‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 47 sur 71 · LA UÉHOIAE ET L'ESPRIT · texte numérisé non relu

LA UÉHOIAE ET L'ESPRIT

ses représentations juste assez de l'image et juste assez de l'idée pour qu'elles puissent concourir utilemeot ft l'action présente.

De cette conception de la vie mentale inférieure peuvent se déduire les lois de l'association des idées. Mais avant d'approfondir ce point, ipontrons l'insaflisance des théories courantes de l'association.

Que toute Idée surgissant dans l'esprit ait un rapport de ressemblance ou de contiguïté avec l'état mental antérieur, c'est incontestable; mais une affirmation de ce genre ne nous renseigne pas sur le mécanisme de l'association, et même, à vrai dire, ne nous apprend absolument rien. On chercherait vainement, en eflet, deux idées qui n'aient pas entre elles quelque trait de ressemblance ou ne se touchent pas par quelque cAlé. S'agit-il de ressemblance? Si profondes que soient les différences qui séparent deux images, on trouvera toujours, en remontant assez haut, un genre commun auquel elles appartiennent, et par conséquent une ressemblance qui leur serve de trait d'union. Considère-t-on la contiguïté ? Une perception A, comme nous le disions plus haut, n'évoque « par contiguïté > une ancienne image B que si elle nous rappelle d'abord une image A' qui lui ressemble, car c'est un souvenir A', et non pas la perception A, qui touche réellement B dans la mémoire. Si éloignés qu'on suppose donc les deux termes A et B l'un de l'autre, il pourra toujours s'établir entre eux un rapport de contiguïté si le terme intercalaire A' entretient avec A une ressemblance suffisamment lointaine. Gela revient à dire qu'entre deux idées quelconques, choisies au hasard, il ; a toujours ressemblance et toujours,

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si l'oD veut, contiguïté, de sorte qu'en découvrant un rapport de contiguïté ou de ressemblance entre deux représentations qui se succèdent on n'explique pas du tout pourquoi l'une évoque l'autre.

La véritable question est de savoir comment s'opère la sélection entre une iaûnité de souvenirs qui tous ressemblent par quelque c6të à la perception présente, et pourquoi un seul d'entre eux, — celui-ci plutôt que celui-là, — émerge à la lumière de la conscience. Mais à cette question l'associationnisme ne peut répandre, parce qu'il a érigé les idées et les images en entités indépendantes, flottant, à la manière des atomes d'Épîcure, dans un espace intérieur, se rapprochant, s'accrochant entre elles quand le hasard les amène dans la spbèré d'attraction les unes des autres. Et en approfondissant la doctrine sur ce point, on verrait que son tort a été d'inteU lectualiser trop les idées, de leur attribuer un rôle tout spéculatif, d'avoir cru qu'elles existent pour elles et non pour nous, d'avoir méconnu le rapport qu'elles ont à l'activité du vouloir. Si les souvenirs errent, indifférents, dans une conscience inerte et amorphe, il n'y a aucune raison pour que la perception présente attire de préférence l'un d'eux : je ne pourrai donc que constater la rencontre, une fois produite, et parler de ressemblance ou de contiguïté, — ce qui revient, au fond, à reconnaître vaguement que les états de conscieoce ont des aOinitës les uns pour les autres.

Mais cette affinité même, qui prend la double forme de la contiguïté et de la ressemblance, l'associationaisme n'en peut fournir aucune explication. La tendance générale à s'associer demeure aussi obscure, dans cette doctrine, que les formes particulières de l'association. Ayant érigé les souvenirs-

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images individuels en choses toutes faites, dODoées telles quelles au cours de notre vie mentale, l'associationnisme est réduit à supposer entre cesobjets des attractions mystérieuses, dont on ne saurait même pas dire à l'avance, comme de l'attractioa physique, par quels phénomènes elles se manifesteront. Pourquoi une image qui, par hypothèse, se suOit à ellemême, viserait-elle en eflet à s'en agréger d'autres, ou semblables, ou données en contiguïté avec elle ? Mais la vérité est que cette image indépendante est un produit artificiel et tardif de l'esprit. En fait, nous percevons les ressemblances avant les individus qui se ressemblent, et, dans un agrégat de parties cootiguës, le tout avant les parties. Nous allons de la ressemblance aux objets ressemblants, en brodant sur la ressemblance, ce canevas commun, la variété des difléreoces individuelles. Et nous allons aussi du tout aux parties, par un travail de décomposition dont on verra p]us loin la loi, et qui consiste à morceler, pour la plus grande commodité de la vie pratique, la continuité du réel. L'association n'est donc pas le fait primitif; c'est par une dissociation que nous débutons, et la tendance de tout souvenir à s'en agréger d'autres s'explique par un retour naturel de l'esprit à l'unité iodivisée delà perception.

Mais nous découvrons ici le vice radical de l'associationnisme. Etant douuée une perception présente qui forme tour à tour, avec des souvenirs divers, plusieurs associations successives, il y a deux maaiëres, disions-nous, de concevoir le mécanisme de cette association. On peut supposer que la perception reste identique à elle-même, véritable atome psychologique qui s'en agrège d'autres au fur et à mesure que ces derniers passent à côté de lui. Tel est le point de vue de l'as-

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