CHEVROTIN PORTE-MUSC
pointus; les ongles des doigts latéraux (ou ergots) sont allongés, mais ne touchent pas le sol.
Les poils sont raides, cassants, droits ou courbes, parfois ondulés dans le milieu. Ils sont blancs à la base, colorés en brun ou gris dans le milieu, puis redeviennent blancs et enfin sont plus foncés à la pointe. Il en résulte que la teinte générale du pelage, qui est d’un brun roux, est en outre comme grivelée
Fig. 38. — Chovrotain porte-musc.
par la présence de ces tons blancs et gris. D’ailleurs les teintes varient considérablement avec les saisons et avec l’âge. Chez les jeunes, un collier clair forme une sorte de haussecol ; de plus, à la partie inférieure du cou il existe une bande brune, limitée de chaque côté par une raie blanchâtre et qui se prolonge sur la face interne des jambes. Sur les flancs enfin, siègent des taches d’un gris clair, disposées en séries longitudinales. Par les progrès de l'âge ces marques s’atténuent plus ou moins complètement (i).
(i) C'est pour n’avoir pas tenu compte des variations de coloration du pelage avec
MAMMIFERES
Nous avons dit déjà que le Chevrotain porte-musc n’a pas de cornes.
Caractères anatomiques. — La formule dentaire de l’animal
au musc est la suivante \ i - \ c — ; m-^.
A la mâchoire supérieure, la place des incisives est occupée
par un large bourrelet calleux ; à la mâchoire inférieure, les incisives ont leur bord libre arrondi ; leur couronne n est point spatulée comme celle des Cerfs et des Antilopes.
Les canines (fig. 89), chez le mâle, sont très longues, pointues.
l’âge et aussi avec les saisons que certains zoologistes ont multiplié a tort le nombre des espèces de Moschus. Ainsi, le soi-disant M. stbtricus serait une espèce a pelage maculé, propre à la Sibérie, or on en trouve de semblables dans le Népaul. Mêmes conclusions générales pour ce qui concerne les iM. leucogaslcr et chrysogaster de Hodgson et le M. altaïcus d Eschscboltz. « En résumé, dit Àl. A. Milne-Edwards, il me paraît nécessaire de rayer de nos catalogues zoologiques toutes ces espèces réputées nouvelles et de réunir en un seul type spécifique tous les Chevrotains mosebifères. Cette espèce unique renferme évidemment plusieurs variétés que Ion pourrait appeler la variété maculée, la variété rubanée, la variété concolor et la variété Icucogaster.
APPAREIL DU MUSC
légèrement arquées et constituent de véritables défenses ; chez la femelle et chez les jeunes elles sont beaucoup moins développées.
Les molaires ont les caractères généraux des molaires des Ruminants et se rapprochent plus spécialement de celles des Cerfs.
L’estomac est composé de 4 poches ; la panse très grande est terminée en bas par un prolongement en forme de corne qui se replie et s’applique sur la portion principale de ce réservoir.
Chez les mâles il existe une glande sous-cutanée située vers le milieu de la face externe de la cuisse. Cette glande sécrète une matière sirupeuse, verdâtre, inodore. Chez les mâles aussi on trouve annexée à l’appareil génital une glande à parfum, la glande à musc, qui, nous allons le voir, est une glande préputiale.
Organe mâle et Glande à musc (i).
