DE LA RECONNAISSANCE DES IMAGES LA MÉMOIRE ET LE CERVEAU
… Enonçons tout de suite les conséquences qui découleraient
demos principes pour la théorie de la mémoire. Nous disions que le corps, interposé entre les: objets qui agissent sur lui et ceux qu’il influence, n’est qu’un conducteur, chargé de
recueillir les mouvements, et de les transmettre, quand il ne
les arrête pas, à certains mécanismes moteurs, déterminés si
::J’action est réflexe, choisis si l’action est volontaire. Tout doit
donc:se passer comme si une mémoire indépendante ramas-
| sait des images le long du temps au fur et à mesure qu'elles se
produisent, et comme si notre corps, avec ce qui l’environne,
n'était jamais qu’une certaine d’entre ces images, la dernière,
celle que nous obtenons à tout moment en pratiquant une
coupe instantanée dans le devenir en général. Dans cette
| coupe, notre corps occupe le centre. Les choses qui l’envi-
ronnent agissent sur lui et il réagit sur elles. Ses réactions | sont plus ou moins complexes, plus ou moins variées, selon Jenombre et la nature des appareils que l’expérience a mon-
tés à l'intérieur de sa substance. C'est donc sous forme de dispositifs moteurs, et de dispositifs moteurs seulement, qu'il
Te
peut emmagasiner l’action du passé. D'où résulterait que les images passées proprement dites se conservent autrement, et que nous devons, par conséquent, formuler cette premiè® hypothèse : |
I. Le passé se survit sous deux formes distinctes : 1° dans al mécanismes moteurs ; 2° dans des souvenirs indépendants.
Mais alors, l'opération pratique et par conséquent ordinairé de la mémoire, l’utilisation de l’expérience passée pour lacs tion présente, la reconnaissance ‘enfin, doit s’accomplir de deux manières. Tantôt elle se fera dans l’action même, et par la mise en jeu tout automatique du mécanisme approprié aux circonstances ; tantôt elle impliquera un travail de l'esprit, qui ira chercher dans le passé, pour les diriger sur le présent : les représentations les plus capables de s’insérer dans la situation actuelle. D'où notre seconde proposition :
IL. La reconnaissance d’un objet présent se fait par des mouvements quand elle procède de l'objet, par des représentations. quand elle émane du sujet.
Il est vrai qu'une dernière question se pose, celle de s savoir. comment se conservent ces représentations et quels rapports” elles entretiennent avec les mécanismes moteurs. Cette ques tion ne sera approfondie que dans notre prochain chapitre, quand nous aurons traité de l’inconscient et montré en quoi | consiste, au fond, la distinction du passé et du présent. Mais, dès maintenant nous pouvons parler du corps comme d’une. limite mouvante entre l'avenir et le passé, comme d’une. pointe mobile que notre passé pousserait incessamment dans notre avenir. Tandis que mon corps, envisagé dans un instant unique, n'est qu'un conducteur interposé entre les objets qui | l'influencent et les objets sur lesquels il agit, en revanche,
replacé dans le temps qui s'écoule, il est toujours situé au point précis où mon passé vient expirer dans une action. Et, par conséquent, ces images particulières que j'appelle des mécanismes cérébraux ferminent à tout moment la série de mes représentations passées, étant le dernier prolongement que ces représentations envoient dans le présent, leur point d'attache avec le réel, c’est-à-dire avec l’action. Coupez cette attache, l’image passée n’est peut-être pas détruite, mais vous lui enlevez tout moyen d'agir sur le réel, et par conséquent, comme nous le montrerons, de se réaliser. C’est en ce sens, ‘et en ce sens seulement, qu'une lésion du cerveau pourra abolir quelque chose de la mémoire. De là notre troisième et dernière proposition :
” III. On passe, par degrés insensibles, des souvenirs disposés le long du temps aux mouvements qui en dessinent l'action naissante où possible dans l’espace. Les lésions du cerveau peu
vent atteindre ces mouvements, mais NON PAS Ces SOUvENITS. | Reste à savoir si l'expérience vérifie ces trois propositions.
