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deurs de la conscience une espèce d'avertissement‘. Concentrez-vous alors Sur ce que vous éprouvez, vous sentirez que limage complète est là, mais fugitive, véritable fantôme qui s'évanouit au moment précis où votre activité motrice voudrait en fixer la silhouette. Au cours d’expériences récentes, “entreprises d’ailleurs dans un tout autre but?, les sujets déclaraient précisément éprouver une impression de ce genre. On faisait apparaître à leurs yeux, pendant quelques secondes, une série de lettres qu’on leur demandait de retenir. Mais, “ pour les empêcher de souligner les lettres aperçues par des mouvements d'articulation appropriés, on exigeait qu'ils “répétassent constamment une certaine syllabe pendant qu'ils regardaient l’image. De là résultait un état psychologique spécial, où les sujets se sentaient en possession complète de l'image visuelle « sans pouvoir cependant en reproduire la . moindre partie au moment voulu : à leur grande surprise, la “ligne disparaissait. Au dire de l’un d’eux, il y avait à la base -du phénomène une représentation d'ensemble, une sorte d'idée complexe embrassant le tout, et où les parties avaient une unité inexprimablement sentie * ».
Ce souvenir spontané, qui se cache sans doute derrière le “souvenir acquis, peut se révéler par des éclairs brusques : “mais il se dérobe, au moindre mouvement de la mémoire volontaire. Si le sujet voit disparaître la série de lettres dont - il croyait avoir retenu l’image, c’est surtout pendant qu'il
1. Voir, au sujet de ce sentiment d'erreur, l’article de Müller et Schumann, Experimentelle Beitrüge zur Untersuchung des Gedüchtnisses (Zeitschr. f. Psych. u. Phys. der Sinnesorgane, déc. 1893, p. 305).
ÿ. W. G. Smith, The relation of allention to memory (Mind, janvier 1895).
… 3. « According to one observer, the basis was a Gesammivorstellung, « a sort of all embracing complex idea in which the parts have an inde- = finiteiv teit unity » (Smith, article cilé, p. 75).
commence à les répéter : < cet eflort semble pousser le reste de l’image hors de la conscience ‘ ». Analysez maintenant les procédés imaginatifs de la mnémotechnie, vous trouverez que cette science a précisément pour objet d'amener au premier plan le souvenir spontané qui se dissimule, et de le mettre, comme un souvenir actif, à notre libre disposition : pour cela on réprime d’abord toute velléité de la mémoire agissante ou. motrice. La faculté de photographie mentale, dit un auteur appartient plutôt à la subconscience qu’à la conscience; elle obéit difficilement à l'appel de la volonté. Pour l'exercer, on devra s’habituer à retenir, par exemple, plusieurs groupe-. ments de points tout d'un coup, sans même penser à les compter ? : il faut, en quelque sorte, imiter l’instantanéité de” cette mémoire pour arriver à la discipliner. Encore reste-t-elle capricieuse dans ses manifestations, et comme les souvenirs qu’elle apporte ont quelque chose du rêve, il est rare que son intrusion plus régulière dans la vie de l'esprit ne dérange pas profondément l'équilibre intellectuel. DE Ce qu’est cette mémoire, d’où elle dérive et comment elle procède, notre prochain chapitre le montrera. Une conception
1. Ne serait-ce pas quelque chose du même genre qui se passe dans. cette affection que les auteurs allemands ont appelée dyslexie ? Le malade lit correctement les premiers mots d'une phrase, puis s'arrête brusquement, incapable de continuer, comme si les mouvements d'articulation avaient inhibé les souvenirs. Voir, au sujet de la dyslexie : Berlin, Eine besondere Art der Wortblindheil (Dyslexie), Wiesbaden, 1887, et Sommer, Die Dys … lexie als functionnelle Stôürung (Arch. f. Psychiatrie, 1893). Nous rappro- : cherions encore de ces phénomènes les cas si singuliers de surdité verbale où le malade comprend la parole d'autrui, mais ne comprend plus la sienne." (Voir les exemples cités par Bateman, On Aphasia, p. 200 ; par Bernard, De l’Aphasie, Paris, 1889, p. 143 et 144; et par Broadbent, À case of peculiar affection of speech, Brain, 1878-9, p. 484 et suiv.) r.
2. Mortimer Granville, Ways of remembering (Lancet, 21 sept. 1879, p. 458).