L'AME ET LE CORPS
qui commence par n'être que mémoire, prolonge les uns dans les autres, pour les contracter dans une intuition unique, une pluralité de moments.
Conscience et matière, âme et corps entraient ainsi en contact dans la perception. Mais cette idée restait obscure par ux certain côté, parce que notre perception, et par conséquent
aussi notre conscience, semblaient alors participer de la divi-
sibilité qu’on attribue à la matière. Si nous répugnons natu réellement, dans l’hypothèse dualiste, à accepter la coïncidence partielle de l’objet.perçu et du sujet qui perçoit, c’est parce que nous avons conscience de l’unité indivisée de notre
perception, au lieu que l’objet nous parait être, par essence,
indéfiniment divisible. De là l'hypothèse d'une conscience
» avec des sensations inextensives, placée en face d’une multi-
plicité étendue. Mais si la divisibilité de la matière est tout
entière relative à notre action sur elle, c’est-à-dire à notre
faculté d’en modifier l’aspect, si elle appartient, non à la matière même, mais à l’espace que nous tendons au-dessous de cette matière pour la faire tomber sous nos prises, alors la difficulté s’évanouit. La matière étendue, envisagée dans son ensemble, est comme une conscience où tout s’équilibre, se compense et se neutralise ; elle offre véritablement l’indivisibilité de notre perception ; de sorte qu’inversement nous pouvons, sans scrupule, attribuer à la perception quelque chose de l'étendue de la matière. Ces deux termes, perception et matière, marchent ainsi l'un vers l’autre à mesure que nous nous dépouillons davantage de ce qu'on pourrait appeler les préjugés de l’action : la sensation reconquiert l'extension,
l'étendue concrète reprend sa continuité et son indivisibilité
naturelles. Et l’espace homogène, qui 3e dressait entre les
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deux termes comme une barrière insurmontable, n’a plus J'autre réalité que celle d’un schème ou d’un symbole. Il intéresse les démarches d’un être qui agit sur la matière, mais non pas le travail d’un esprit qui spécule sur son essence.
Par là même s’éclaircit, dans une certaine mesure, la ques-
tion vers laquelle toutes nos recherches convergent, celle de
l'union de l’âme et du corps. L’obscurité de ce problème, dans:
l'hypothèse dualiste, vient de ce que l’on considère la matière comme essentiellement divisible et tout état d’âme comme rigoureusement inextensif, de sorte que l’on commence par couper la communication entre les deux termes. Et en approfondissant ce double postulat, on y découvre, en ce qui con-
cerne la matière, une confusion de l'étendue concrète let «
indivisible avec l’espace divisible qui la sous-tend, comme aussi, en ce qui concerne l'esprit, l’idée illusoire qu'il n’y a
pas de degrés, pas de transition possible, entre l’étendu et
l’inétendu. Mais si ces deux postulats recèlent une erreur commune, s’il y a passage graduel de l’idée à l’image et de
l’image à la sensation, si, à mesure qu'il évolue ainsi vers l’ac-
tualité, c’est-à-dire vers l’action, l’état d’âme se rapproche davantage de l’extension, si enfin cette extension, une fois atteinte, reste indivisée et par là ne jure en aucune manière
avec l’unité de l’âme, on comprend que l'esprit puisse se poser
sur la matière dans l’acte de la perception pure, s’unir à elle par conséquent, et néanmoins qu’il s’en distingue radicale-
ment. Il s’en distingue en ce qu'il est, même alors, mémoire, «
c'est-à-dire synthèse du passé et du présent en vue de l’ave-
nir, en ce qu'il contracte les moments de cette matière pour
s’en servir et pour se manifester par des actions qui sont la raison d’être de son union avec le corps. Nous avions done