» L. Les deux formes de la mémoire. — J'étudie une leçon, et pour P PRDISEure par cœur je la lis d’abord en scandant chaque yers; je la répète ensuite un certain nombre de fois. À chaque lecture nouvelle un progrès s’accomplit ; les mots se lient de mieux en mieux ; ils finissent par s'organiser ensemble. À ce moment précis je sais ma leçon par cœur ; on dit quelle est devenue souvenir, qu’elle s’est imprimée dans ma mémoire. Je cherche maintenant comment la leçon a été apprise, et je me représente les phases par lesquelles j'ai passé tour à tour. Chacune des lectures successives me revient alors à l’es- ‘Prit avec son individualité propre ; je la revois avec les cir-
constances qui l’accompagnaient et qui l'encadrent encore ;
elle se distingue de celles qui précèdent et de celles qui sui-
vent par la place même qu'elle a occupée dans le temps; bref,
chacune de ces lectures repasse devant moi comme un événe-
ment déterminé de mon histoire. On dira encore que ces images sont des souvenirs, qu'elles se sont imprimées dans ma mémoire. On emploie les mêmes mots dans les deux cas. S'agit-il bien de la même chose ?
Le souvenir de la leçon, en tant qu’apprise par cœur, a (ous
les caractères d’une habitude. Comme l’habitude, il:s’acquiert par la répétition d’un même effort. Comme l'habitude, il as
exigé la décomposition d’abord, puis la recomposition de/l'ac-
tion totale. Comme tout exercice habituel du corps, enfin, il" s'est emmagasiné dans un mécanisme qu'ébranle tout entier, une impulsion initiale, dans un système clos de mouvements automatiques, qui se succèdent dans le même ordre et occu
pent le même temps.
Au contraire, le souvenir de telle lecture particulière, la
seconde ou la troisième par exemple, n'a aucun des caractères de l’habitude. L'image s’en est nécessairement imprimée du
premier coup dans la mémoire, puisque les autres lectures”
constituent, par définition même, des souvenirs différents.
C'est comme un événement de ma vie; il a pour essence de. porter une date, et de ne pouvoir par conséquent: se répéter.
out ce que les lectures ultérieures y ajouteraient ne ferait qu'en altérer la nature originelle ; et:si mon effort pour évoquer cette image devient de plus en plus facile à mesure. que
je le répète plus souvent, l’image même, envisagée en soi, |
était nécessairement d’abord ce qu'elle sera toujours.
Dira-t-on que ces deux souvenirs, celui de la lecture et celui -
| de la leçon, diffèrent seulement du plus au moins, que les
images successivement développées par chaque lecture se
recouvrent entre elles, et que la leçon une fois apprise n’est
que l’image composite résultant de la superposition de toutes
Mes autres ? Il est incontestable que chacune des lectures suc-
| . ° r Ù | Cessives diffère surtout de la précédente en ce que la leçon y
est mieux sue, Mais il est certain aussi que chacune d'elles,‘
“envisagée comme une lecture toujours renouvelée et non
“comme une leçon de mieux en mieux apprise, se suffit abso-
lument à elle-même, subsiste telle qu’elle s’est produite, et
“constitue avec toutes les perceptions concomitantes un moment irréductible de mon histoire. On peut mème aller plus loin, et dire que la conscience nous révèle entre ces deux senres de souvenir une différence profonde, une différence
ude nature. Le souvenir de telle lecture déterminée est une “représentation, et une représentation seulement ; il tient dans “une intuition de l'esprit que je puis, à mon gré, allonger ou
raccourcir ; je lui assigne une durée arbitraire ; rien ne m’em-
- pêche de l’embrasser tout d’un coup, comme dans un tableau.
