‹ Matière et mémoire, essai sur la relation du corps a l'espritChapitre 69 sur 71 · RÉSUMÉ ET CONCLUSION S · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ ET CONCLUSION S

même aussi bien que sur les autres. Dans notre perception entrera donc quelque chose de notre corps. Toutefois, lorsqu'il s'agit des corps environnants, ils sont, par .hypothèse, séparés du nôtre par un espace plus ou moins considérahle, qui mesure l'éloignement de leurs promesses ou de leurs meuaces dans le temps : c'est pourquoi notre perception de ces corps ne dessine que des actious possibles. Au contraire, plus la distance décroît entre ces corps et le nôtre, plus l'action possible teud à se transformer en action réelle, l'action devenant d'autant plus urgente que la distance est moins considérable. Et quand cette distance devient nulle, c'est-à-dire quand le corps à percevoir est notre propre corps, c'est une action réelle, et non plus virtuelle, que la perception dessine. Telle est précisément la nature de la douleur, effort actuel de la partie lésée pour remettre les choses en place, effort local, isolé, et par là même condamné à l'insuccès dans un organisme qui n'est plus apte qu'aux effets d'ensemble. La douleur est donc à l'endroit où elle se produit, comme l'objet est à la place où il est perçu. Entre l'aflection sentie et l'image perçue il y a celte différence que l'affection est dans notre corps, l'image hors de notre corps. Et c'est pourquoi la surface de notre corps, limite commune de ce corps et des autres corps, nous est donnée à la fois sous forme de sensations et sous forme d'image.

Dans cette intériorité de la sensation affective consiste sa subjectivité, dans cette estériorité des images en général leur objectivité. Mais nous retrouvons ici l'erreur sans cesse reuaissante que noua avons poursuivie à travers tout le cours de notre travail. On veut que sensation et perception existent pour elles-mêmes ; on leur attribue un rôle tout spéculatif ;

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RÉSUMÉ ET COHCLUSION a négligé ces actioaa réellee et virtuelles avec is lont corps et qui serviraient à les diatiogaer, is trouver entre elles qu'une diOéreoce de degrént de ce que la sensation affective n'est que valisée (à cause de la confusion de l'effort qu'elle n la déclare tout de suite inextensive ; et od fait ions diminuées eu sensations inextensives les ec lesquels nous construirions des images dans là on se condamne à n'expliquer ni d'où éléments de conscience ou sensations, qu'on lutant d'absolus, ni comment, inextensives, ces oignent l'espace pour s'y coordonner, ni pouridoptent un ordre plutàt qu'un autre, ai enfin 'en elles réussissent à y constituer une expécommune à tous les hommes. C'est au contraire •ience, théâtre nécessaire de notre activité, qu'il est donc la perception pure, c'est-à-dire l'image, ) donner d'ahord. Et les sensations, hien loin ériaux avec lesquels l'image se fabrique, appa- Dutraire alors comme l'impureté qui s'y mêle, nous projetons de notre corps dans tous les

tant que nous en restons à la sensation et à la re, on peut à peine dire que nous ayons aflaire QB doute nous établissons contre la théorie de i-épiphénomëne qu'aucun état cérébral n'est 'une perception. Sans doute la sélection des larmi les images en général est l'eftet d'un qui annonce déjà l'esprit. Sans doute enSa értel lui-même, défini comme la totalité des

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RËSUUi; ET CONCLUSION images, est une espèce de conscience, une conscieoc se compense et se neutralise, une conscience dont 1 parties éventuelles, s'équilibrant les unes les autre! réactions toujours égales aux actions, s'empêchent quemeut de faire saillie. Mais pour toucher la r l'esprit, il faut se placer au point où une cooscienc duelle, prolongeant et conservant le passé dans ui qui s'en enrichit, se soustrait ainsi à la loi met nécessité, qui veut que le passé se succède sans ce même dans un présent qui le répète simplement i autre forme, et que tout s'écoule toujours. En passi perception pure à la mémoire, nous quittions déSni la matière pour l'esprit.

VI. — La théorie de la mémoire, qui forme le i notre travail, devait être à la fois la conséquence thé la vérificalioD expérimentale de notre théorie de la p( pure. Que les états cérébraux qui accompagnent la p( n'en soient ni la cause ni le duplicat, que la percepti tienne avec son concomitant physiologique le ra| l'action virtuelle à l'action commencée, c'est ce que pouvions étahlir par des faits, puisque tout se pasE notre hypothèse comme si la perception résultait cérébral. Dans la perception pure, en effet, l'objet ] un objet présent, un corps qui modifie le nôtre. L'i est donc actuellement donnée, et dès lors les faits n mettent indifféremment de dire (quittes à nous entei inégalement avec nous-mêmes) que les modiâcatio braies esquissent les réactions naissantes de notre qu'elles créent le duplicat conscient de l'image ] Mais il en est tout autrement pour la mémoire, ca

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venir est la représeatatioD d'un objet absent. Ici les deux hypothèses donaeront des conséquences opposée^. Si, dans le cas d'un objet présent, un état de notre corps suflisait déjà à créer la représentation de l'objet, à plus forte raison cet ~ 1 encore dans le cas du même objet absent. Il lans cette théorie, que le souvenir naisse de la ^nuée du phénomène cérébral qui occasionnait première, et consiste simplement dans une aiblie. D'où cette double thèse : La mémoire mction du cerveau, et il n'y a qu'une différence ■e Ut perception et le soutenir. — Au contraire, rai n'engeudrait aucunement notre perception >ent mais la continuait simplement, il pourra ger et encore faire aboutir le souvenir que lerons, mais non pas le faire naître. Et comme, otre perception de l'objet présent était quelque bjet lui-même, notre représentation de l'objet 1 phénomène de tout autre ordre que la per< u'il n'y a eutre la présence et l'absence aucun milieu. D'où cette double thèse, inverse de la La mémoire est autre chose qu'une fonction du ■'y a pas «ne différence de degré, mais de nature, otion et le souvenir. — L'opposition des deux 1 alors une forme aiguë, et l'expérieDce peut épartager.