Aspect extéhieuii (fig. 4o). — A la face ventrale de l’animal, à 2 centimètres en avant de la base du scrotum fait saillie la poche à musc, subglobuleuse, à grand axe vertical mesurant 6 ‘="‘,5,
1 (i) Notre description est faite d’après un matériel assez imparfait, mais qui
I nous a permis cependant de vérifier et de compléter dans certaines parties, celles de nos devanciers. Nous avions à notre disposition, grâce à l’obligeance de M. Klotz, propriétaire de. la maison de parfumerie Finaud, une poche de I musc de Birmanie, encore adhérente à un lambeau considérable de la peau du ! ventre et accompagnée de l’urèthre et des testicules. Nous avons convenablement I traité cette pièce pour la ramollir et il nous a été possible de procéder à sa dissection ! et à son étude histologique. On remarquera, d’après la figure que nous donnons, que la poche du musc de Birmanie est à peu près complètement sphérique et non lenticulaire comme celle du musc du ïonkin qui figure dans tous les ouvrages de matière médicale d’après le dessin donné par Brandt et Ratzeburg. Je ne dois pas négliger de faire remarquer que cette forme sphérique de la poche de Birmanie est due en grande partie à ce qu'une ligature a été posée à la base de la poche au moment où celle-ci a été détachée par les chasseurs. Cette ligature a porté en même temps sur une partie de la paroi de l’abdomen qui s’est trouvée ainsi pincée dans la ligature et forme une I sorte de pédicule à la poche. Nous avons vu de ces memes poches qui n’ayant pas été I liées à leur base, sont absolument .sphériques et ont une surface viscérale bombée. I II n y a pas alors de pédicule reliant la poche à l’abdomen (voir fig. 40) •
MAMMIFÈRES
à diamètre transversal atteignant 6 centimètres. Cette poche est manifestement une expansion de la peau du ventre, car elle est couverte des mêmes poils et se continue avec elle de part et d’autre de son insertion apparente à l’abdomen. Cette insertion ne se fait pas ici par une large surface, comme chez le musc tonkin, décrit et figuré par Brandt et Ratzlmrg et recopié par tous les auteurs d’ouvrages de matière médicale, mais par un court et étroit pédicule, mesurant 2="', 3 de diamètre, qui résulte, comme nous le disons en note, d’une ligature très serrée faite au moyen d’une corde et comprenant une portion de la paroi abdominale (peau et muscles).
Au pôle inférieur de la poche à musc se trouve un orifice circulaire (o), vers lequel convergent les poils de la poche ; c’est l’orifice du réservoir ii musc; il mesure 5 millimètres de diamètre.
Sur la face postérieure de la poche ainsi appendue à 1 alidomen, c’est-à-dire sur la face qui regarde les testicules, on distingue un cordon formé par une légère saillie (i) de la peau. Ce cordon s’étend en suivant la courbe de la poche, depuis son insertion à l’abdomen jusqu’à une distance de 5 millimètres environ en arrière de l’orifice du réservoir à musc. Ce cordon a 4 à 5 millimètres de diamètre transversal. Au point où il aboutit on voit un orifice [o') dont la lèvre inférieure est garnie d’une touffe de poils roides, orifice un peu plus étroit que celui de la glande et voisin de ce dernier.
Tel est l’aspect extérieur de la région.
Structure interne. — Pour entrer plus avant dans la connaissance des parties que nous venons de décrire, il faut les étudier après avoir fait une coupe de la poche à musc (fig. 4')’
(i) On décrit généralement, et à tort, sur la paroi en question de la poche a musc un sillon recevant le pénis, ce qui laisserait croire que le pénis n’est pas sous la peau formant la poche, mais à sa surface, tandis qu’en réalité le pénis est dans un canal creusé sous la peau mémo qui forme la paroi de la poche à musc.
APPAREIL DU MUSC
passant par le plan médian antéro-postérieur de manière à intéresser dans la coupe les deux orifices et le cordon postérieur. Cette préparation montre :
Fig. 4i. — ChevroUiin porle-musc. Section de la poche à musc, passant par l’orilice o, de cette poche et par celui n du canal préputial où on voit le pénis p.
c, c' , cavité de la poche à musc, vide en c, pleine en c’. — m, m, muscles de la base. i, testicules. — a, a, peau de l’abdomen.
i“ Que le cordon en (piestion est constitué par la saillie que ,i fait le pénis renfermé dans son fourreau préputial. On voit en même temps que ce fourreau n’est pas accolé à la poche à |
APPAREIL DU MUSC
I musc, mais qu’il fait corps avec la paroi de celle-ci ; il est creusé clans cette paroi, ou pour mieux dire la paroi de la poche à musc est empruntée aux couches prolondes du fourreau ' préputial, absolument comme cela avait lieu (voir p. 53) pour la glande à parfum de la Civette. Seulement, tandis que chez la Civette et autres \ iverridés, la glande à j)arluin se développe aux dépens de la face ventrale (ou inférieure) du fourreau préputial, chez le Chevrotain, c’est h la face dorsale du fourj reau que se développe la glande, qui en raison de son grand I volume, soulève la peau de ce fourreau et la peau voisine de l’abdomen, sur une grande étendue. Il n’en est pas moins vrai que la poche à musc nous apparaît ainsi comme une glande préputiale proprement dite. Son orifice doit être considéré non pas comme ouvert à la face ventrale de l’abdomen, mais bien à l’entrée môme de l’orifice préputial; la poche à musc n’est en somme qu’un diverticuluni du fourreau préputial cà la façon des glandes préputiales du Castor.