Au contraire, le souvenir de la leçon apprise, même quand je me borne à répéter cette leçon intérieurement, exige un temps bien déterminé, le même qu’il faut pour développer un à un,
“ne fût-ce qu’en imagination, tous les mouvements d'articu-
lation nécessaires : ce n’est donc plus une représentation,
est une action. Et, de fait, la leçon une fois apprise ne porte
aucune marque sur elle qui trahisse ses origines et la classe dans le passé ; elle fait partie de mon présent au même titre ‘que mon habitude de marcher ou d'écrire; elle est vécue, elle est « agie », plutôt qu’elle n’est représentée ; — je pourrais la: croire innée, s’il ne me plaisait d'évoquer en même temps,
comme autant de représentations, les lectures successives qui m'ont servi à l’apprendre. Ces représentations en sont donc indépendantes, et comme elles ont précédé la leçon sue et récitée, la leçon une fois sue por aussi se M | d'elles. | En poussant jusqu’au bout cette distinction fondamentale, on pourrait se représenter deux mémoires théoriquement indépendantes. La première enregistrerait, sous forme d'images-souvenirs, tous les événements de notre vie quoti: dienne à mesure qu'ils se déroulent ; elle ne négligerait aucun détail ; elle laisserait à chaque fait, à chaque geste, sa place | et sa date. Sans arrière-pensée d’ "utilité ou d'application pra
tique, elle emmagasinerait le passé par le seul effet d’une nécessité naturelle. Par elle deviendrait possible la re connais: |
sance intelligente, ou plutôt intellectuelle, d’une perception déjà éprouvée ; en elle nous nous réfugierions toutes les fois | que nous remontons, pour y chercher une certaine image, la pente de notre vie passée. Mais toute perception se prolonge. en action naissante; et à mesure que les images, une fois | perçues, se fixent et s’alignent dans cette mémoire, les mou» vements qui les continuaient modifient l'organisme, créent, dans le corps des dispositions nouvelles à agir. Ainsi se forme | une expérience d’un tout autre ordre et qui se dépose dans le corps, une série de mécanismes tout montés, avec des réac | tions de plus en plus nombreuses et variées aux excitations" extérieures, avec des répliques toutes prêtes à un nombre sans cesse croissant d'interpellations possibles, Nous prenons” conscience de ces mécanismes au moment où ils entrent en. jeu, et cette conscience de tout un passé d'efforts eminagasiné” dans le présent est bien encore une mémoire, mais une
mémoire profondément différente de la première, toujours tendue vers l’action, assise dans le présent et ne regardant
que l'avenir. Elle n’a retenu du passé que les mouvements
“intelligemment coordonnés qui en représentent l'effort accu-
mulé; elle retrouve ces efforts passés, non pas dans des
‘images-souvenirs qui les rappellent, mais dans l’ordre rigou-
treux et le caractère systématique avec lesquels les mouve-
ments actuels s’accomplissent. A vrai dire, elle ne nous repré-
| sente plus notre passé, elle le joue ; et si elle mérite encore le
nom de mémoire, ce n’est plus parce qu’elle conserve des
| images anciennes, mais parce qu'elle en prolonge l'effet utile
jusqu’ au moment présent.
De ces deux mémoires, dont l’une imagine et dont latte
| répète, la seconde peut suppléer la première et souvent même en donner l'illusion. Quand le chien accueille son maître par des aboiements joyeux et des caresses, il le reconnaît, sans aucun doute ; mais cette reconnaissance implique:t-elle l’évo-
cation d’une image passée et le rapprochement de cette image ‘avec la perception présente ? Ne consiste-t-elle pas plutôt dans la conscience que prend l’animal d’une certaine attitude spé-
ciale adoptée par son corps, attitude que ses rapports fami-
Hiers avec son maître lui ont composée peu à peu, et que la seule perception du maître provoque maintenant chez lui mécaniquement ? N’allons pas trop loin! chez l'animal lui- | même, de vagues images du passé débordent peut-être la perlception présente; on concevrait même que son passé tout
