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LA PERCEPTION PURE

là ce que nos conclusions peuvent avoir d’exagéré, et de déterminer ainsi avec plus de précision le point de contact entre la conscience et les choses, entre le corps et l'esprit Disons d’abord que si l’on pose la mémoire, c’est-à-dire une | survivance des images passées, ces images se mêleront constamment à notre perception du présent et pourront même sy substituer. Car elles ne se conservent que pour se rendre utiles : à tout instant elles complètent l'expérience présente en Jenrichissant de l’expérience acquise ; et comme celle-ci va sans cesse en grossissant, elle finira par recouvrir et par submerger l’autre. Il est incontestable que le fond d’intuition réelle, et pour ainsi dire instantanée, sur lequel s'épanouit | notre perception du monde extérieur est peu de chose en com- Iparaison de tout ce que’notre mémoire y ajoute. Justement parce que le souvenir d’intuitions antérieures analogues est plus utile que l'intuition même, étant lié dans notre mémoire | à toute la série des événements subséquents et pouvant par là mieux éclairer notre décision, il déplace l'intuition réelle, dont le rôle n’est plus alors, — nous le prouverons plus loin,

— que d'appeler le souvenir, de lui donner un corps, de le ‘rendre actif et par là actuel. Nous avions donc raison de dire que la coïncidence de la perception avec l’objet perçu existe en droit plutôt qu’en fait. Il faut tenir compte de Ce que percevoir finit par n’être plus qu’une occasion de se souvenir, de

ce que nous mesurons pratiquement le degré de réalité au

| ‘degré d'utilité, de ce que nous avons tout intérêt enfin à ériger en simples signes du réel ces intuitions immédiates qui coïncident, au fond, avec la réalité même. Mais nous découvrons ici l'erreur de ceux qui voient dans la perception une projection extérieure de sensations inextensives, tirées de

notre propre fond, puis développées dans l’espace. Ils n'ont pas de peine à montrer que notre perception complète est grosse d'images qui nous appartiennent personnellement, d'images extériorisées (c’est-à-dire, en somme, remémorées)| ils oublient seulement qu’un fond impersonnel demeure, où la perception coïncide avec l’objet perçu, et que ce fond est l’extériorité même. à

L'erreur capitale, l’erreur qui, remontant de la psychologie à la métaphysique, finit par nous masquer la connaissance du corps aussi bien que celle de l'esprit, est celle qui consiste“ ne voir qu’une différence d'intensité, au lieu d’une différence de nature, entre la perception pure et le souvenir. Nos perceptions sont sans doute imprégnées de souvenirs, et inversement un souvenir, comme nous le montrerons plus loin, ne redevient présent qu’en empruntant le corps de quelque perception où il s’insère. Ces deux actes, perception et sou: venir, se pénètrent donc toujours, échangent toujours quelque chose de leurs substances par un phénomène d’endosmose. Le rôle du psychologue serait de les dissocier, de rendre à chacun d’eux sa pureté naturelle : ainsi s’éclairciraient bon nombre des difficultés que soulève la psychologie, et peut-être aussi la métaphysique. Mais point du tout. On veut que ces étais mixtes, tous composés, à doses inégales, de perception pure et de souvenir pur, soient des états simples. Par là on se con damne à ignorer aussi bien le souvenir pur que la perception pure, à ne plus connaître qu’un seul genre de phénomène, qu’on appellera tantôt souvenir.et tantôt perception selon que prédominera en lui l’un ou l’autre de ces deux aspects, ét par conséquent à ne trouver entre la perception et le souvenir qu'une différence de degré, et non plus de nature. Cette erreur

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