Dans le fourreau préputial, on trouve le gland ou portion libre du pénis. Ce gland est cylindrique, s’atténuant un peu vers son extrémité terminale. Il atteint ,5 de long environ, c’està-dire que c’est à cette distance de cette extré-
mité que les couches profondes du fourreau se fixent au pénis.
A 4 millimètres de l’extrémité terminale du gland et sur son bord postérieur, on voit se détacher par une base élargie un appendice flagelliforme sigmoïde (fig. 4a), qui coiffe le haut du gland dans sa première courbure, puis qui se redresse et se projette en avant en s’amincissant graduellement en jiointe. Cet appendice (i) est un prolongement du canal de
(i) ^ous avons retrouvé cet appendice chez une Antilope et nous nous sommes assuré, en poussant une injection par le canal de l’urèthre, que ce flagellum est bien un simple prolongement du canal de l’urèthre.
Fig. 42. — Extrémité du pénis du Chevrotain portemusc.
MAMMIFERES
l’iirètlire comme on en trouve chez quelques Ruminants ; c'est à son extrémité terminale que se trouve l’orifice uréthral.
Le niveau oii la peau du fourreau s’unit au pénis correspond à celui oîi le pédicule qui rattache la glande à musc à l’abdomen se fixe à cette glande. En disséquant ce pédicule en arrière on trouve donc le corps du pénis.
Si on poursuit la dissection jusqu’au niveau de l’abdomen, on voit ([lie le pénis est droit jusqu’à ce niveau, mais qu’ensuite il se replie sur lui-même en forme d’S dans le cas de rétraction du pénis dans le fourreau (fig. 4» n)-
2" La préparation (fig. 4a) nous permet encore d’étudier la poche à musc. On y voit qu’elle est formée par une invagination de la peau qui se fait tout à fait au voisinage de l’orifice préputial. L’étude histologique que nous faisons plus loin montrera comment sont constituées ses [larois. Pour le moment nous constatons ([ue cette invagination délimite une large cavité mesurant 3'"’ ,5 de haut sur 2 centimètres de diamètre transversal. Cette cavité a ses parois internes marquées d’alvéoles irréguliers, très serrés ; elle est remplie de produit de sécrétion qui, après s’être moulé dans ces alvéoles, tombe dans le réservoir central où il forme une masse granuleuse. Son fond est bombé et formé par une couche de faisceaux musculaires dirigés horizontalement, épaisse de 4 à 5 milli-^ mètres. Les faisceaux musculaires sont séparés par des cloisons conjonctives de couleur blanche, épaisses et qu on distingue très nettement sur la section de l’appareil. Au-dessus de ce plafond musculaire, toute la hauteur du pédicule qui rattache la glande à la paroi abdominale est occupée par une épaisse masse musculaire (fig. 4c ^ fibres dirigées longitudinalement, c’est-à-dire perpendiculairement aux précédentes. Nous rappelons c[ue cette disposition est due à la formation d’une anse musculaire causée par la ligature apposée à la base de l’organe et ([ui intéresse la paroi musculaire de 1 abdomen. Sur la pièce ([ue nous avions entre les mains, il nous
HISTOLOGIE DE LA POCHE A MUSC lay
était facile de voir que les muscles horizontaux font partie de la couche de muscles qui enveloppent la poche à musc, ou pour mieux dire que cette dernière couche est empruntée aux muscles de l’abdomen. On peut suivre ces muscles à la face interne du pédicule et voir qu’ils se prolongent dans la paroi de l’ahdomen, en avant (i).