Mtiér fût virtuellement dessiné dans sa conscience ; mais ce’
passé ne l’intéresse pas assez pour le détacher du présent qui
le fascine, et sa reconnaissance doit être plutôt vécue que pensée. Pour évoquer le passé sous forme d'image, il faut
pouvoir s’abstraire de l’action présente, il faut savoir attacher du prix à l'inutile, il faut vouloir rêver. L'homme seul est) peut-être capable d’un effort de ce genre. Encore le passé où. nous remontons ainsi est-il glissant, toujours sur le point'de nous échapper, comme si cette mémoire régressive était con: trariée par l’autre mémoire, plus naturelle, dont le mouvé ment en avant nous porte à agir et à vivre: | ; À
Quand les psychologues parlent du souvenir comme d'un pli contracté, comme d’une impression qui se grave de plus en plus profondément en se répétant, ils oublient que Vimmense majorité de nos souvenirs portent sur les événements et détails de notre vie, dont l’essence est d’avoir une dateret par conséquent de ne se reproduire jamais. Les souvenirs qu'on acquiert volontairement par répétition sont rares, exceptionnels. Au contraire, l’enregistrement, par la mémoire, | de faits et d'images uniques en leur genre se poursuit à tous les moments de la durée. Mais comme les souvenirs appris | sont les plus utiles, on les remarque davantage. Et comme | l'acquisition de ces souvenirs par la répétition du même | effort ressemble au processus déjà connu de l'habitude, on aime mieux pousser ce genre de souvenir au premier plan, | l'ériger en souvenir modèle, et ne plus voir dans le souvenir | spontané que ce même phénomène à l’état naissant, le commencement d’une leçon apprise par cœur. Mais comment ne pas reconnaître que la différence est radicale entre ce qui doit se constituer par la répétition et ce qui, par essence, ne peut se répêter? Le souvenir spontané’ est tout de suite parfait; le temps ne pourra rien ajouter à son image sans la dénaturer: il conservera pour la mémoire sa place et sa date. Au con traire, le souvenir appris sortira du temps à mesure que la
leçon sera mieux sue; il deviendra de plus en plus impersonnel, de plus en plus étranger à notre vie passée. La répétition n’a donc nullement pour effet de convertir le premier
“dans le second; son rôle est simplement d'utiliser de plus en
- plus les mouvements par lesquels le premier se continue, pour les organiser entre eux, et, en montant un mécanisme, créer une habitude du corps. Cette habitude n’est d’ailleurs souvenir que parce que je me souviens de l’avoir acquise; et | je ne me souviens de l’avoir acquise que parce que je fais appel à la mémoire spontanée, celle qui date les événements et ne les enregistre qu’une fois. Des deux mémoires que nous … venons de distinguer, la première paraît donc bien être la . mémoire par excellence. La seconde, celle que les psychologues étudient d'ordinaire, est l’habitude éclairée par la mémoire plutôt que la mémoire même. |
Il est vrai que l’exemple d’une lecon apprise par cœur est assez artificiel. Toutefois notre existence s'écoule au milieu d'objets en nombre restreint, qui repassent plus ou moins - souvent devant nous : chacun d’eux, en même temps qu’il est - perçu, provoque de notre part des mouvements au moins paissants par lesquels nous nous y adaptons. Ces mouvements, en se répétant, se créent un mécanisme, passent à l'état d'habitude, et déterminent chez nous des attitudes qui suivent automatiquement notre perception des choses. Notre système nerveux ne serait guère destiné, disions-nous, à un
autre usage. Les nerfs afférents apportent au cerveau une
excitation qui, après avoir choisi intelligemment sa voie, se transmet à des mécanismes moteurs créés par la répétition. “Ainsi se produit la réaction appropriée, l'équilibre avec le milieu, l’adaptation, en un mot, qui est la fin générale de la
BEerGson. Matière et mémoire. 6
vie. Et un être vivant qui se contenterait de vivre n'aurait.
pas besoin d'autre chose. Mais en même temps que se pour-«
suit ce processus de perception et d'adaptation qui aboutit 4.
