RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE
castoréum. Ces poches ont donc^ chez la femelle comme chez le mâle^ une origine préputiale.
Fig. 32.
— Castor du Rhône, femelle. Préparation montrant ouvert le confluent des deux sacs à castoréum dans le conduit vaginal.
0.«'., orifice vaginal. — 0. u,, orifice de l’urèthre. — G., clitoris. — P., petites lèvres. — U., urèthre. — V., tube vaginal. On reconnaît sans peine les sacs à castoréum très développés ; les glandes anales et leurs orifices dans le cloaque sur les côtés de l'anus.
Habit.yt et Mœubs. — Le Castor est surtout abondant dans le nord de l’Amérique et de l’Asie, au Canada et en Sibérie. 11 y vit en colonies nombreuses sur les affluents des grands cours d’eau, ou au bord des lacs.
En Europe, il n’est plus guère représenté que par un nombre assez restreint de familles qui ne survivent guère aux conditions d’existence peu favorables qui' les entourent, que grâce à des mesures protectrices spéciales prises par des particuliers ou par les gouvernements. C’est ainsi qu’en Allemagne, dans le duché de Dessau, sur la Mulde, petit affluent de l’Elbe, il existe quelques familles de Castors protégées par des règlements locaux qui punissent d’une amende
Beauregard. Mat. méd. n
MAMMIFERES
(le plusieurs centaines de marks (juiconc[ue tue un de ces animaux (i); sur les bords de la Yistule et de l’Oder on trouve aussi c|uel(|ues groupes de ces intéressants Rongeurs. En Autriche, en Bohême, le prince de Schwartzenberg a créé une colonie chez lui : une autre existe à Salzbourg, etc. Dans la Russie occidentale (2), on en trouve sur le Dniéper, particulièrement dans les gouvernements de Minsk et de Kiev.
En France, les Castors sont devenus si rares que l’on sait, à (pielrjues individus près, le nombre de ceux qui représentent encore celte espèce; ils sont à peine une centaine, tous, ou à peu près, localisés dans le delta du Rhône, en Camargue, d’oi'i le nom de Castors du Rhône ou Castors de la Camargue (pi’on leur donne souvent (3); ils se sont établis également sur un aflluent du Rhône, le Gardon, et on les y retrouve jusqu’au Pont du Gard (4). Dans la Camargue, c’est surtout le petit Rliône ou bras droit du fleuve qui est habité par les Castors; le grand Rhône, dont la largeur n’est pas inférieure à 4oo mètres, ne permettant pas à ces animaux de se transporter facilement d’une rive à l’autre, soit pour fuir leurs ennemis, soit pour chercher leur nourriture.
Pendant longtemps les Castors du Rhône furent accusés de causer d’importants dégâts aux digues du fleuve, et le Syndicat des digues du Rhône de Beaucaire à la mer établit une prime de i5 francs pour tout Castor détruit. Grâce aux efforts de divers naturalistes, particulièrement du professeur Valéry iMayet, soucieux de conserver les derniers spécimens de cet
(1) Valéry Mayet. Le Castor du Rhône, in Congrès international de zoologie, Paris, 1889, p. 59.
(2) A. Bogdanov. Note sur les Castors de la Russie occidentale ; in Congrès international de zoologie, Paris, 1889, p. 03.
(3) Dans le bas Rhône, le Castor est connu sous le nom de vibré (à rapprocher de l’ancien nom de bièvre).
(4) Julien Mingaud. La protection du Castor du Rhône ; In Bull, de la Soc. d' Etude des SC. naturelles de Nîmes, no i, jaiivicr-iuars i8<jü.
CASTOR — RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE gg
intéressant jMammilère (i), la prime a été supprimée et des tentatives sont faites pour obtenir du gouvernent une protection complète en interdisant la chasse du Castor.