Histologie de la glande à musc. — La pièce dont nous disposions était peu favorable à une étude histologique complète. Nous reproduisons toutefois (pl. III, voir entre les pages 128 et 129) une figure de l’une de nos coupes faites à travers la paroi, parallèlement au grand axe de la poche et passant par l’orifice. On y voit extérieurement (les poils étant, tombés ainsi que les couches superficielles de la peau), les faisceaux musculaires qui occupent les parties profondes de la peau et qui proviennent comme nous l’avons dit des muscles de l’abdomen et probablement aussi des muscles ischio-préputiaux. Plus en dedans, des zones successives de tissu conjonctif dense, puis au milieu d’une couche conjonctive, une zone que nous n’avons pu arriver à définir foncièrement en raison de son mauvais état de conservation, mais qui, à de certains indices, nous semble constituée par un amas de groupes épithéliaux qui nous font penser à des glandes, mais dont nous ne voyons ni les réservoirs ni les conduits d’excrétion. En dedans de cette zone commencent les couches épithéliales internes qui forment avec le tissu conjonctif sous-jacent des crêtes saillantes divisant la surface muqueuse en petites logettes rappelant de finés gaufrures. Toute la surface épithéliale de la muqueuse ofïre une abondante desquamation qui rappelle ce que nous avons observé et figuré, chez le Castor. Cette desquamation épithéliale participe évidemment chez le
(1) Il est donc fort probable qu’ils appartiennent au groupe des muscles du fourreau qui prennent origine dans cette région (voir p. 46).
MAMMIFÈRES
l'iS
Clievrotain comme chez le Castor à la formation du parfum. Dans ces logettes (d) siège le produit de sécrétion dont on voit des débris foncés sur la coupe.
Habitat et Mœurs. — Le Clievrotain porte-musc habite les régions montagneuses de l’Asie centrale, sur une étendue de plus de 1.600 lieues géographiques, de l’est à l’ouest, et du nord au sud, depuis le 18® jusqu’au i5® degré de latitude {Milne- Edwards, loc. cit.). A l’ouest, on le trouve dans les monts Altaï et les parties voisines de la Sibérie ; vers le nord il dépasse le bassin de la Léna supérieure et habite également la chaîne de montagnes qui limite au nord le bassin du fleuve Amour et qui s’étend vers le Kamtscbatka. Au sud, on le trouve dans le Kascbmir, le Tbibet, le Népaul, le Tonkin, la Gocbincbine. Enfin il habite les parties montagneuses de la Chine qui avoisinent la Mongolie et le Tbibet.
Les mœurs du Clievrotain porte-musc sont peu connues; on sait qu’il vit dans les parties élevées des montagnes, à 3 et 4.000 mètres, tantôt dans les forêts, tantôt sur les pics dénudés; il est timide et farouche, extrêmement agile, et fait à la façon du Chamois des bonds énormes, sautant d’une roche sur une arête ou traversant les ravins. Sa nourriture se compose de plantes aromatiques. On a attribué, non sans quelque raison, semble-t-il, aux espèces de plantes dont se nourrit l’animal, les qualités odorantes de son produit de sécrétion. Daubenton (1), sur l’individu qu'il eut l’occasion d’observer à Trianon, individu envoyé vivant de l’Inde au duc de La Vrillière, abien fait remarquer que l’animal nourri uniquement avec du foin n’en continuait pas moins à produire du musc, mais il n’est pas moins vrai que la qualité des divers muscs diffère absolument selon la provenance. C’est ce qui a pu être cons-
(i) Daubenton. Observations sur l’animal qui porte le musc et sur ses rapports avec les autres animaux [Mém. de VAc, des se., i"a.)
r, <\ c’ivli's litnitaiil les alvéoles. — d, alvéole où se rénnil la séerélioii. — e, e, é])i(liéliiiin se <les<|uamaiit en jçraiidcs laines. — a*, tissti peiit-éln* glaii<lulaire. — /«, iniiseles de la |>aroi. — H. H. eouehes liln’enses. ionnant une zone de {diisieiirs assises entre ré|H(h( liuin et la eoiiehe iniiseiilaire exl<*rne.