l'enregistrement du passé sous forme d’habitudes motrices, la
conscience, comme nous verrons, retient l’image des situa-
tions par lesquelles elle a passé tour à tour, et les aligne dans |
l'ordre où elles se sont succédé. A quoi serviront ces images-
souvenirs ? En se conservant dans la mémoire, en se repro-… |
duisant dans la conscience, ne vont-elles pas dénaturer le | caractère pratique de la vie, mêlant le rêve à la réalité ? [l en
serait ainsi, sans doute, si notre conscience actuelle, cons-«
cience qui reflète justement l’exacte adaptation de notre système nerveux à la situation présente, n'écartait toutes celles des images passées qui ne peuvent se coordonner à la percep-
tion actuelle et former avec elle un ensemble utile. Tout au *
plus certains souvenirs confus, sans rapport à la situation présente, débordent-ils les images utilement associées, dessinant autour d'elles une frange moins éclairée qui va se perdre
dans une immense zone obscure. Mais vienne un accident qui M
dérange l'équilibre maintenu par le cerveau entre l’excitation extérieure et la réaction motrice, relâchez pour un instant la tension des fils qui vont de la périphérie à la périphérie en passant par le centre, aussitôt les images obscurcies
voni se pousser en pleine lumière : c’est cette dernière condi-
tion qui se réalise sans doute dans le sommeil où l’on rêve. Des deux mémoires que nous avons distinguées, la seconde, qui est active ou motrice, devra donc inhiber constamment la première, ou du moins n’accepter d’elle que ce qui peut éclairer et compléter utilement la situation présente : ainsi se déduisent les lois de l'association des idées. — Mais
indépendamment des services qu’elles peuvent rendre par leur association à une perception présente, les images emmagasinées par la mémoire spontanée ont encore un autre usage. Sans doute ce sont des images de rêve; sans doute elles paraissent et disparaissent d'ordinaire indépendamment de otre volonté; et c’est justement pourquoi nous sommes sbligés, pour savoir réellement une chose, pour la tenir à notre disposition, de l’apprendre par cœur, c’est-à-dire de substituer à l'image spontanée un mécanisme moteur capable de la suppléer. Mais il y a un certain effort sui generis qui nous permet de retenir l’image elle-même, pour un temps limité, sous le regard de notre conscience; et grâce à cette faculté, nous n'avons pas besoin d’attendre du hasard la répétition accidentelle des mêmes situations pour organiser en habitude les mouvements concomitants; nous nous servons de l’image fugitive pour construire un mécanisme stable qui là remplace. — Ou bien donc enfin notre distinction de deux mémoires indépendantes n’est pas fondée, ou, si elle répond aux faits, nous devrons constater une exaitation de la mémoire spontanée dans la plupart des cas où l'équilibre sensorimoteur du système nerveux sera troublé, une inhibition au contraire, dans l’état normal, de tous les souvenirs spontadés qui ne peuvent consolider utilement l'équilibre présent, enfin, dans l'opération par laquelle on contracte le souvenirhabitude, l'intervention latente du souvenir-image. Les faits confirment-ils l'hypothèse ?
Nous n’insisterons, pour le moment, ni sur le premier point ni sur le second : nous espérons les dégager en pleine lumière quand nous étudierons les perturbations de la mémoire et les lois de l’associetion des idées. Bornons-nous à
Ve
montrer, en ce qui concerne les choses apprises, comment les deux mémoires vont ici côte à côte et se prêtent un mutuel | appui. Que les leçons inculquées à la mémoire motrice se répètent automatiquement, c'ést ce que montre l'expérience journalière ; mais l'observation des cas pathologiques établit
. que l’automatisme s’étend ici beaucoup plus loin que nous
ne pensons. On a vu des déments faire des réponses intelligentes à une suite de questions qu’ils ne comprenaient pas” | le langage fonctionnait chez eux à la manière d'un réflexe !. Des aphasiques, incapables de prononcer spontanément un mot, se remémorent sans erreur les paroles d’une mélodie quand ils la chantent*. Ou bien encore ils réciteront cou: ramment une prière, la série des nombres, celle des jours de, la semaine et des mois de l’année *. Ainsi des mécanismes d’une complication extrême, assez subtils pour imiter l’intelligence, peuvent fonctionner d'eux-mêmes une fois construits, et par conséquent obéir d'ordinaire à la seule impulsion initiale de la volonté. Mais que se passe-t-il pendant que nous les construisons ? Quand nous nous exerçons à apprendre une leçon, par exemple, l’image visuelle ou audi: tive que nous cherchons à recomposer par des mouvements ne serait-elle pas déjà dans notre esprit, invisible et présente? Dès la première récitation, nous reconnaissons à un vague sentiment de malaise telle erreur que nous venons de commettre, comme si nous recevions des obscures profons
4. Robertson, Reflex Speech (Journal of mental Science, avril 1888). Of. | l'article de Ch. Féré, Le langage réflexe (Revue Philosophique, janvier 1896); '
2. Oppenheim, Ueber das Verhalten der musikalischen Ausdrucksbeweg | ungen bei Aphatischen (Charité Annalen, XIII, 1888, p. 348 et sui.)