LEÇON II
Le# Ophidi^n^
Parmi les remèdes dérivés du règne animal, je m'étendrni d'abord sur la grande famille des Ophidiens, ou vulgairement des Serpents. Parmi ceux que nous éludions en médicine, nous avons d'abord le Lachesis trigonocephalus. Il a été expérimenté, il y a soixante ans, par le D' Hering. Nous avons ensuite le CrolaluH horridus, et aussi une espèce de l'Amérique du Sud, expérimentée par le D** Muir, le Crotalus cascavella. Celui-ci a quelques symptômes qui ne suivent pas Tadmiiiis- Iration des autres espèces. Il y a ensuite le A'a/a tripudians, \ariélé de cobra, et VElaps corallinus, ainsi nommé à cause de la forme des écailles de son dos, qui ont quelque cliose de l'apparence du corail. Enfin, il y a le Bothrops lanceolaiits, remède que, depuis un an et plus, j'ai en vain essayé do me procurer. Il donne des symptômes semblables à cet état particulier connu sous le nom d'aphasie. De ces poisons, les quatre premiers sont communément employés en médecine.
Pour avoir une idée d'une classe de médicaments dérivés d'une source ou de sources semblables, il est bon de les étudier en groupe, et de \oir quels symptômes communs ils ont. ï-e venin <lu serpent est généralement contenu dans un petit sac derrière les dents. A la surface inférieure des crochets est une pelite rainure dans laquelle se loge un petit tube amenant le venin des glandes. Quand elles ne sont pas employées, elles sont couchées en arrière sur le plafond de la bouche. Si l'animal est excité, il ouvre la bouche, les crochets sont projetés en avant, et en môme temps, par l'action musculaire, une goutte du venin s'écoule daos le canal et dans la blessure produite par ie crochet. Maintenant, qu'arrive-t-il ? Cela dépend de causes variées. Le poison est plus violent à certains moments qu'à d'autres. Plus le serpent est irrité, plus actif est le venin. Si,
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en produisant la blessure, le crochet passe à travers les vêtements, une partie du poison peut être ainsi absorbée. Enfin, le pouvoir de résistance de l'individu a un certain effet,
On peut diviser les effets des venins en trois sortes : La première peut être comparée à l'action de la foudre ou d'une dose d'acide prussique. Immédiatement après la piqûre, le patient est pris de tressaillements avec un aspect d'angoisse sur la figure, et tombe mort. Cela montre la pleine, pure, foudroyante rapidité du poison.
Dans la deuxième, ordinairement, la partre mordue enfle et devient, non pas rouge, mais rapidement d'une couleur pourpre sombre, le sang se liquéfie et le patient présente des symptômes analogues à ceux de la septicémie. Les battements du cœur augmentent de rapidité mais diminuent de force et de ton. Le patient est prostré, couvert d'une sueur froide et visqueuse. Des taches noires apparaissent sur le corps, où le sang se répand en ecchymoses ; le patient est déprimé par la faiblesse de son système nerveux, ou par la pauvreté de son sang, et alors tombe dans un état typhoïde et meurt. Ou alors surviennent des phénomènes nerveux. Il est pris de vertig<^s, des points sombres apparaissent devant lès yeux, la vue se perd, un tremblement particulier agite tout le corps, la face perd toute expression : il y a de la dyspnée, ou même du stertor.
