‹ Matière et mémoireChapitre 37 sur 77 · Grundriss der Psychologie, Leipsig, 1893, p · texte numérisé non relu

Grundriss der Psychologie, Leipsig, 1893, p

3. Zur Physiologie und Pathologie des Lesens (Zeitschr. f. klinische Medi cin, 1893). Cf. Mc. Keen Cattell, Ueber die Zeit der Erkennung von Scies zeichen (Philos. Studien, 1885-86).

4. Ueber Aphasie und ihre Beziehungen zur Wahrnehmung (Arch. 4 Psychiatrie, 1885, t. mn

q Dr eo .

LÉ is à 1 ñ

sensations, les sensations faisant surgir devant elles des idées, chaque idée ébranlant de proche en proche des points plus reculés de la masse intellectuelle. Il y aurait donc là une marche en ligne droite, par laquelle l’esprit s’éloignerait de plus en plus de l’objet pour n’y plus revenir. Nous préten: dons au contraire que la perception réfléchie est un circuit, où tous les éléments, y compris l’objet perçu lui-même, se “iennent en état de tension mutuelle comme dans un circuit électrique, de sorte qu'aucun ébranlement parti de l’objet ne ‘peut s'arrêter en route dans les profondeurs de l’esprit : il doit toujours faire retour à l'objet lui-même. Qu'on ne voie pas ici une simple question de mots. Il s’agit de deux conceptions radicalement différentes du travail intellectuel. D’après a première, les choses se passent mécaniquement, et par une série tout accidentelle d’additions successives. À chaque moment d’une perception attentive, par exemple, des élé- “ments nouveaux, émanant d’une région plus profonde de l'esprit, pourraient se joindre aux éléments anciens sans créer une perturbation générale, sans exiger une transformation du système. Dans la seconde, au contraire, un acte d'attention implique une telle solidarité entre l'esprit et son objet, c’est un circuit si bien fermé, qu’on ne saurait passer à des états de concentration supérieure sans créer de toutes pièces autant de circuits nouveaux qui enveloppent le prenier, et qui n’ont de commun entre eux que l'objet aperçu. De ces différents cercles de la mémoire, que nous étudierons en détail plus tard, le plus étroit A est le plus voisin dela perception immédiate. Il ne contient que l’objet O lui-même avec l’image consécutive qui revient le couvrir. Derrière lui les cercles B, C, D, de plus en plus larges, répondent à des

efforts croissants d'expansion intellectuelle. C’est le .out de la mémoire, comme nous verrons, qui entre dans chacun de ces circuits, puisque la mémoire est toujours présente ; mais cette mémoire, que son élasticité permet de dilater indéfiniment, réfléchit sur l'objet un nombre croissant de choses suggérées, — tantôt les détails de l’objet lui-même, tantôt des

Dr es concomitants pouvant contribuer à l’éclaircir. Ainsi, après avoir reconstitué l’objet aperçu, à la manière d’un tout indépendant,

5 nous reconstituons avec lui les

conditions de plus en plus loin-

/ RCA FA \r \ taines avec lesquelles il forme un | fe système. Appelons B', C', D' ces (20 À causes de profondeur croissante,

situées derrière l’objet, et virtuel:

| 4 Ja ’ 4 lement données avec l’objet lui À Mn pot ’ même. On voit que le progrès de.

M &e A l'attention a pour effet de créer à (NE Ep nouveau, non seulement l’objet.

Fig. 1.

aperçu, mais les systèmes de plus“ en plus vastes ALU il peut se rattacher; de sorte qu'à“ mesure que les cercles B, C, D représentent une plus haute expansion de la mémoire, leur réflexion atteint en B', C!, D des couches plus profondes de la réalité. |

La même vie psychologique serait donc répétée un nombre indéfini de fois, aux étages successifs de la mémoire, et le même acte de l'esprit pourrait se jouer à bien des hauteurs différentes. Dans l'effort d'attention, l'esprit se donne toujours tout entier, mais se simplifie ou se complique selon le niveau

