‹ Matière médicale zoologiqueChapitre 55 sur 108 · C.4 eu A LOI · texte numérisé non relu

C.4 eu A LOI

lièreinciit aux régions équatoriales et ce n’est que par aventure (pi’il s’éloigne de certaines zones. Dans l’Atlantique, sa limite d extension vers le nord paraît être constituée par le courant du goHé, c'est-à-dire vers le 3o“ de latitude ; il ne dépasse guère également le 3o“ de latitude au sud de l’équateur. Les (..ai halots apparaissent chaque année, au voisinag’e des Aeorcs, et dans ces parages ils sont l’objet d’une pèche assez active. Dans l’océan Indien on en rencontre sur la côte orientale d’Afrique, dans les parages de Mozambique et de Zanzibar et près de l’ile Ceylan.

Mais actuellement la grande pèche ne se but plus guère que dans le Pacifique, et c’est San Francisco qui est le centre d armement des navires baleiniers qui vont sur les « shores », suivant le mot qu’emploient les Américains pour désigner les « lieux de pèche ».

Les Cachalots sont des animaux qui hantent les hautes mers; ils plongent à de grandes profondeurs, à la recherche des grands Céphalopodes dont ils font leur nourriture à peu près exclusive (i).

Ils voyagent par troupes ou ganinies [1), « tantôt composées de quelques individus, d’autres fois très nombreuses et blanchissant les flots à perte de vue sous leurs pesants ébats, lantôt on les voit dresser la tète comme une tour hors de 1 tau, ou bien s élancer dans 1 air et retoinbei' d’une masse en soulevant des montagnes d’écume. Les mâles, beaucoup plus

(i) semble bien en effet que le Caehalot se nourrit seulement de Céphalopodes, four notre part, nous avons eu l’oecasion, à plusieurs reprises, de proeéder à l’examen du contenu de l’estomac deeeCétaeé et nous n’y avons jamais trouvé autre eho.se que des débris de Céphalopodes non attaqués par les sucs digestils, tels que cristal- ■ ns et becs cornés, en masses prodigieuses et dont la taille parfois inusitée attestait les grandes dimensions des individus capturés. Ces Céphalopodes habitent à de grandes profondeurs dans la mer, c’est pourquoi les Cachalots recherchent les grands onds et ne s observent au voisinage des côtes que lorsque celles-ci sont taillées à pic.

{2) L’un des plus célèbres éehouages d’une gamme de Cachalots est celui qui eut leu a Audiernc (Bretagne), en 1784. On compta 3i individus, dont un grand nombre femelles, qui vinrent ensemble à la côte, au grand effroi des paysans affolés par lé bruit formidable que faisaient ces animaux en expirant l’air de leurs poumons.

Bkauregard. Mat. méd.

ig4 MAMMII'kllES

grands, conduisent la l^ande et la guident devant eux. Le i-este, composé des femelles et des jeunes, semble obéir à leur surveillance. Aussi les baleiniers appellent-ils ces mâles des maîtres d’école (school-masters) . Cependant, les tout viei|x mâles changent d’existence. D’ordinaire, on trouve ces « tètes grises » (gray-headed), comme on les nomme, errant à l’aventure, en solitaires, La femelle ne met au monde qu’un seul petit, qui tette en prenant la mamelle de sa mère par les coins de la gueule ; sa mâchoire pointue ne lui permet pas d’autre façon. Les Cachalots sont généralement d’humeur moins commode que les douces Baleines dont iNIichelet nous a parlé en termes si émus et pourtant d’une si grande vérité scientifique. Il n’est jias très rare de voir des Cachalots, les vieux mâles surtout, se retourner contre leur ennemi, broyer des embarcations et môme foncer contre de petits navires et les mettre en péril (Pouchet) (i) ».

Blanc de baleine ou spermaceti (2).

