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L'ATTENTION A LA VIE

saurait être question ici d'aborder les problèmes de pathologie

mentale : nous ne pouvons cependant les éluder entièrement, puisque nous cherchons à déterminer la relation exacte du

| corps à l'esprit.

Nous avons supposé que l'esprit parcourait sans cesse l’in-

|" tervalle compris entre ses deux limites extrêmes, le plan de - l’action et le plan du rêve. S'agit-il d’une décision à prendre ? À Ramassant, organisant la totalité de son expérience dans ce Ft que nous appelons son caractère, il la fera converger vers des

actions où vous trouverez, avec le passé qui leur sert de

: matière, la forme imprévue que la personnalité leur imprime;

* mais l’action ne sera réalisable que si elle vient s’encadrer

dans la situation actuelle, c’est-à-dire dans cet ensemble de circonstances qui naît d’une certaine position déterminée du

corps dans le temps et dans l'espace. S'agit-il d’un travail

… intellectuel, d’une conception à former, d’une idée plus ou “ moins générale à extraire de la multiplicité des souvenirs ?

Une grande marge est laissée à la fantaisie d’une part, au dis-

… cernement logique de l’autre : mais l’idée, pour être viable,

devra toucher à la réalité présente par quelque côté, c’est-

- à-dire pouvoir, de degré en degré et par des diminutions ou … contractions progressives d'elle-même, être plus ou moins

jouée par le corps en même temps que représentée par l'esprit.

M Notre corps, avec les sensations qu’il reçoit d’un côté et les

- mouvements qu’il est capable d'exécuter de l’autre, est donc » bien ce qui fixe notre esprit, ce qui lui donne le lest et l’équilibre. L'activité de l'esprit déborde infiniment la masse des

souvenirs accumulés, comme cette masse de souvenirs déborde

… infiniment elle-même les sensations et les mouvements de

“l'heure présente ; mais ces sensations et ces mouvements con-

ditionnent ce qu’on pourrait appeler l’attention à la vie,et c'est pourquoi tout dépend de leur cohésion dans le travail normal de l’esprit, comme dans une pyramide qui se tiendrait debout sur sa pointe. Ë

Qu'on jette d’ailleurs un coup d'œil sur la fine structure du système nerveux, telle que l'ont révélée des découvertes récentes. On croira apercevoir partout des conducteurs, nulle part des centres. Des fils placés bout à bout et dont les extré: mités se rapprochent sans doute quand le courant passe, voilà tout ce qu’on voit. Et voilà peut-être tout ce qu'il y a, s’il est vrai que le corps ne soit qu’un lieu de rendez-vous entre les excitations reçues et les mouvements accomplis, ainsi que nous l’avons supposé dans tout le cours de notre travail. Mais ces fils qui reçoivent du milieu extérieur des ébranlements ou des excitations et qui les lui renvoient sous forme de réactions appropriées, ces fils si savamment tendus de la péri: phérie à la périphérie, assurent justement par la solidité de leurs connexions et la précision de leurs entre-croisements l'équilibre sensori-moteur du corps, c'est-à-dire son adaptation à la situation présente. Relâchez cette tension ou rompez cet équilibre : tout se passera comme si l'attention se déta” chait de la vie. Le rêve et l’aliénation ne paraissent guère être autre chose. |

Nous parlions tout à l’heure de la récente hypothèse qui attribue le sommeil à une interruption de la solidarité entre neurones. Même si l’on n’accepte pas cette hypothèse (confir mée pourtant par de curieuses expériences), il faudra bien supposer pendant le sommeil profond une interruption au moins fonctionnelle de la relation établie dans le système nerveux entre l'excitation et la réaction motrice. De sorte que la

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| rêve serait toujours l’état d'un esprit dont l'attention n’est pas fixée par l'équilibre sensori-moteur du corps. Et il paraît de “plus en plus probable que cette détente du système nerveux | est due à l’intoxication de ses éléments par les produits non éliminés de leur activité normale à l’état de veille. Or, le rêve “imite de tout point l'aliénation. Non seulement tous les symptômes psychologiques de la folie se retrouvent dans le rêve, Ik— au point que la comparaison de ces deux états est devenue Mpanale, — mais laliénation paraît bien avoir également son | origine dans un épuisement cérébral, lequel serait causé, | comme la fatigue normale, par l'accumulation de certains poisons spécifiques dans les éléments du système nerveux’. On

( sait que l'aliénation est souvent consécutive aux maladies | infectieuses, et que d’ailleurs on peut reproduire expériment talement avec des toxiques tous les phénomènes de la folie ?. | N'est-il pas vraisembiable, dès lors, que la rupture de l’équi- “libre mental dans l'aliénation tient tout simplement à une

Li perturbation des relations sensori-motrices établies dans l'or- : -ganisme ? Cette perturbation suffirait à créer une espèce de | vertige psychique, et à faire ainsi que la mémoire et l'atten- | tion perdent contact avec la réalité. Qu'on lise les descriptions “données par certains fous de leur maladie naissante : on

verra qu'ils éprouvent souvent un sentiment d'étrangeté ou, comme ils disent, de « non-réalité », comme si les choses “perçues perdaient pour eux de leur relief et de leur soli-

dité®. Si nos analyses sont exacles, le sentiment concret que

… 1. Cotte idée a été développée récemment par divers auteurs. On en “trouvera l'exposé très systématique dans le travail de Cowles, The mecha- “nism of insanily (American Journal of Insanity, 1890-91).

9 Voir surtout Moreau de Tours, Du hachisch, Paris, 1845. im 3 Ball, Leçons sur les maladies mentales, Paris, 1890, p. 608 et suiv, —

nous avons de la réalité présente consisterait en efïet dans … conscience que nous prenons des mouvements etfectils pa lesquels notre organisme répond naturellement aux excità tions ; — de sorte que là où les relations se détendeni ous gâtent entre sensations et mouvements, le sens du réei s’aïal biit ou disparait.

{li y aurait d’ailleurs ici une foule de distinctions à faire non seulement entre les diverses formes de l’aliénation, mai encore entre l’aliénation proprement dite et ces scissions deL personnalité qu’une psychologie récente en a si curieusemen rapprochées*. Dans ces maladies de la personnalité, il sempli que des groupes de souvenirs se détachent de la mèmoir! centrale et renoncent à leur solidarité avec les autres. Mais 1 est rare qu’on n’observe pas aussi des scissions concomitante! de la sensibilité et de la motricité *. Nous ne pouvons nou! empêcher de voir dans ces derniers phénomènes Île véritapx substrat matériel des premiers. S’il est vrai que notre vu intellectueile repose tout entière sur sa pointe, c’est-à-dir sur les fonctions sensori-motrices par lesquelles elle s’insert dans la réalité présente, l’équilibre intellectuel sera diverse: ment troublé selon que ces fonctions seront lésées d’un manière ou d’une autre. Or, à côté des lésions qui affecten la vitalité générale des fonctions sensori-motrices, affaibls: sant ou abolissant ce que nous avons appelé le sens du réel il en est d’autres qui se traduisent par une diminution méca: nique, et non plus dynamique, de ces fonctions, comme si

Cf. une bien curieuse analyse : Visions, a personal narrative (Journal 61 mental science, 1896, p. 284).

4. Voir plus haut, page 148. | 2. Pierre Janet, Les accidents mentaux, Paris, 1894, p. 232 et sv. 8. Pierre Janet, L’automatisme vsychologique, Paris, 1889, p. 95 et su

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