Là à ET D ,

qu'il choisit pour accomplir ses évolutions. C’est ordinairement la perception présente qui détermine l'orientation de notre “esprit; mais selon le degré de tension que notre esprit adopte, selon la hauteur où il se place, cette perception développe en nous un plus ou moins grand nombre de souvenirs-images. En d’autres termes enfin, les souvenirs personnels, exactement localisés, et dont la série dessinerait le cours de notre existence passée, constituent, réunis, la dernière et la plus large enveloppe de notre mémoire. Essentiellement fugitifs, ils ne se matérialisent que par hasard, soit qu’une détermination accidentellement précise de notre attitude corporelle «les attire, soit que l’indétermination même de cette attitude laisse le champ libre au caprice de leur manifestation. Mais cette enveloppe extrême se resserre et se répète en cercles intérieurs et concentriques, qui, plus étroits, supportent les “mêmes souvenirs diminués, de plus en plus éloignés de leur forme personnelle et originale, de plus en plus capables, dans eur banalité, de s’appliquer sur la perception présente et de la déterminer à la manière d’une espèce englobant l'individu. Un moment arrive où le souvenir ainsi réduit s’enchâsse si bien dans la perception présente qu'on ne saurait dire où la perception finit, où le souvenir commence. À ce moment précis, la mémoire, au lieu de faire paraître et disparaître capricieusement ses représentations, se règle sur le détail des mouvements corporels.

Mais à mesure que ces souvenirs se rapprochent davantage du mouvement et par là de la perception extérieure, l'opération de la mémoire acquiert une plus haute importance pratique. Les images passées, reproduites telles quelles avee tous leurs détails et jusqu’à leur coloration affective, sont les

images dé la rêverie ou du rêve: ce que nous appelons agir, c’est précisément obtenir que cette mémoire se contracte où plutôt s’affile de plus en plus, jusqu’à ne présenter que le” wanchant de sa lame à l'expérience où elle pénétrera: Au fond, c’est pour n’avoir pas démêlé ici l’élément moteur dé la mémoire qu'on a tantôt méconnu, tantôt exagéré ce qu'il | y a d'’automatique dans l'évocation des souvenirs. À notre sens, un appel est lancé à notre activité au moment précis. | où notre perception s'est décomposée automatiquement en

mouvements d'imitation : une esquisse nous est alors four

nie, dont nous recréons le détail et la couleur en y projetant des souvenirs plus ou moins lointains. Mais ce n'est point

ainsi qu’on envisage ordinairement les choses. Tantôt on con îère à l'esprit une autonomie absolue ; on lui prête le pouvoir, de travailler sur les objets présents ou absents comme il lui plaît ; et l’on ne comprend plus alors les troubles profonds de | l'attention et de la mémoire qui peuvent suivre la moindre. perturbation de l'équilibre sensori-moteur. Tantôt, au con. traire, on fait des processus imaginatifs autant d'eftets méca-. | niques de là perception présente; on veut que, par un progrès

nécessaire et uniforme, l’objet fasse surgir des sensations, et

les sensations des idées qui s’y accrochent : alors, comme de »’y a pas de raison pour que le phénomène, mécanique au début, change de nature en route, on aboutit à l'hypothèse | d’un cerveau où pourraient se déposer, sommeiller et se réveiller des états intellectuels. Dans un cas comme dans” l’autre, on méconnaît la fonction véritable du corps, Cu comme on n’a pas vu en quoi l intervention d'un mécanisme | est nécessaire, on ne sait pas davantage, quand une fois on »l | a fait appel, où l'on doit l'arrêter. Pr TS

. Mais le moment est venu de sortir de ces généralités. Nous ‘devons chercher si notre hypothèse est vérifiée ou infirmée par les faits connus de localisation cérébrale. Les troubles de la mémoire imaginative qui correspondent à des lésions “localisées de l'écorce sont toujours des maladies de la reconhaissance, soit de la reconnaissance visuelle ou auditive “en général (cécité et surdité psychiques), soit de la recon- “naissance des mots (cécité verbale, surdité verbale, etc.) “els sont donc les troubles que nous devons examiner.