Gkokges CAKHÉ et C. NAUI). Éditeurs.
CIIEVnOrAIN PORTE-MUSC. — HABITAT 129
taté assez récemment, difTérentes maisons de Paris ayant eu l’occasion de recevoir des échantillons de musc de provenances bien déterminées. On a pu voir que le musc provenant de la
Fig. 43. — Roproduction d un dessin origir.al fait en Chine et figurant la chasse au Chevrotain porte-musc. Ce tableau reproduit très approxiinativcincnt les dessins que les maisons d’e.vportation font faire à l’encre rouge et placer dans cliaquc boîte renfermant les poches amuse.
Communique par M. Klotz, propriétaire de la maison Pinaud, pour lequel le dessin et son cadre en bois sculpté ont été exécutés.
Sibérie , où l’animal se nourrit de lichens , de racines , d’écorces, etc., a une odeur pénétrante, mais non aromatique taudis que le musc provenant des massifs du Tbibet est réputé
Beaukegard. Mat. méd.
J, (J MAMMIFERES
pour la finesse de son arôme, en meme temps que cette réo’ion fournit de nomlireuses iilantes odorantes a 1 alimentation du Chevrotain. La qualité de l’alimentation est donc vraisemblablement pour quelque chose dans la production du parfum, mais il ne laut point oublier aussi d invoquer 1 influence du climat et plus généralement de toutes les conditions d’existence.
Les porte-musc vivent par paires et se réunissent rarement en troupes. Ils entrent en rut en avril et en octobre ; la durée de la gestation est d'environ six mois et en général la portée n’est que de 2 à 3 jeunes (iNIilne-Edwards, loc. cit. , d après les mémoires concernant 1 histoire , les mœurs etc. , des Chinois, par les missionnaires de Pékin, 1770, t. IV, p. 49^)-
Le Chevrotain porte-musc est chassé de diverses manières, suivant les localités. Dans certains endroits on lui tend des pièges faits d’un nœud coulant fixé à l’extrémité d’une vigoureuse branche courbée vers le sol et maintenue au moyen de piquets, puis dissimulée sous des feuilles. L’animal en passant est saisi par le pied et il reste suspendu à la branche qui se relève brusquement. Il est ainsi maintenu jusqu à la prochaine visite du chasseur. Ailleurs, on le poursuit avec des chiens et l’on emploie l’arc ou le fusil pour l’atteindre.
Les chasseurs se figurant, dit-on que 1 animal étant mort, le contenu de sa poche à musc pourrait refluer à l’intérieur du corps font souvent une ligature à la base de la poche a\ant de 1 a détacher. Nous nous demandons si tel est bien leur but et si le lien ainsi posé n’est pas tout simplement employé pour accrocher les poches dans les cabanes où elles doivent sécher avant d’être vendues aux intermédiaires.
Le Chevrotain mâle possédant seul un appareil à musc, il paraît assez évident que cette sécrétion a pour usage d attiiei les femelles; on avance en outre qu’elle peut leur servir de moyen efficace de protection contre les fauves. Les carnassiers en eflet auraient en profonde horreur l’odeur du musc, aussi
MUSC
rsppoi te t-on cjue si les Glievrotsins viennent n redouter l'approche des bêtes féroces, ils commencent par répandre autour d’eux une partie de leur réserve de musc (i).
Musc.
Caractères généraux. — Le musc est une substance solide, onctueuse, d un brun rougeâtre, formée de g’rains irréguliers rappelant assez bien la chicorée torréfiée, et dont la grosseur varie avec l’espèce que l’on considère. Quelques poils provenant de l’orifice du réservoir y sont mêlés. La saveui du musc est amère 5 son odeur très pénétrante, ammoniacale, ne devient agréable que lorsqu elle est considérablement diffusée. Le musc perd son odeur quand on le prive de toute son eau , elle reparaît dès qu 011 l’Iiumecte de nouveau (2).
