Ward, article Psychology de l'Encyclop. Britannica
9. W. James, Principles of Psychology, t. II, p. 134 et suiv. — Remar quons en passant qu'on pourrait, à la rigueur, attribuer cette opinion à. Kant, puisque l'Esthétique transcendantale ne fait pas de différence entre. les données des divers sens en ce qui concerne leur extension dans l'es.” pace. Mais il ne faut pas oublier que le point de vue de la critique est tout. autre que celui de la psychologie. et qu'il suffit à son objet que toutes nos“ sensations finissent par être localisées dans l’espace quand la perception a. gtteint sa forme définitive. | 208
- mieux en mieux la nécessité de tenir toutes les sensations pour primitivement extensives, leur étendue pâlissant et s’effaçant devant l'intensité et l’utilité Supérieures de l’étendue - tactile, et sans doute aussi de l'étendue visuelle.
Ainsi entendu, l'espace est bien le symbole de la fixité et de * la divisibilité à l'infini. L’étendue concrète, c’est-à-dire la diversité des qualités sensibles, n’est pas en lui : c’est lui que nous mettons en elle. Il n’est pas le support sur lequel le mouvement réel se pose; c’est le mouvement réel, au contraire, qui le dépose au-dessous de lui. Mais notre imagination, préoccupée avant tout de la commodité de l’expression et des exigences de la vie matérielle, aime mieux renverser l'ordre naturel des termes. Habituée à chercher son point d'appui dans un monde d'images toutes construites, immobiles, dont la fixité apparente reflète surtout l’invariabilité de nos besoins inférieurs, elle ne peut s'empêcher de croire le repos antérieur à la mobilité, de le prendre pour point de repère, de s'installer en lui, et de ne plus voir enfin dans le mouvement qu’une variation de distance, l’espace précédant le mouvement. Alors, dans un espace homogène et indéfiniment divisible elle dessinera une trajectoire et fixera des positions : appliquant ensuite le mouvement contre la trajectoire, elle le voudra divisible comme cette ligne et, comme elle, dépourvu de qualité. Faut-il s’étonner si notre entendement, s’exerçant désormais sur cette idée qui représente justement l’inversion du réel, n’y découvre que des contradictions ? Ayant assimilé les mouvements à l’espace, on trouve ces mouvements homogènés comme l’espace : et comme on ne veut plus voir entre eux que des différences calculables de direction et de vitesse, toute relation est abolie entre le mou-
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vement et la qualité. Il ne reste plas alors qu'à parquer le. mouvement dans l’espace, les qualités dans la conscience, et à établir entre ces deux séries parallèles, incapables par hypo: thèse de se rejoindre jamais, une mystérieuse correspondance; Rejetée dans la conscience, la qualité sensible devient impuissante à reconquérir l'étendue. Relégué dans l’espace, et dans” l'espace abstrait, où il n’y a jamais qu'un instant unique et. où tout recommence toujours, le mouvement renonce à cette. solidarité du présent et du passé qui est son essence même. Et comme ces deux aspects de la perception, qualité et mou vement, s’enveloppent d’une égale obscurité, le phénomène de. la perception, où une conscience enfermée en elle-même et. étrangère à l’espace traduirait ce qui a lieu dans l'espace, devient un mystère. — Écartons au contraire toute idée prés conçue d'interprétation ou de mesure, plaçons-nous face à" face avec la réalité immédiate : nous ne trouvons plus une distance infranchissable, plus de différence essentielle, pas” même de distinction véritable entre la perception et la chose. perçue, entre la qualité et le mouvement. |
Nous revenons ainsi, par un long détour, aux conclusions. que nous avions dégagées dans le premier chapitre de ce livre“ Notre perception, disions-nous, est originairement dans les, choses plutôt que dans l'esprit, hors de nous plutôt qu’ en. nous. Les perceptions des divers genres marquent autant, de directions vraies de la réalité. Mais cette perception qui coin cide avec son objet, ajoutions-nous, existe en droit plutôt, qu'en fait : elle aurait lieu dans l’instantané. Dans la perceps tion concrète la mémoire intervient, et la subjectivité des qualités sensibles tient justement à ce que notre consciences