IhsTOiuQUE. — « Les anciens, dit G. Pouchet (3), 11 ont point connu le spermaceti. C’est évidemment forcer les analogies, ou du moins les asseoir sur de trop faibles probabilités, que de prétendre retrouver le spermaceti dans V Ilalosanthos de Dioscoride ou le flos salis de Pline. Selon toute apparence, la découverte du spermaceti est contemporaine des établissements normands dans les pays du Nord. C’est sans doute an ix** ou au x" siècle qu’il fut d’abord introduit en Europe ».

A l’origine, le spermaceti provenait du Nord ; mais ce n était point le- vrai spermaceti tel que nous le connaissons aujourd’hui. 11 était recueilli sur la mer et provenait des pêcheries de

(1) G. Pouchet. Le Cachalot, lievue des Deux-Mondes, t. XC, 1888, p. C>M-

(2) Encore appelé adipocire, ambre blanc ou cétine.

(3) ,G- Pouchet. ContribuJÂQn à l’histoire du spermaceti. Mémoire posthume, * Muséums Aarbog,. i895, n,“ i, .C’est de ce mémoire que sont tirés tous les curieux détails que nous, donnons sur I histoire, du spermaceti.

SPERMACirn

Haleines et de Balænoptères. « Mous avons vu nous-mème, dit Pouchet [loc. cit.), en Laponie, dans les pêcheries de Haleines, au voisinage des chantiers, le mélange de stéarine et de palniiline (pie le lard des Balænoptères contient, il est vrai, en petite (piantilé, coagulé jiar le froid, à la surface de l’eau de mer, et roulé jiar les vagues, au milieu des rochers, en boules peu consistantes de la grosseur d’une noix (jue les Moutons venaient chercher à marée basse dans les goémons pour les manger. On comprend (jue cette sorte d’écume blanche demi-solide, recueillie sur la mer au voisinage des carcasses de Baleines flottantes ou échouées, ait pu Iromjier a la rigueur les baleiniers ignorants, sur sa nature, et être appelée par eux du nom de Mvalauki (pi’on lui donna d’abord et dont le latin spermaceti n’est (|ue la traduction ».

læ spermaceti est signalé pour la première fois dans les pharmacopées de l’école de Salerne,vers 1100 ; mais les Salernitains le confondent avec l’ambre gris, et cetle confusion va régner même dans le monde scientifique et médical jusqu au AT/*-’ siècle. 11 s’agit toujours, d’ailleurs, du produit formé par la graisse de Baleine et non par le Cachalot. Conrad (jesner, dans un chapitre spécial de son histoire des Poissons (i) (i558), est très explicite à ce sujet; il nous apprend même comment se l'ahri(| liait ce spermaceti r|u’il savait très bien n’ètre point du sperme de Haleine comme l’opinion en était répandue. On laisse refroidir, dit-il, l’huile de certaines Baleines dans des caves, ensuite on exprime le dép(jt (èt c’est le résultat de cette opération (pii est vendu sous le nom de spermaceti.

11 faut arriver au commencement du xvii® siècle pour trouver la première allusion au spermaceti fourni par le Cachalot. C’est à L’Ecluse (2) (pie revient cette observation. 11 raconte en elfet, sans y ajouter d’ailleui’s d’autre importance, en parlant

(i) Conrad Gosner. Ilisloria animalium, lib. IV, qui est de Piscium el aquaiilium anintanUum nalurse, Zurich, 1.558, p. 242.

2) Car. C/usu Exoiicorum Ubri decem, i6u5.

MAMMIFERES

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(lu Cachalot échoiu'; en 1098, entre Scheweningen et Catruik, (|u’on aurait trouvé clans la tète du Cétacé plus du cjuart d’un baril de sperinaeeti.

Divers observateurs signalent bientôt des captures de C.acbalots et parlent du sperinaeeti (|u’on trouve dans sa tète, mais tous alors tombent dans une nouvelle erreur, en considérant le sperinaeeti comme n’éUinl autre chose que la cervelle de l’animal.