. Mais si notre hypothèse est fondée, ces lésions. de la reconnaissance ne viendront pas du tout de ce que les souvenirs “occupaient la région lésée. Elles devront tenir à deux causes : tantôt à ceque notre corps ne peut plus prendre automati- ‘quement, en présence de l’excitation venue du dehors, l’atti- tude précise par l'intermédiaire de laquelle s’opérerait une sélection entre nos Souvenirs, tantôt à ce que les souvenirs ne trouvent plus dans le corps un point d'application, un moyen de se prolonger en action. Dans le premier cas, la lésion portera sur les mécanismes qui continuent l’ébranlement recueilli en mouvement automatiquement exécuté : l’atten- ; tion ne pourra plus être fixée par l’objet. Dans le second, la lésion intéressera ces centres particuliers de l'écorce qui préparent les mouvements volontaires en leur fournissant x Vantécédent sensoriel nécessaire, et qu’on appelle, à tort ou à raison, des centres imaginatifs : l’attention ne pourra plus être fixée par le sujet. Mais, dans un cas comme dans l’autre, ce sont des mouvements actuels qui seront lésés ou des mouvements à venir qui cesseront d’être préparés: il n’y aura pas

eu destruction de souvenirs.

Or, la pathologie confirme cette prévision. Elle nous révèle

l'existence de deux espèces absolument distinctes de cécité e& de surdité psychiques, de cécité et de surdité verbales. Dans la première, les souvenirs visuels ou auditifs sont encore

évoqués, mais ne peuvent plus s'appliquer sur les perceptions correspondantes. Dans la seconde, l’évocation dés souvenirs

est elle-même empêchée. La lésion porte-t-elle bien, comme nous le disions, sur les mécanismes. sensori-moteurs de

l'attention automatique dans le premier cas, sur les méca-

nismes imaginatifs de l'attention volontaire dans l'autre? Pour vérifier notre hypothèse, nous devons nous limiter à ut exemple précis. Certes, nous pourrions montrer que la recon-

naissance visuelle des choses en général, des mots en parti-

culier, implique un processus moteur semi-automatique d'abord, puis une projection active de souvenirs qui s’insè-

rent dans les attitudes correspondantes. Mais nous aimons

mieux nous attacher aux impressions de l’ouie, et plus spé-

cialement à l'audition du langage articulé, parce que cet exemple est le plus compréhensif de tous. Entendre la parole, en effet, c’est d’abord en reconnaître le son, c’est ensuite en

retrouver le sens, c’est enfin en pousser plus ou moins loin

l'interprétation : bref, c'est passer par tous les degrés de

l'attention et exercer plusieurs puissances successives de 14

mémoire. De plus, il n’y a pas de troubles plus fréquents ni mieux étudiés que ceux de la mémoire auditive des mots Enfin l'abolition des images verbales acoustiques ne va pas

sans la lésion grave de certaines circonvolutions déterminées. de l’écorce : un exemple incontesté de localisation va donc. nous être fourni, sur lequel nous pourrons nous demander si le cerveau est réellement capable d'emmagasiner des souveairs. Nous devons donc montrer dans la reconnaissance audi-

tive des mots : 1° un processus automatique sensori-moteur; % une projection active et pour ainsi dire excentrique de souvenirs-images.

4 J'écoute deux personnes converser dans une langue inconnue. Cela suffit-il pour que je les entende ? Les vibrations qui m'arrivent sont les mêmes qui frappent leurs oreilles. Pourtant je ne perçois qu'un bruit confus où tous les sons se ressemblent. Je ne distingue rien et ne pourrais rien répéter. Dans cette même masse sonore, au contraire, les deux interlocuteurs démêlent des consonnes, voyelles et “syllabes qui ne se ressemblent guère, enfin des mots distincts. Entre eux et moi, où est la différence ?

La question est de savoir comment la connaissance d’une langue, qui n’est que souvenir, peut modifier la matérialité

d’une perception présente, et faire actuellement entendre aux uns ce que d’autres, dans les mêmes conditions physiques, n’entendent pas. On suppose, il est vrai, que les souvenirs auditifs des mots, accumulés dans la mémoire, répondent ici à l'appel des impressions sonores et viennent en renforcer “l'effet. Mais si la conversation que j'entends n’est pour moi qu’un bruit, on peut, autant qu'on voudra, supposer le son renforcé : le bruit, pour être plus fort, n’en sera pas plus clair. Pour que le souvenir du mot se laisse évoquer par le mot entendu, il faut au moins que l'oreille entende le mot. ‘Comment les sons perçus parleront-ils à la mémoire, com- | ment choisiront ils, dans le magasin des images auditives, “celles qui doivent se poser sur eux, s'ils n’ont pas déjà été séparés, distingués, perçus enfin comme syllabes et comme

mois?