I En raison de ce fait, Berzélius a été amené à penser que le parliim n’est paspréformé dans le musc, mais qu’il résulte de la décomposition ou de la transformation de quelques sulistances non volatiles et insolubles dans l’eau qui existeraient dans le musc. « Cette hypothèse, dit M. Milne-Edwards {loc. cit.), est j coiioboiée par 1 existence, dans le musc,, de beaucoup de produits ammoniacaux, et elle cadre assez bien avec les vues présentées il y a près d’un demi-siècle par l’un des professeurs de l’Ecole de pharmacie de Paris, Robiquet, relativement au i rôle de 1 ammoniaque dans le développement de l’arome de j plusieurs substances organiques (3). Il serait possible que la
I (i) On nous permettra de faire remarquer que cette horreur du fauve pour le musc pourrait bien n être pas aussi grande qu’on l’imagine. On paraît oublier que les car- ^ iiassiers pour une bonne part au moins, sont pourvus do glandes (glandes anales e autres) qui sentent parfois pis que le musc ou qui pour le moins sentent le musc à I P cm nez ; il paraît assez singulier qu’ils montrent un tel dégoût pour le musc du J e^^o uin qui est certes plus fin que le leur, tout au moins pour les narines humaines.
! (1) Diverses substances telles que le soufre doré d’antimoine et les amandes amères
anniliilcnt egalement l'odeur du musc.
(î) Robiquet. Considérations sur l'arome. Ann. de chim. et de phys., 1820, t. .\V.
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matière en question fût un acide qui, en combinaison avec une base faible quelconque formerait un sel non volatil et inodore, tandis qu’uni à l’ammoniaque il constituerait un composé très volatil et odorant, en sorte que la manifestation de cette propriété organoleptique se trouverait liée à la présence de l’ammoniaque. Du reste, quelle que soit la nature de la matière qui fournit les émanations aromatiques du musc, il me paraît probable que cette substance prend naissance comme l’urée, dans toutes les parties de l’organisme et se trouve simplement éliminée de l’économie par l’appareil moschifère (i) ».
Composition chimique. — Les analyses chimiques du musc sont de date ancienne (Blondeau et Guibourt, 1820, d’une part, Geio-er et Riemann de l’autre). Elles accusent la présence dans cette substance de graisse, de cholestérine, d’une résine amère ayant l’odeur du musc, d’acide lactique libre et de lactate d'ammoniaque, etc. Si elles ne renseignent point sur la nature du parfum, elles démontrent en tout cas que le musc naturel n’a aucun rajiport de constitution avec les div’ers produits qu’on vend depuis quelques années sous le nom de musc artificiel et au sujet desquels nous reviendrons dans un instant.
Récolte. — La poche à musc, après avoir été détachée de l’animal avec une partie plus ou moins grande de la peau de l’abdomen est suspendue dans les cabanes des chasseurs jusqu’à dessiccation. C’est à cet état parfaitement sec qu elle est vendue aux intermédiaires. Mais de longï, mois s’écoulent sou-
(i) Celte observalion est applicable à la Civette et autres Carnassiers à odeur de musc qui, nous l avons dit, conservent en peau ou en squelette cette odeur pendant fort longtemps.
En effet toutes les parties du corps du Chevrotain porte-musc exhalent l odcur caractéristique du musc et jouissent de cette propriété pendant fort longtemps; ainsi des os de 1 un de ces animaux, apres avoir été préparés par la macération, desséchés et exposés à l’air, depuis plus de dix ans, dans les galeries dWnatomie comparée du Muséum, dégagent encore des particules aromatiques de ce genre dès qu on les mouille.
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vent, en raison des distances et des moyens de communication rudimentaires, entre le moment oii le musc sort des mains des chasseurs et celui où il arrive à Shanghaï, principal centre d’exportation pour l’Europe. Durant ce long voyage, qui se fait en grande partie par le fleuve Yang-Tse, il est conservé dans des peaux mouillées, de façon à prendre de l’humidité et par suite à acquérir plus de poids.