II. Sibbald, en 1692, raconte avoir vu (piatre baleiniers à la lois dans un crâne de Cachalot, enlevant la substance du cerveau avec des pelles; le sperinaeeti serait contenu dans des sortes d'alvéoles du cerveau, et Sibbald conserva une de ces niasses de sperinaeeti cpii passa plus tard dans la collection dc*^ l’Université d’Edimbourg. <( Nous avons ici, dit Pouchet, la première notion des concamérations, dont parle Cuvier, j-emplies de sperinaeeti w.

Dès avant i6jo, les Basrjues de Bayonne et de Saint-Jean-de- Luz chassaient le Cachalot (i); mais ils gardaient secret leur [irocédé de préparation du sperinaeeti. Un médecin de Breslau, J. -G. Elsiier, se mit en cjuète de l'orcer leur secret, et avec l’aide d’un pharmacien juré de ^Montpellier, (pii le recommande à un ami en relations avec un pharmacien de la Rochelle, du nom de Paul Morrisseau, il parvient à savoir (pie le sperinaeeti provient de la tête du Cachalot; on lui allirnie (pie c’est la cervelle même de l’animal. Elsiier établit alors ([u’il est nécessaire de distinguer le A'éritable sperinaeeti provenant du Cachalot, de ce que les peuples du Nord de l’Europe désignent sous le nom de (( sperina balænæ », (( sorte de graisse qu’on trouve sur les plages où les Baleines viennent s’échouer, ([u’on purifie et qui prend alors le nom d’halosanthos ». En réalité, dit Pouchet, c< le mot d’halosanüios, mis en voo-ue un moment au xvi'’ siècle avec les traductions de

(1) Ils paraissent donc avoir été les premiers à chasser cet animal, même avant les Américains de Nantucket.

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Dioscoride, a disparu à peu j)rès des pharmacopées au moment où Elsner essaye de le faire revivre pour mieux distinguer les deux drogues : spermaceti et sperma balænæ, qu'il croit dilférentes en raison de leurs provenances dilFérentes ».

Quoi qu’il en soit, l’opinion qui considère le spermaceti (‘Oinme la cervelle du Cachalot va durer encore pendant uùc grande partie du xviii® siècle. Pomet (i) dit que « le blanc de baleine..., (pi’on appelle encore aujourd’hui, très mal à propos, sperme, ou nature de Baleine, est la cervelle d’une espèce de Baleine que les Basques appellent Byaris et ceux de Saint- .lean-de-Luz Cachalot... En 1688, il en fut pris un par un navire espagnol qui le mena à Saint-Sébastien, et de la tète duquel on tira vingt-quatre barriques de cervelle et de son cor[)S ([uatre-vingt-seize barriques de lard... ». Onpréparait le spermaceti en fondant sur un petit feu le produit (cervelle?) extrait de la tète, ensuite en le mettant dans des moules jusqu’à refroidissement et égouttement de l’huile; le spermaceti était l'ondu de nouveau plusieurs fois jusqu’à ce qu’il devint complètement blanc.

11 faut arriver à la lin du xviii® siècle, à Camper et à llunter (a), pour déraciner cette grossière erreur et montrer <|u’il n’y a aucune relation entre l’encéphale du Cachalot et le spermaceti.

liKCOLTE ET prép.vrxtiox. — Nous avoiis montré que le spermaceti siège dans la région faciale du Cachalot. Le prix

relativement élevé qu’atteint cette substance, les quantités d'huile que fournit le lard du Cétacé, enfin les chances <pie l’on a de trouver de l’ambre gris, font que la pèche du Cachalot est encore fort active. Comme nous l’avons <lit, c’est dans le Pacifique, au moyen de navires de fort ton-

(1) Pomet. Histoire des drogues, Paris, p. 7 J.

(9.)Hunler, Observations on the Strueture and Eeonortty of Whales,V\\i\o?,.XraLns., 1787, p. 382.

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