BEerGson, Matière et mémoire. 8

Cette difficulté ne paraît pas avoir suffisamment frappé les théoriciens de l’aphasie sensorielle. Dans la surdité verbale, en eflet, le malade se trouve à l’égard de sa propre langue dans la même situation où nous nous trouvons nous-mêmes

quand nous entendons parler une langue inconnue. Il a géné“ ralement conservé intact le sens de l’ouïe, mais il ne com

rend rien aux paroles qu’il entend prononcer, et souvent p P

même n’arrive pas à les distinguer. On croit avoir suffisamment expliqué cet état en disant que les souvenirs auditifs des mots sont détruits dans l’écorce, ou qu’une lésion tantôt

transcorticale, tantôt sous-corticale, empêche le souvenir

auditif d'évoquer l’idée ou la perception de rejoindre le sou

venir. Maïs, pour le dernier cas au moins, la question psycho-

logique demeure intacte : quel est le processus conscient que

la lésion a aboli, et par quel intermédiaire s’opère en général

le discernement des mots et des syllabes, donnés d’abord à l’oreille comme une continuité sonore ? es

La difficulté serait insurmontable, si nous n’avions réellement affaire qu’à des impressions auditives d’un côté, à des

souvenirs auditifs de l’autre. Il n’en serait pas de même si les

impressions auditives organisaient des mouvements nais-…

sants, capables de scander la phrase écoutée et d’en marquer

les principales articulations. Ces mouvements automatiques

d'accompagnement intérieur, d’abord confus et mal coor-

donnés, se dégageraient alors de mieux en mieux en se répé

tant ; ils finiraient par dessiner une figure simplifiée, où la

personne qui écoute retrouverait, dans leurs grandes lignes |

et leurs directions principales, les mouvements mêmes de {a“

personne qui parle. Ainsi se déroulerait dans notre cons-….

cience, sous forme de sensations musculaires naissantes, ce

que nous appellerons le schème moteur de la parole entendue. Former son oreille aux éléments d’une langue nouvelle ne consisterait alors ni à modifier le son brut ni à lui adjoindre “un souvenir ; ce serait coordonner les tendances motrices des muscles de la voix aux impressions de l'oreille, ce serait perfectionner l’accompagnement moteur.

- Pour apprendre un exercice physique, nous commençons “par imiter le mouvement dans son ensemble, tel que nos yeux “ous le montrent du dehors, tel que nous avons cru le voir s’exécuter. Notre perception en a été confuse : confus sera le mouvement qui s’essaie à le répéter. Mais tandis que notre perception visuelle.était celle d’un tout continu, le mouvement par lequel nous cherchons à en reconstituer l’image est composé d'une multitude de contractions et de tensions musculaires; et la conscience que nous en avons comprend ellemême des sensations multiples, provenant du jeu varié des articulations. Le mouvement confus qui imite l’image en est “donc déjà la décomposition virtuelle ; il porte en lui, pour ainsi dire, de quoi s’analyser. Le progrès qui naîtra de la —épétition et de l'exercice consistera simplement à dégager ce qui étais enveloppé d’abord, à donner à chacun des mouements élémentaires cette autonomie qui assure la précision, tout en lui conservant avec les autres la solidaritésans laquelle il deviendrait inutile. On a raison de dire que l’habitude Sacquiert par la répétition de l'effort ; mais à quoi servirait Lefiort répété, s’il reproduisait toujours la même chose ? La répétition a pour véritable effet de décomposer d’abord, de “recomposer ensuite, et de parler ainsi à l'intelligence du corps. Elle développe, à chaque nouvel essai, des mouvements enve loppés ; elle appelle chaque fois l'attention du corps sur un

nouveau détail qui avait passé inaperçu ; elle fait qu'il divise et qu’il classe ; elle lui souligne l’essentiel ; elie retrouve une à une, dans le mouvement total, les lignes qui en marquent la structure intérieure. En ce sens, un mouvement est appris dès que le corps l’a compris. |