On sait (pie les Castors ont des mœurs acpiaticpies et un instinct tiès remarcpiable (pu les pousse à édifier sur les coins (1 eau des constructions solides et complupiées, trop connues jiour (pie nous insistions ici sur leur description. Mais ce sont seulement les Castors vivant en grand nombre et en colonies (pii agissent ainsi. En Europe, les familles sont, semble-t-il, trop peu nombreuses, aussi les individus (pu les composent ne se livrent-ils pas à des travaux semblables (pii nécessitent le concours d un grand nombre d'individus, les uns abattant les arbres, les autres les dépouillant de leurs branches ou les traînant à l’endroit désigné pour poser les pilotis et établir les digues, les autres préparant et gâchant la terre humide dont ils se servent pour augmenter la résistance de leurs constructions. Réduites cà (piehpies individus, les lamilles de Castors d’Europe se contentent en général, à la façon des Loutres, de creuser des galeries dans les berges, d’où le nom de Castors terriers (pi’on leur donne parfois. Sur les bords du Rhône, en particulier, ils ne portent aucun préjudice, comme on 1 avait prétendu, aux digaies élevées pour piotéger les nouvelles plantations de vignes; ces digaies, en “ effet, souvent éloignées des eaux, sont en outre protégées à leur base par des enrochements (pie le Castor n’atta(pierait que très difficilement; la vérité est qu’ils établissent leurs I teriiers sur les bords mêmes du fleuve, dans les ségomieaux^ c est-à-dire dans les terrains bas, limoneux et non cultivés qui séparent les digues du cours du fleuve et où croissent spontanément les saules et les peupliers. (Alingaud, loc. cit.).
\ Les mœurs différentes que présentent les Castors du Canada,
I (i) Il est bien temps en effet de prendre des mesures sérieuses si l’on ne veut voir rapi- I ement disparaître le Castor du Rhône. La femelle ne fait par an qu’une portée de I eux U quatre petits; elle met bas dans les premiers jours du printemps.
MAMMIFERES
comparativement à ceux de l’Europe, suffisent-elles à laisser croire qu’il existe une différence spécifique entre eux. Faut-il voir dans le Castor du Rhône [Castor gallicus) une espèce distincte du Castor d’Amérique [C. fiber). Depuis longtemps la question est posée. Tout en reconnaissant que la taille du Castor du Rhône est notablement supérieure à celle du Castor du Canada, que son pelage est ordinairement plus clair (i). Cuvier, A. -G. Desmarets, etc. (2), n’ont pas admis l’existence de deux espèces. R. Knox (3), de son côté, lait remarquer que chez les Castors du Canada aussi bien que chez ceux du Rhin et du Danube, les caractères anatomiques sont semblables et qu’en particulier on trouve chez tous l’ongle surnuméraire de l’orteil, ce qui laisse supposer, dit-il, qu’ils appartiennent non seulement à la même espèce, mais encore à la même variété.
C’est l’opinion qui paraît prévaloir encore aujourd’hui.
jM. Krantz, en effet, dans la discussion qui suivit la lecture du mémoire de M. Valéry Mayet, au Congrès international de zoologie de 1889, donne comme pi’euve de l'identité spécifique du Castor d’Europe et du Castor d’Amérique, qu’on trouve chez les individus de l’uiae et l’autre provenance, un parasite identique, un Coléoptère, le Platypsylliis Castoris (4) Ritsema, qui habite la fourrure de ces animaux.
Dans l’état actuel de nos connaissances, et sans nier la valeur réelle des arguments que nous venons d’exposer, nous pensons qu’il n’est pas facile de se prononcer absolument sur ce
(i) Bogdanov, toc. cit., rapporte d’autre part qu’un individu dont la peau lui fut envoyée du gouvernement de Minsk, avait le pelage très foncé, avec les gros poils noirs. Les espèces européennes présentent donc des variations de teintes qui montrent le peu de valeur qu’il faut attacher à ce caractère.
(a) A. -G. Desmarets. Mammalogie, 1820, p. 293.
(3) R. Knox. Observation on the anatomy of the Bcaver, considered as on Aquatic animal, in Memoirs of the Wernerian Natural Ilistory Society, vol. IV, part. Il, 1823,
(4) On trouve encore un autre parasite de la peau du Castor ; c’est un Acarien, le Schizocarpus Mingaudi, Trouessart.