Ces poches transportées pôle-mèle jusqu’à Shanghaï, qui est aujourd’hui, comme nous l’avons dit, le principal centre d’exportation pour l’Europe, sont alors classées suivant leurs qualités en trois groupes qu’on désigne sous les noms de pile /, pile II et pile III (i). Les agents des maisons européennes font ce classement d’accord avec les Chinois, mais non sans de nombreuses contestations. Les poches sont examinées une à une et sondées. La sonde en usage est un petit cylindre métallique fabriqué de manière à pénétrer facilement par l’orifice de la poche amuse et à permettre d’en explorer tout l’intérieur. On ramène avec cette sonde des parcelles du contenu et on les examine à loisir. Cela fait, on replace la sonde munie de la substance extraite, et avec une petite tige pleine qu’on pousse dans le cylindre formant sonde on remet le musc en place.
La pile I comprend les poches de choix, celles dont le musc est absolument pur. Certaines de ces poches subissent une petite préparation qui consiste à amincir le cuir ; pour cela on soumet ces poches à l’action de la vapeur d’eau pour les I amollir et on enlève successivement, à leur face viscérale, les I couches musculaires et conjonctives en ne laissant que l’enve- I loppe épidermoïdale, c’est-à-dire la couche mince profonde ; ce i sont alors les poches dites peaux-bleues^ nom qu’elles doivent
(i) Nous devons tous les renseignements qui concernent la partie commerciale relative au musc à M. Klotz et à ses fils que nous remercions encore une fois de leur extrême obligeance. Nous leur devons également communication de leur collection * de poches à musc, dont nous avons fait reproduire par la photographie les princi- I paux spécimens.
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aux reflets bleuâtres irisés produits par le tissu de la mince membrane épidermoïdale vu sur le fond brun constitué par le contenu de la poche. Dans ces poches peaux-bleues^ la peau avec ses poils n’est conservée que sur la face inférieure, tout autour des orifices du réservoir à parfum et du fourreau préputial (voir fig-. 45)-
La pile II est surtout formée de poches douteuses ; il y en a de bonnes, mais il y en a aussi qui n’ont pas grande valeur.
La pile 111 enfin est presque exclusivement constituée par des poches de cette dernière sorte, c’est-à-dire par des poches falsifiées ou ne renfermant que de très petites quantités de musc.
Les poches à musc sont généralement importées en Eurojjc dans des boîtes longues de 20 centimètres, hautes de 9 centimètres et larges de 12 centimètres. Ces hoîtes, en bois, sont couvertes d’étofï'e de soie et doublées de plomb à l’intérieur. Elles contiennent de vingt à vingt-cinq poches enroulées chacune dans une feuille d’étain et dans une feuille de papier de soie qui porte une étiquette indiquant le numéro de la pile dans laquelle a été classée la poche. Le poids du contenu de chacune de ces boîtes est d’un cadi (i) environ. Enfin, dans la boîte que nous venons de décrire on trouve encore un dessin grossier imprimé en rouge sur papier. Ce dessin représente ou est censé représenter une chasse au Ghevrotain portemusc ; toutefois ce n’est pas un Ghevrotain qui est figuré, mais un Gervidé à corps tacheté et avec la tète pourvue de cornes (2) semblables à celles du Ghevreuil. Nous reproduisons (fig. 4^) un dessin fait pour M. Klotz, à sa demande, et encadré dans un cadre finement travaillé, en Ghine même. Le dessin repro-
(ij Le cadi ou catly vaut C04 grammes.
(2) Du temps (le Guibourt, c’était une Civette qui était figurée ; cela prouve que depuis cette épocjue les dessinateurs ont fait quelcjues progrès, sans être arrivés toutefois à saisir les caractères propres de l’animal au musc. On peut se demander d ailleurs si les dessins auxquels nous faisons allusion sont réellement d'origine chinoise.
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duit assez exactement celui qui figure clans nombre des boîtes à musc qu’il nous a été donné d’ouvrir, mais les animaux sont plus exactement comparables au Chevrotain.
PnoDUCTiox. — Autrefois, c’est par Canton que s’exportait la plus grande partie du musc; actuellement presc|ue tout le musc nous vient de Shanghaï. D’autre part, alors que le gros marché du musc se tenait à Londres, depuis quelcjues années les importateurs français ont réussi à le transporter à Paris. Le tableau suivant, cpie ^1. Klolz a bien voulu faire dresser pour nous à Shanghaï, démontre amplement cette proposition :
shanghaï, le i"" janvier 1800.
Exportation du musc de Shanghaï