iendrons pas ici sur le détail de la vérification is tentée. Rappelons-en simplement les points is les arguments de fait qu'on peut invoquer ne accumulation probable des souvenirs dans corticale se tirent des maladies localisées de

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la mémoire, Mais si les souvenirs étaient réellement déposés daos le cerveau, aux oublis oets correspondraient les lésions du cerveau caractérisées. Or, dans les amnésies où toute une période de notre existence passée, par exemple, est brusquement et radicalement arrachée de la mémoire, on n'observe pas de lésion cérébrale précise ; et au contraire dans les troubles de la mémoire où la localisation cérébrale est nette et certaine, c'est-à-dire dans les aphasies diverseset dans les maladies de la reconnaissance visuelle ou auditive, ce ne sont pas tels ou tels souvenirs déterminés qui sont comme arrachés du lieu où ils siégeraient, c'est la faculté de rappel qui est plus ou moins diminuée dans sa vitaiitéf comme si le sujet avait plus ou moins de peine à amener ses souvenirs au contact de la situation présente. C'est donc le mécanisme de ce contact qu'il faudrait étudier, afin de voir si le rôle du cerveau ne serait pas d'en assurer le fonctionnement, bien plutôt que d'emprisonner les souvenirs euxmêmes dans ses cellules. Nous étions amené ainsi à suivre dans toutes ses évolutions le mouvement progressif par lequel le passé et le présent arrivent au contact l'un de l'autre, c'est-à-dire la reconnaissance. Et nous avons trouvé, en ellet, que la reconnaissance d'un objet présent pouvait se faire de deux manières absolument différentes, mais que, dans aucun des deux cas, le cerveau ne se comportait comme un réservoir d'images. Tantôt, en effet, par une reconnaissance toute passive, plutôt jouée que pensée, le corps fait correspondre à une perception renouvelée une démarche devenue automa* tique : tout s'explique alors par les appareils moteurs que i'babitude a montés dansle corps, et des lésions de la mémoire pourront résulter de la destruction de ces mécanismes.

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Tantôt, au contnire, la rentamaiwance se fait activement, par des images-souvenirs qui se portent au-devant de la per- ■ception présente; mais alors il faut que ces souvenirs, au

' -"e se poser sur la perception, trouvent moyen d'ac-

ns le cerveau les mêmes appareils que la perceptiOQ lairement eu jeu pour agir : sinon, condamnés à l'impuissance, ils n'auront aucune tendance à T. Et c'est pourquoi, dans tous les cas où une lésion a atteint une certaine catégorie de souvenirs, les atteints ne se ressemblent pas, par exemple, en ce de la même époque, ou en ce qu'ils ont une parenté itre eux, mais simplement en ce qu'ils sont tous DU tous visuels, ou tous moteurs. Ce qui parait at donc les diverses régions sensorielles et motrices iouvent encore, les annexes qui permettent de les de l'intérieur même de l'écorce, bien plutôt que les eux-mêmes. Nous sommes allé plus loin, et, par attentive de la reconnaissance des mots ainsi que imënes de l'aphasie sensorielle, nous avons essayé ;ue la reconnaissance ne se faisait pas du tout par [nécanique de souvenirs assoupis dans le cerveau, ^ue, au contraire, une tension plus ou moins haute cience, qui va chercher dans la mémoire pure les purs, pour les matérialiser progressivement au la perception présente.

l'est-ce que cette mémoire pure, et qu6 sont ces purs? En répondant à cette question, nous comdémonstratioQ de notre tliêse. Nous venions d'en premier point, à savoir que la mémoire est autre ne fonction du cerveau. Il nous restait à montrer.

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par l'analyse du < souvenir pur », qu'il o'y a pas entre le souvenir et la perception une simple diUérence de degré, mais une diUérence radicale de nature.

VII. — Signalons tout de suite la portée métaphysique, et non plus simplement psychologique, de ce dernier problème. C'est sans doute une thèse de pure psychologie que celle-ci : le souvenir est une perception aflaiblie. Mais qu'on ne s'y trompe pas : si le souvenir n'est qu'uue perception plus faible, inversement la perception aéra quelque chose comme un souvenir plus intense. Or, le germe de l'idéalisme anglais est là. Cet idéalisme consiste à ne voir qu'une différence de degré, et non pas de nature, entre la réalité de l'objet perçu et l'idéalité de l'objet conçu. Et l'idée que nous construisons la matière avec nos états intérieurs, que la perception n'est qu'une hallucination vraie, vient de là également. C'est cette idée que nous n'avons cessé de combattre quand nous avons traité de la matière. Ou bien donc notre conception de la matière est fausse, ou te souvenir se distingue radicalement de la perception.

Nous avons ainsi transposé un problème métaphysique au point de le faire coïncider avec un problème de psychologie, que l'observation pure et simple peut trancher. Comment le tranche-t-elle 7 Si le souvenir d'une perception n'était que cette perception affaiblie, il nous arriverait, par exemple, de prendre la perception d'un son léger pour le souvenir d'un bruit intense. Or, pareille confusion ne se produit jamais. Mais on peut aller plus loin, et prouver, par l'observation encore, que jamais la conscience d'un souvenir ne commence par être un état actuel plus faible que nous chercherions à rejeter dans le passé après avoir pris conscience de sa fai-

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