CASTORÉUM
lOI
point de zoologie. Nous ferons remarquer, en particulier, que chez le Castor du Canada, aussi bien mâle que femelle, les poches anales sont représentées de chaque côté par plusieurs (deux cà trois) sacs venant déboucher au même point dans le cloaque ; tandis que chez les mâles du Rhône, décrits par M. Chatin [loc. cit.), de même que chez ceux que j’ai eu l’occasion de disséquer, les glandes anales sont représentées de chaque côté par une seule et unique poche glandulaire. L’individu femelle des bords du Rhône que j’ai eu la bonne fortune d’étudier le premier, m’a présenté également des poches anales simples, tandis que chez tous les individus femelles du Canada décrits par les auteurs (Sarrasin, Rrandt et Ratzhurg, etc.) on a observé deux ou trois paires de glandes anales au lieu d’une. Sous ce rapport il y aurait donc une différence anatomique entre le Castor d’Amérique et le Castor du Rhône ; nous disons Castor du Rhône, car nous ignorons ce qu’il advient à ce point de vue des individus de Russie et de Sibérie.
Le Castor vit d’écorces d’arbres ; en Amérique il s’attaque aux pins, en Russie aux bouleaux, en France aux saules et aux peu[)liers ; partout il se tient près des rives des eaux, ne s en écartant guère, car ses allures hors de l’eau sont lentes et pénibles, aussi ses pistes sont-elles toujours courtes et se reconnaissent aux herbes couchées sur une assez «:rande largeur par le ventre de l’animal, qui traîne à terre dans la marche.
Castoréum.
C.VRACTKREs génér.aux. — On donne dans le commerce le nom de castoréum aux poches glandulaires remplies de leur contenu, détachées et séchées. Ce contenu qui, à l’état frais, est de consistance butyreuse, de couleur gris jaunâtre, et dégage une odeur à la fois aromatique et fétide, renferme par-
MAMMIFERES
fois de gi’andes quantités de carbonate de chaux (i). Par la dessiccation, les caractères se modifient ; contenant et contenu prennent une coloration brunâtre plus ou moins foncée, le tout se durcit; nous verrons plus loin que la composition chimique change également.
Nous avons fait connaître la structure histologique de ces poches ; il résulte de ce que nous avons dit qu’il n’y a pas de glandes, mais une surface épithéliale qui se desquame ; cette surface épithéliale, avec les longues papilles qui la supportent, forme dans l’organe desséché des cloisonnements blanchâtres qui sillonnent en tous sens le contenu ; c’est là un cai'actère des poches naturelles qui s’observe à la cassure et qu’on ne doit point négliger.
Composition chimique. — D’une analyse de Wœhler (2) il résulte que le castoréum renferme de l’acide phénicpie, auquel il devrait son odeur fondamentale, de la salicine qui lui donne probablement sa saveur amère, de l’acide benzoïque auquel il doit pour une part ses propriétés aromatiques, une autre part de son arôme étant due à une matière grasse, la castorine, dont on peut obtenir 2,5 p. 100 environ sous forme de cristaux. On trouve encore, dans le castoréum, 12 p. 100 d’une résine, des matières albuminoïdes, des sels de potasse et de cbaux. Nous avons signalé plus haut qu’on y peut accidentellement rencontrer des proportions considérables de carbonate de chaux.
Des analyses plus récentes (3) qui ont porté sur le Castor du
(1) Chez un Castor du Rhône, mort à la ménagerie du Muséum en janvier 1894, nous avons trouvé dans le fond des poches à castoréum de gros calculs engagés dans les replis de ré])ithélium. Ces calculs étaient de forme pyramidale, polyédriques par pression réciproque avec la hase, convexe, appliquée contre la paroi de la poche. L’un de ces calculs n’avait pas moins de i centimètre de large à la base et I cent. 5 de hauteur, il était dur et peu friable. Muller avait signalé dans le castoréum de Russie la présence accidentelle d’une grande quantité de carbonate de chaux (40 p. 100) ; il l’attribuait à un état pathologique des glandes.
(2) Whoeler. Revue scientifique, t. XIV”^, p. 22.
(3) J. Gai. Sur le castoréum du Gardon, in Bull. Soc. Eludes sc. nai., Nîmes, 1897, p. 1-12, et C. B. Acad, des sc., V'' février 1897.