n peut y avoir encore une forme plus lente. Après le verlige ou le tremblement, le patient reste faible, et la place de rinoculation devient sombre ou gangreneuse. Toutes les sécrétions : sueurs, urines, fèces, sont fétides ; des symptômes diarrhéîques d'un caractère typhoïde se montrent. Le patient tombe dans un état de dépression et meurt. Telles sont toutes les phases de l'action du poison, qui frappe le sang et le système nerveux. Une petite dose de Lachesis peut faire que l'expérimentateur se sente comme pouvant travailler sans fatigue. Il devient loquace, bavardant de sujet en sujet : c'est une excitation nerveuse. Une histoire, par exemple, l'excite d'une façon disproportionnée : des anecdotes l'émeuvent jusqu'aux larmes. Rapidement l'état opposé apparaît. Les symptômes se changent en prostration, ou même en paralysie complète. Les nerfs spécialement affectés par les venins semblent être le pneumogastrique et Taccessoire du spinal : en conséquence, on doit s'attendre à trouver, comme éminemment caractéristiques, des symptômes du larynx, de la respiration et du cœur. Tous les venins causent une sensation constrictive d'étranglement venant de l'irritation du vague. Tous donnent de la dyspnée et des symptômes cardiaques*
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Le sang est si vile décomposé qu'il n*a bientôt plus le pouvoir de 3e coaguler. Il devient liquide, foncé, et suinte de tous les tissus et de tous les orifices du corps. De là, production d'hémorrhagies et d'ecchymoses, qui sont caractéristiques: elles sont surtout accentuées avec Lachesis et CrotaluSy moins avec ElapSj au minimum avec Naia.
On voit déjà dans quelles classes de maladies nous trouverons ces poisons curatifs, dans les dégrés inférieurs de Tinflammation, dans la pustule maligne, la gangrène, les états adynamiques, la fièvre à type typhoïde, etc.
Ils produisent un état jaune de la peau. Ce n'est pas la jaunisse, et il ne faut pas le confondre avec cette affection. Cela vient du sang, et est dû à la décomposition de ce liquide et non à l'état bilieux de la peau. C'est surtout marqué avec Crotalus. Ou encore, on peut trouver que la peau est sèche et rude, comme si elle n'avait plus de vitalité, ou elle peut être visqueuse, ce qui est plus caractéristique de Lachesis. Les excréta sont fétides, mêmes les matières fécales moulées de Lachesis le sont horriblement. Comme le cœur est affaibli par tous, nous trouvons comme caractéristique, avec tous, un cœur faible, des pieds froids, et un tremblemeqt) non de nervosité, mais de faiblesse par l'empoisonnement sanguin. Les pieds froids n'indiquent pas ime congestion, comme avec*fie/Iad., ils dépendent de la faiblesse du cœur.
Les symptômes cardiaques de Naia ressemblent grandement à ceux de Lachesis, mais ils correspondent d'une façon plus marquée aux effets éloignés des lésions valvulaires, ceux de Lachesis à la maladie de cœur commençante au cours du rhumatisme. Avec Naia, il y a un mal de tête marqué frontal et temporal avec les symptômes cardiaques : le cœur bat tumultueusement. Le patient se réveille respirant avec peine. Naia cause plus de phénomènes nerveux qu'aucun des venins.
Avec Bellad. la tête est chaude et les pieds sont froids parce que le sang va vers la tète. Avec les venins, les pieds sont froids parce que le cœur est ti)op faible pour pousser le sang à la périphérie.
Tous les venins de serpents produisent l'inflammation 'I tissu cellulaire. Aussi nous les trouvons profitables quand des cellulites se produisent dans le cours de la fièvre typhoïde, de la diphtérie, etc.
Dans la diphtérie, Croialus a de bons résultats cliniques pour les épistaxis persistantes.
Elaps réclame l'attention dans k cas d'hémoptysie, quand
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le sang rendu est de couleur foncée, surtout quand le poumon droit est affecté.
Les antidotes pour ces poisons sont nombreux. Il n'est pas douteux que l'alcool est un puissant antagoniste pour les venins de serpents. Il est remarquable combien Talcool peut être pris à haute dose par les personnes mordues par les serpents. sans ses manifestations physiologiques habituelles. Le whisky et le brandy peuvent être pris en grandes quantités, jusqu'à ce qu'ils produisent leur effet propre. Le D' Hering recommande la chaleur radiante comme une antidote ; la partie mordue devrait être présentée à un feu ardent. L'ammoniaque et le permanganate de potasse ont été recommandés comme antidotes et ont des cures à leur actif.