C’est ainsi qu’un accompagnement moteur de la parole entendue romprait la continuité de cette masse sonore. Reste à savoir en quoi cet accompagnement consiste. Est-ce la” parole même, reproduite intérieurement ? Mais l’enfant saurait alors répéter tous les mots que son oreille distingue ; et nousmêmes, nous n’aurions qu’à comprendre une langue étran-” gère pour la prononcer avec l'accent juste. Il s’en faut que les choses se passent aussi simplement. Je puis saisir une mélodie, en suivre le dessin, la fixer même dans ma mémoire, et ne pas savoir la chanter. Je démêle sans peine des particularités d’inflexion et d'intonation chez un Anglais parlant allemand — je le corrige donc intérieurement ;: — il ne suit pas de là que je donnerais l’inflexion et l’intonation justes. à la phrase allemande si je parlais. Les faits cliniques. viennent d’ailleurs confirmer ici l'observation journalière. On peut encore suivre et comprendre la parole alors qu’on est devenu incapable de parler. L’aphasie motrice n’entraîne pas la surdité verbale.

C’est que le schème, au moyen duquel nous scandons la parole entendue, en marqueseulement les contours saillants. Il est à la parole même ce que le croquis est au tableau achevé." | Autre chose est, en effet, comprendre un mouvement difficile," autre chose pouvoir l'exécuter. Pour le comprendre, il suffit d'en réaliser l'essentiel, juste assez pour le distinguer des | autres mouvements possibles. Mais pour savoir l’exécuter,

il faut en outre l'avoir fait comprendre à son corps. Or, la logique du corps n’admet pas les sous-entendus. Elle exige que toutes les parties constitutives du mouvement demandé soient montrées une à une, puis recomposées ensemble. Une - analyse complète devient ici nécessaire, qui ne néglige aucun * détail, let une synthèse actuelle, où l’on n’abrège rien. Le schème imaginatif, composé de quelques sensations muscu-

laires naissantes, n’était qu’une esquisse. Les sensations mus- - culaires réellement et complètement éprouvées lui donnent la couleur et la vie.

Reste à savoir comment un accompagnement de ce genre - pourrait se produire, et s’il se produit toujours en réalité. On sait que la prononciation effective d’un mot exige l’inter- vention simultanée de la langue et des lèvres pour l’articulation, du larynx pour la phonation, enfin des muscles thoraciques pour la production du courant d’air expiratoire. A chaque syllabe prononcée correspond donc l'entrée en jeu d’un ensemble de mécanismes, tout montés dans les centres médullaires et bulbaires. Ces mécanismes sont reliés aux centres supérieurs de l’écorce par les prolongements cylindre- -axiles des cellules pyramidales de la zone psycho-motrice; c’est le long de ces voies que chemine l'impulsion de la volonté. Ainsi, selon que nous désirons articuler un son ou un autre, nous transmettons J'ordre d’agir à tels ou tels de ces mécanismes moteurs. Mais si les mécanismes tout montés s qui répondent aux divers mouvements possibles d’articulation et de phonation sont en relation avec les causes, quelles qu’elles soient, qui les actionnent dans la parole volontaire, il y à des faits qui mettent hors de doute la communication de ces mémes mécanismes avec la perception auditive des mots.

Parmi les nombreuses variétés d'aphasie décrites par les tliniciens, on en connaît d'abord deux (4° et @° formes de Lichtheim), qui paraissent impliquer une relation de ce genre. Ainsi, dans un cas observé par Lichtheim lui-même, le sujet, à la suite d’une chute, avait perdu la mémoire de l’articula-" tion des mots et par conséquent la faculté de parler sponta: nément ; il répétait pourtant avec la plus grande correction ce qu'on lui disait *. D'autre part, dans dés cas où la parole spontanée est intacte, mais où la surdité verbale est absolue, : le malade ne comprenant plus rien de ce qu'on lui dit, la. faculté de répéter la parole d’autrui peut encore être entierement conservée”. Dira-t-on, avec Bastian, que ces phénomènes témoignent simplement d’une paresse de la mémoire articulatoire ou auditive des mots, les impressions acoustiques ce bornant à réveiller cette mémoire de sa torpeur * ? Cette hypothèse, à laquelle nous ferons d’ailleurs une place, ne nous paraît pas rendre compte des phénomènes si curieux d'écholalie signalés depuis longtemps par Romberg®, par Voisin, par Winslow*, et que Kussmaul a qualifiés, avec quelque exagération sans doute, de réflexes acoustiques”. Ici le sujet répète machinalement, et peut-être inconsciemment, les paroles entendues, comme si les sensations auditives se convertissaient d’elles-mêmes en mouvements articulatoires.

Page 1