la considération abstraite des qualités communes, et, de degré en degré, le nomiualisme va être amené à définir l'idée générale par sa comprébension, et son plus seulement par son extension comme il le voulait d'abord. C'est de cette compréhension que part le conceptualisme. L'intelligence, d'après lui, résout l'unité superficielle de l'iadividu en qualités diverses, dont chacune, isolée de l'individu qui la limitait, devient, par là même, représentative d'un genre. Au lieu de considérer cbaque genre comme comprenant, en acte, une multiplicité d'objets, on veut au contraire maintenant que chaque objet renferme, en puissance, et comme autant de qualités qu'il retiendrait prisonnières, une multiplicité de genres. Mais la question est précisément de savoir si des qualités individuelles, même isolées par un eflort d'abstraction, ne restent pas individuelles comme elles l'étaient d'abord, et si, pour les ériger en genres, une nouvelle démarche de l'esprit n'est pas nécessaire, par laquelle il impose d'abord à chaque qualité un nom, puis collectionne sous ce nom une multiplicité d'objets individuels. La blancheur d'un lis n'est pas la blancheur d'uae nappe de neige ; elles restent, même isolées de la neige et du lis, blancheur de lis et blancheur de neige. Elles ne renoncent à leur individualité que si nous tenons compte de leur ressemblance pour leur donner un nom commun : appliquant alors ce nom à un nombre indéfini d'objets semblables, nous renvoyons à la qualité, par une espèce de ricochet, la généralité que le mot est allé chercher dans son application aux choses. Mais en raisonnant ainsi, ne revienton pas au point de vue de l'extension qu'on avait abandonna
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m LA UÉMOIHE ET L'ESPRIT
d'abord 7 Nous tournons donc bieo réellement dans un cercle, le nominalisme nous conduisant au conceptualisme, et le codceptualisme nous ramenaat au Dominalisme. La généralisation ne peut se faire que par une extraction de qualités communes; mais les qualités, pour apparaître communes, ont déjà dû subir un travail de généralisation.
En approfondissant maintenant ces deux théories adverses, on leur découvrirait un postulat commun : elles supposent, l'une et l'autre, que nous partons de la perception d'objets individuels. La première compose le genre par une énumération ; la seconde le dégage par une analyse ; mais c'est sur des individus, considérés comme autant de réalités données à l'intuition immédiate, que portent l'analyse et l'énumération. Voilà le postulat. En dépit de son évidence apparente, il n'est ni vraisemblable ni conforme aux faits.
A priori, en eOet, il semble bien que la distinction nette des objets individuels soit un luxe de la perception, de même que la représentation claire des idées générales est uo raffînement de l'intelligence, La conception parfaite des genres est sans doute le propre de la pensée humaine ; elle exige un effort de réflexion, par lequel nous effaçons d'une représentation les particularités de temps et de lieu. Mais la réflexion sur ces particularités, réflexion sans laquelle l'individualité des objets nous échapperait, suppose une faculté de remarquer les diUérences, et par là même uoe mémoire des images, qui est certainement le privilège de l'homme et des animaux supérieurs. Il semble donc bien que nous ne débutions ni par la perception de l'individu ni par la conception du genre, mais par une connaissance intermédiaire, par un sentiment confus de qua lité mar quante ou de ressemblance : ce senti-
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